Dimanche 8 mars 2026
3ème dimanche de Carême – Année A
Homélie du Père Emmanuel Schwab
1ère lecture : Exode 17, 3-7
Psaume : 94 (95), 1-2, 6-7ab, 7d-8a.9
2ème lecture : Romains 5, 1-2.5-8
Évangile : Jean 4, 5-42
« Si tu savais le don de Dieu et qui est celui qui te dit : “Donne-moi à boire”, c’est toi qui lui aurais demandé, et il t’aurait donné de l’eau vive ».
« Seigneur, donne-moi de cette eau, que je n’aie plus soif, et que je n’aie plus à venir ici pour puiser ».
Et l’on peut se poser la question : Jésus donne-t-il à cette femme cette eau vive dont il parle ? Et s’il la lui donne, comment la lui donne-t-il ? La réponse de Jésus à la demande de cette femme semble être hors sujet puisqu’il lui répond : « Va, appelle ton mari, et reviens ».
Vous avez pu remarquer que dans la proclamation de l’Évangile que j’ai faite, j’ai laissé un temps de silence avant la réponse de la femme, parce qu’il me semble que s’ouvre pour elle à ce moment-là comme un abîme. Que vais-je répondre ? Elle sait bien qu’elle a eu cinq maris et que l’homme avec qui elle vit aujourd’hui n’est pas son mari… Que doit-elle répondre ? Et elle fait la réponse la plus sobre pour dire vrai. Elle ne raconte pas toute son histoire qui est sans doute trop compliquée, elle dit juste la réalité du moment : « Je n’ai pas de mari ». Et Jésus lui dit : « Là, tu dis vrai ». Et il lui dévoile la connaissance qu’il a de sa propre vie : « Là, tu dis vrai » : c’est cela boire l’eau vive ; c’est faire la vérité. Cette vérité qui rend libre, dit Jésus (Jn 8,32), cette vérité qui fait venir à la lumière (Jn 3,21), la vérité qui est la lumière que Dieu donne. Faire la vérité nous met dans une relation juste avec Dieu. Dieu ne nous demande pas tellement de ne pas pécher, il nous demande surtout de ne pas dire que nous n’avons pas péché. Et si vous vous souvenez du dialogue de Jésus avec Nicodème (Jn 3,16-21), vous vous souvenez de l’alternative que pose Jésus : Il y a celui qui fait le mal et qui se cache dans les ténèbres pour qu’on ne voie pas ce qu’il fait, et de l’autre côté, il y a celui qui fait la vérité. L’alternative n’est pas entre faire le mal et faire le bien, mais entre faire le mal et faire la vérité. Et dès que prenant conscience de ma vie, je reconnais mes péchés, je fais la vérité et je suis dans la lumière de Dieu.
Cette eau vive que nous donne le Seigneur, c’est cette lumière de la vérité qui nous permet alors d’approfondir notre relation à Dieu. La femme ne change pas de conversation quand elle pose la question aussitôt sur : où devons-nous adorer, comment devons-nous adorer ? Non, elle est dans la logique du dialogue. Comme elle est en train de faire la vérité, alors peut se poser clairement la question de Dieu… mais dans les ténèbres, on ne peut pas poser clairement la question de Dieu. Et cette femme vit une expérience heureuse puisqu’elle court trouver ceux de son village pour leur dire : « Venez voir un homme qui m’a dit tout ce que j’ai fait ! ». C’est pour elle une expérience positive que Jésus lui dévoile la vérité de sa vie, une expérience tellement positive qu’elle veut la faire partager aux autres. Et sans doute que dans le cœur de cette femme grandit un amour pour Jésus.
