Dimanche 12 avril 2026
2ème dimanche de Pâques – Année A
Dimanche de la Divine Miséricorde
Cathédrale Notre-Dame de Paris
Homélie du Chanoine Emmanuel Schwab
1ère lecture : Actes 2,42-47
Psaume : 117 (118), 2-4, 13-15b, 22-24
2ème lecture : 1 Pierre 1,3-9
Évangile : Jean 20,19-3
Jésus brûle d’amour pour nous… Regarde sa Face adorable !…
Regarde ces yeux éteints et baissés !… regarde ces plaies… Regarde
Jésus dans sa Face… Là tu verras comme il nous aime. (LT 87 du 4
Avril 1889, à Céline)
Ainsi s’écrie sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus dans une lettre à sa sœur Céline :
Regarde ses plaies… là tu verras comme il nous aime.
Nous pouvons être finalement reconnaissants à Thomas, notre jumeau, d’avoir
voulu toucher ces plaies, d’avoir voulu voir ces plaies du Seigneur ressuscité. Oui
c’est bien lui, Jésus, qui a donné sa vie pour nous. C’est bien lui qui nous a gravés
dans les paumes de ses mains pour reprendre une expression de Dieu dans le
prophète Isaïe : Vois, je t’ai gravé dans les paumes de mes mains (Is 49,16).
Ses plaies sont notre nom à chacun, inscrits dans le corps de Jésus. Et il nous
faut contempler cet amour, il nous faut pouvoir nous écrier avec saint Paul dans
la lettre aux Galates : « Le Fils de Dieu m’a aimé et s’est livré pour moi » (5,22).
Saint Pierre nous a fait entendre dans la deuxième lecture comment il s’agit de
vivre maintenant par la foi, et cette foi nous fait accueillir la joie du Ressuscité au
milieu même des épreuves. C’est tout l’exercice spirituel du Temps Pascal, le
plus long temps liturgique de l’année, il dure 50 jours : il s’agit d’apprendre à
accueillir une joie dont la source n’est pas en nous, la source étant Jésus,
vainqueur de la mort. Il s’agit de vivre de cette joie alors même que nous pouvons
être dans l’épreuve, alors même que notre vie de foi se déroule souvent à tâtons,
dans la pénombre et parfois dans les ténèbres. Mais la foi consiste précisément
à rester comme “accrochés” à Jésus dans une confiance absolue. Et puisque par
le baptême nous avons été unis à Jésus intimement, que nous sommes devenus
membres de son corps, il s’agit maintenant de vivre de la vie nouvelle des enfants
de Dieu. Comprenons bien : ce n’est pas par une vie vertueuse que nous
gagnerons le salut : c’est en accueillant le salut que nous apprendrons à mener
une vie vertueuse. C’est parce que le Christ nous a sauvés et que nous
cherchons à vivre dans cette foi, qu’alors nous pouvons apprendre à ajuster notre
agir à l’enseignement du Seigneur dans l’Évangile. Ce n’est pas par notre
observance que nous gagnons le salut, c’est en accueillant le salut que nous
pouvons progresser dans l’observance des commandements.
La miséricorde que nous célébrons aujourd’hui, c’est précisément cela : de nous
donner le salut. Mais il ne s’agit pas, puisque nous sommes sauvés, alors de
passer à autre chose et de vivre sans prendre garde à ce que nous faisons : il
s’agit au contraire, puisque nous avons reçu ce trésor d’être mis avec Jésus, ce
trésor qu’est l’Esprit-Saint dont nous avons été comblés dans le sacrement de la
confirmation, il s’agit alors de mettre en œuvre ce trésor au quotidien. Il s’agit
selon une belle expression, qu’aime Thérèse de l’Enfant-Jésus, de rendre
amour pour amour. Comme elle écrit dans une autre lettre à sa sœur, :
L’amour ne se paie que par l’amour et les plaies de l’amour ne se
guérissent que par l’amour. […] tout le sang d’un Dieu a été versé
pour […] sauver [les âmes]… (LT 85 du 12 mars 1889, à Céline)
C’est en revenant sans cesse à cette source, le Christ ressuscité qui présente
ses plaies à ses disciples, que nous pourrons progresser dans la vie chrétienne.
