Dimanche 5 juillet 2026
14ème dimanche Pendant l’Année – Année A
Homélie du Père Emmanuel Schwab
1ère lecture : Zacharie 9,9-10
Psaume : 144 (145),1-2, 8-9,10-11,13cd-14
2ème lecture : Romains 8,9.11-13
Évangile : Matthieu 11,25-30
C’est le dimanche qui précèdera sa mort et sa résurrection que Jésus accomplira
cette prophétie du livre de Zacharie : monté sur un âne, petit d’une ânesse, il
entrera en roi de paix à Jérusalem. C’est ce que nous célébrons chaque année
dans le dimanche des Rameaux et de la Passion qui ouvre la Semaine Sainte.
L’âne est la monture royale en temps de paix et Jésus est un roi de paix, un roi
d’humilité, lui qui est doux et humble de cœur. Et c’est bien parce qu’il est doux
et humble de cœur que Jésus se laisse faire par le Père tout au long de sa vie
terrestre. Tout fils de Dieu qu’il est, il vit notre humanité dans l’obéissance :
l’obéissance qui est une humilité, l’obéissance qui est en lien avec la vérité.
C’est parce que Jésus, en notre humanité, obéit humblement au Père, qu’il reçoit
la vie en plénitude. Et l’apôtre Paul nous invite à entrer dans cette attitude
spirituelle, puisque l’Esprit de celui qui a ressuscité Jésus d’entre les morts nous
est donné pour habiter en nous. Il s’agit alors pour nous, comme Jésus mais
aussi par Lui, avec Lui et en Lui, de vivre comme lui en faisant mourir les
désordres de l’homme pécheur et en cherchant à vivre, par l’Esprit, de la vie
même de Dieu. C’est toute l’œuvre de notre conversion, c’est toute l’œuvre de
notre vie, pour qu’au jour de notre mort nous puissions enfin prononcer un oui
définitif à Dieu et le laisser nous conduire dans le Royaume, dans la plénitude de
la vie. Et nous le savons, le chemin qui mène à la vie, ce n’est pas la mort : le
chemin qui mène à la vie, c’est Jésus ! Lorsque cet homme riche dont parle
l’Évangile viendra trouver Jésus pour lui demander ce qu’il faut faire pour avoir la
vie éternelle en héritage, c’est-à-dire ce qu’il faut faire pour aller au Ciel, pour
vivre en plénitude, Jésus ne l’invite pas à se suicider, mais Jésus l’invite à se
convertir en vivant les commandements et en se mettant à sa suite. La mort ne
sera jamais le chemin de la vie ! Ce n’est pas parce qu’il est mort que Jésus est
ressuscité ; c’est parce qu’il est demeuré en pleine communion avec le Père que,
dans la mort, il a reçu la vie plus forte que la mort… Non pas de la mort, mais du
Père.
Jésus donc, dans l’Évangile, se révèle doux et humble de cœur. Et il se révèle
en commençant par louer le Seigneur qui a caché cela à des sages et à des
savants et qui l’a révélé à des tout-petits. Dans le texte grec, il n’y a pas l’article
défini, c’est pour cela que je dis “à des sages et à des savants et qu’il l’a révélé
à des tout-petits”. Et parmi ces tout-petits, il y a Thérèse. À plusieurs reprises,
dans les derniers mois de sa vie, en 1897, elle revient sur cet Évangile. Le 15
mai. :
Pour moi, je ne trouve plus rien dans les livres, si ce n’est dans
l’Evangile. Ce livre-là me suffit. J’écoute avec délices cette parole de
Jésus qui me dit tout ce que j’ai à faire : « Apprenez de moi que je
suis doux et humble de cœur » ; alors j’ai la paix, selon sa douce
promesse :… « et vous trouverez le repos de vos âmes. »
Et quelques instants après, elle insiste :
« …Et vous trouverez le repos de vos petites âmes… » (CJ 15.5.3)
Oui, cette attitude de Jésus, doux et humble de cœur, console profondément
Thérèse. Et non seulement elle la console, mais elle l’invite à entrer dans cette
même attitude. Au mois de juillet, à la demande d’une sœur du Carmel, elle va
composer une longue prière : la Prière pour obtenir l’humilité (Prière 20, du 16
Juillet 1897). J’en extrais trois passages :
O Jésus ! lorsque vous étiez Voyageur sur la terre vous avez dit :
« Apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur et vous
trouverez le repos de vos âmes. » O Puissant Monarque des Cieux,
oui mon âme trouve le repos en vous voyant revêtu de la forme et
de la nature d’esclave.