Thérèse, à plusieurs reprises, revient sur cette figure de la Samaritaine, et de manière assez spontanée, elle associe deux passages de l’Évangile de Jean où il est question de soif. Elle associe le cri de Jésus sur la croix : « J’ai soif » avec cette parole de Jésus à la Samaritaine : « Donne-moi à boire ». Dans l’expérience qu’elle vit en juillet 1887, à la cathédrale Saint-Pierre, un dimanche, où voyant une image de Jésus en croix qui sort de son missel, elle prend conscience que le sang que Jésus a versé pour les pécheurs, peu de personnes s’occupent à l’amener aux pécheurs, elle sent monter en elle un désir d’apporter ce sang de Jésus aux pécheurs et d’apporter les pécheurs à Jésus. Elle écrit :
Le cri de Jésus sur la Croix retentissait aussi continuellement dans mon cœur : « J’ai soif ! » Ces paroles allumaient en moi une ardeur inconnue et très vive… Je voulais donner à boire à mon Bien-Aimé et je me sentais moi-même dévorée de la soif des âmes… […]
Ah ! depuis cette grâce unique, mon désir de sauver les âmes grandit chaque jour, il me semblait entendre Jésus me dire comme à la samaritaine : « Donne-moi à boire ! » C’était un véritable échange d’amour ; aux âmes je donnais le sang de Jésus, à Jésus j’offrais ces mêmes âmes rafraîchies par sa rosée Divine. (MsA 46)
Thérèse ne regarde pas d’abord cette eau vive que promet Jésus, mais elle entend cette demande de Jésus : « Donne-moi à boire », et elle veut répondre à cette soif du Seigneur. Et elle cherche à comprendre comment répondre à l’amour de Jésus. Nous l’avons entendu dans la deuxième lecture : « Peut-être quelqu’un s’exposerait-il à mourir pour un homme de bien. Or, la preuve que Dieu nous aime, c’est qu’alors que nous étions encore pécheurs — et même quelques versets avant, il a dit : comme pécheur, nous sommes des ennemis de Dieu —c’est que le Christ est mort pour nous ». Jésus a donné sa vie pour nous, c’est dire à quel point il nous aime ! Mais comment répondre à un tel amour alors que nous sommes si petits, si faible ? Thérèse l’explique au tout début du manuscrit B, elle dira :
Ah ! si toutes les âmes faibles et imparfaites sentaient ce que sent la plus petite de toutes les âmes, l’âme de votre petite Thérèse, pas une seule ne désespérerait d’arriver au sommet de la montagne de l’amour, puisque Jésus ne demande pas de grandes actions, mais seulement l’abandon et la reconnaissance […]
Voilà donc tout ce que Jésus réclame de nous, il n’a point besoin de nos œuvres, mais seulement de notre amour, car ce même Dieu qui déclare n’avoir point besoin de nous dire s’il a faim, n’a pas craint de mendier un peu d’eau à la Samaritaine. Il avait soif… mais en disant : « donne-moi à boire », c’était l’amour de sa pauvre créature que le Créateur de l’univers réclamait. Il avait soif d’amour… (MsB 1)
Oui, frères et sœurs, dans cet évangile de la Samaritaine, il y a ces deux grandes réalités qui nous sont comme dévoilées :
La question de la vérité : faire la vérité, vivre dans la vérité. Et ce temps du Carême est là pour que le Seigneur puisse nous dévoiler — ce qui est le sens du mot vérité dans la langue grecque : le dévoilement — la vérité de notre vie, qu’il puisse nous montrer par sa parole où nous en sommes et comment avancer.
Et la deuxième grande chose que met en lumière cet Évangile, c’est la soif de Jésus de notre amour. Comme dit Thérèse, il ne nous demande pas tellement de grandes œuvres, il nous demande surtout de l’aimer, et de l’aimer en accueillant son amour.
Car
Je laisse la parole à Thérèse pour terminer. C’est dans une de ses poésies, la poésie 24 « Rappelle-toi », où sa sœur Céline lui a demandé de composer une poésie pour dire à Jésus tout ce que Céline a fait pour Jésus. Et Thérèse, malicieuse va écrire une poésie pour que Céline entende tout ce que Jésus a fait pour elle.
10. Rappelle-toi qu’au bord de la fontaine
Un voyageur fatigué du chemin
Fit déborder sur la Samaritaine
Les flots d’amour que renfermait son sein
Ah ! je connais Celui qui demandait à boire
Il est Le Don de Dieu, la source de la gloire,
C’est Lui, l’Eau qui jaillit
C’est Lui qui nous a dit :
« Venez à moi. »
11. « Venez à moi, pauvres âmes chargées
« Vos lourds fardeaux bientôt s’allégeront
« Et pour jamais étant désaltérées
« De votre sein des sources jailliront. »
J’ai soif, ô mon Jésus ! cette Eau je la réclame
De ses torrents divins daigne inonder mon âme
Pour fixer mon séjour
En l’Océan d’Amour
Je viens à toi.
Amen.
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