Et qu’est-ce que cela signifie progresser dans la vie chrétienne ?
Cela signifie progresser dans la foi, c’est-à-dire dans la confiance inébranlable,
dans la présence aimante de Jésus à nos côtés qui jamais ne nous lâche.
C’est progresser dans l’espérance, c’est-à-dire désirer le Ciel, et vivre le temps
de notre exil sur la terre en gardant les yeux fixés sur ce Royaume qui est déjà
présent dans le Christ et vers lequel nous marchons sans crainte de la mort,
puisque nous sommes sauvés dans le Christ.
Enfin, c’est grandir dans la charité pour pouvoir manifester notre amour pour
Jésus et lui rendre amour pour amour ; bien sûr qu’il faut le faire, j’allais dire “en
direct” sur Jésus — et c’est toute une des dimensions de la vie de prière de la vie
d’oraison, de la vie d’adoration, de venir prendre un peu de temps régulièrement
devant le tabernacle dans cette présence extraordinaire de Christ dans
l’Eucharistie… Mais c’est aussi progresser dans la charité fraternelle. Et c’est ce
que nous entendions dans les Actes des Apôtres tout à l’heure. La deuxième
caractéristique de la première communauté chrétienne, après l’écoute de
l’enseignement des apôtres, c’est la communion fraternelle, la charité fraternelle.
Pour que nous puissions manifester à Jésus notre amour, ce qu’il nous demande,
c’est de nous aimer les uns les autres comme il nous a aimés. C’est le seul
commandement nouveau de l’Évangile. Si tu veux me montrer ton amour, me dit
Jésus, aime celui qui est à côté de toi tel qu’il est ; ne choisit pas ceux que tu
aimes, mais tous ceux qui t’entourent. Ce sont ceux-là que je te demande d’aimer
pour me manifester ton amour.
Mais pour vivre tout cela, frères et sœurs, il nous faut oser l’humilité.
Pour terminer, je laisse à nouveau la parole à sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus
dans une de ses dernières lettres ; elle est adressée à l’abbé Bellière, un
séminariste. Elle est datée du 26 juillet 1897, deux mois avant la mort de Thérèse.
Dans cette longue lettre dont je ne lis qu’un petit passage, elle lui dit ceci :
« Le Cœur divin est plus attristé des mille petites indélicatesses de
ses amis que des fautes même graves que commettent les personnes
du monde » mais, mon cher petit frère, il me semble que c’est
seulement quand les siens, ne s’apercevant pas de leurs continuelles
indélicatesses s’en font une habitude et ne Lui demandent pas
pardon, que Jésus peut dire ces paroles touchantes qui nous sont
mises dans la bouche par l’église pendant la semaine sainte : « Ces
plaies que vous voyez au milieu de mes mains, ce sont celles que j’ai
reçues dans la maison de ceux qui m’aimaient ! » Pour ceux qui
l’aiment et qui viennent après chaque indélicatesse Lui demander
pardon en se jetant dans ses bras, Jésus tressaille de joie, Il dit à ses
anges ce que le père de l’enfant prodigue disait à ses serviteurs :
« Revêtez-le de sa première robe, mettez-lui un anneau au doigt,
réjouissons-nous. » Ah ! mon frère, que la bonté, l’amour
miséricordieux de Jésus sont peu connus !… Il est vrai que pour jouir
de ces trésors, il faut s’humilier, reconnaître son néant, et voilà ce
que beaucoup d’âmes ne veulent pas faire. (LT 261 du 26 juillet 1897)
Amen.
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