Thérèse reprend là des paroles de Paul dans la Lettre aux Philippiens et elle
commence par contempler l’incarnation du grand Monarque des cieux,
l’incarnation de la deuxième personne de la Sainte Trinité, l’incarnation du Verbe.
Et elle y voit la première attitude d’humilité. Et elle poursuit en contemplant le
deuxième abaissement, qui est celui de la Passion, à travers le lavement des
pieds :
…mon âme trouve le repos en vous voyant revêtu de la forme et de
la nature d’esclave, vous abaisser jusqu’à laver les pieds à vos
apôtres. Je me souviens alors de ces paroles que vous avez
prononcées pour m’apprendre à pratiquer l’humilité : « Je vous ai
donné l’exemple afin que vous fassiez vous-même ce que j’ai fait, le
disciple n’est pas plus grand que le Maître…. Si vous comprenez ceci
vous serez heureux en le pratiquant. »
Abaissement de l’incarnation, abaissement de la Passion et invitation de Jésus
à l’imiter dans cet abaissement en se faisant le serviteur de ses disciples, en nous
faisant le serviteur de nos frères.
Plus loin dans cette prière, Thérèse contemple le troisième abaissement :
O mon Bien-Aimé, sous le voile de la blanche Hostie que vous
m’apparaissez doux et humble de cœur ! Pour m’enseigner
l’humilité vous ne pouvez vous abaisser davantage, aussi je veux,
afin de répondre à votre amour, désirer que mes sœurs me mettent
toujours à la dernière place et bien me persuader que cette place est
la mienne.
Contemplation dans l’Eucharistie de l’abaissement de Jésus qui s’est fait petit
morceau de pain, pour pouvoir nous approcher, j’oserais dire sans nous faire
peur. Mais il nous enseigne aussi ce qu’est l’humilité. Thérèse poursuit cette
prière et je m’arrête sur un troisième et dernier extrait. Thérèse n’est pas un
surhomme : elle connaît sa faiblesse qu’elle éprouve et elle sait bien qu’elle n’est
pas capable de vivre cette humilité sans cesse :
Mais, Seigneur, ma faiblesse vous est connue ; chaque matin je
prends la résolution de pratiquer l’humilité et le soir je reconnais
que j’ai commis encore bien des fautes d’orgueil, à cette vue je suis
tentée de me décourager mais, je le sais, le découragement est aussi
de l’orgueil, je veux donc, ô mon Dieu, fonder sur Vous seul mon
espérance ; puisque vous pouvez tout, daignez faire naître en mon
âme la vertu que je désire. Pour obtenir cette grâce de votre infinie
miséricorde je vous répéterai bien souvent : « O Jésus, doux et
humble de cœur, rendez mon cœur semblable au vôtre ! »
Et Thérèse nous enseigne là une prière toute simple que nous pouvons répéter
souvent, bien souvent dans notre journée : « Oh Jésus, doux et humble de cœur,
rendez mon cœur semblable au vôtre ». Ou si vous avez l’habitude de tutoyer
Jésus comme Thérèse dans sa prière personnelle : « Oh Jésus, doux et humble
de cœur, rends mon cœur semblable au tien ». Il y a des moments de la journée
où il faut répéter cela en boucle… « Oh Jésus, doux et humble de cœur, rends
mon cœur semblable au tien. Oh Jésus, doux et humble de cœur, rends mon
cœur semblable au tien »
Et Thérèse, le dernier jour de sa vie, en fin de journée le 30 septembre, (elle
meurt le soir), Mère Agnès a noté ceci : Thérèse dit :
Oui, il me semble que je n’ai jamais cherché que la vérité ; oui, j’ai
compris l’humilité du cœur… Il me semble que je suis humble.
Cette parole me touche beaucoup, frères et sœurs, car je suis persuadé que
Thérèse est vraiment humble et que quand elle le dit, c’est vrai, parce qu’elle a
toujours cherché la vérité. Et c’est la dernière chose que Thérèse nous enseigne
et sur laquelle je voudrais m’arrêter un instant en lien avec l’actualité.
Thérèse fait le lien entre l’humilité et la vérité. Il n’y a pas d’humilité sans chercher
à vivre dans la vérité : la vérité de toute chose, la vérité sur notre humanité, la
vérité sur ce que c’est que l’amour, la vérité sur ce que c’est que la liberté, la
vérité sur toute chose… Saint Jean-Paul II avait fait une encyclique dont le titre
était « La splendeur de la vérité », car la vérité éclaire, elle nous rend libres, dit
Jésus (Jn 8,32). Et celui qui cherche la vie vient à la lumière, dit Jésus aussi
(Jn 3,21). Mais il y en a un autre, qui n’aime pas la vérité : c’est le diable. Et Jésus
en parle très clairement dans l’Évangile de saint Jean au chapitre 8, verset 44.
Un verset qui n’est dans aucun lectionnaire, vous ne risquez pas de l’entendre
dans la liturgie, où Jésus dit à ses interlocuteurs : « Vous, vous êtes du diable,
c’est lui votre père, et vous cherchez à réaliser les convoitises de votre père.
Depuis le commencement, il a été un meurtrier. Il ne s’est pas tenu dans la vérité,
parce qu’il n’y a pas en lui de vérité. Quand il dit le mensonge, il le tire de lui
même, parce qu’il est menteur et père du mensonge. Mais moi, parce que je dis
la vérité, vous ne me croyez pas ».
Oui, frères et sœurs, par l’orgueil, nous pouvons nous fermer à la lumière de la
vérité, nous pouvons nous laisser tromper par le mensonge… Nous pouvons
même aimer le mensonge.
Dans la loi sur la fin de vie qui est en jeu en ce moment, c’est vraiment la question
de la vérité qui est en jeu.
Lorsque je lis dans un document du Grand Orient de France : « Les citoyens
demeurent privés de la possibilité de choisir les conditions de leur départ en
contradiction avec l’un des principes fondateurs de notre pacte républicain : la
liberté de conscience, garantie par la laïcité ».
D’une part, ce n’est pas la laïcité qui garantit la liberté de conscience, c’est Dieu
qui nous a créés avec une conscience et qui nous fait le devoir d’écouter la voix
de notre conscience, mais qui nous fait aussi le devoir d’éclairer notre conscience
par la lumière de la vérité. Et dans son encyclique Véritatis Splendor, saint Jean
Paul II écrit :
C’est toujours de la vérité que découle la dignité de la conscience […]
La conscience, en tant que jugement concret ultime, compromet sa dignité
lorsqu’elle est coupablement erronée, ou « lorsque l’homme se soucie peu
de chercher la vérité et le bien, et lorsque l’habitude du péché rend peu à
peu sa conscience presque aveugle » (GS n°16) […]
En réalité, c’est le « cœur » tourné vers le Seigneur et vers l’amour du bien
qui est la source des jugements vrais de la conscience. […]
La liberté de conscience n’est jamais une liberté affranchie « de » la vérité,
mais elle est toujours et seulement « dans » la vérité
Aussi, frères et sœurs, sachons travailler pour laisser notre conscience être
éclairée.
Travaillons pour comprendre les enjeux actuels dans notre société, non
seulement sur la fin de vie, mais sur beaucoup d’autres choses, pour pouvoir
nous laisser éclairer par la lumière de la vérité.
Je laisse la parole de la fin à Thérèse dans cette presque ultime parole de sa
vie :
Oui, il me semble que je n’ai jamais cherché que la vérité ; oui, j’ai
compris l’humilité du cœur… Il me semble que je suis humble.
Amen.
Galerie vidéos
Souvenirs et supports de prière
Office du Tourisme de Lisieux