Dimanche 31 mai 2026
Solennité de la Sainte Trinité– Année A
Homélie du Père Emmanuel Schwab
1ère lecture : Exode 34,4b-6.8-9
Cantique : Dn 3, 52, 53, 54, 55, 56
2ème lecture : 2 Corinthiens 13,11-13
Évangile : Jean 3,16-18
Nous sommes héritiers des 2000 ans, ou presque, qui séparent Abraham de
Jésus.
Nous sommes héritiers du peuple de la première Alliance où Dieu se révèle
comme unique.
La profession de foi d’Israël : Écoute Israël, le Seigneur notre Dieu, le Seigneur
est un — ce qui signifie à la fois unique : il n’y a pas d’autre Dieu que Dieu, et un
en lui-même — cette profession de foi d’Israël, nous la partageons. Et c’est dans
ce contexte qu’en contemplant Jésus, nous accueillons un progrès de cette
révélation de Dieu, car Dieu se révèle progressivement, dans une histoire. La
confession de la Sainte Trinité, nous la recevons de Jésus en recueillant ce que
nous voyons de lui, ce que nous entendons de lui. L’Évangile de saint Matthieu
se termine presque par une grande formule trinitaire, puisque c’est dans la
bouche de Jésus lui-même que nous entendons la consigne de baptiser au nom
du Père et du Fils et du Saint-Esprit.
Le mystère de la Trinité nous fait progresser dans la compréhension de la
miséricorde de Dieu, dans la compréhension de l’amour de Dieu. Le Seigneur se
révèle à Moïse au Sinaï en proclamant : le Seigneur, le Seigneur, Dieu tendre et
miséricordieux, lent à la colère, plein d’amour et de vérité. Ce que nous
approfondissons dans le dévoilement du mystère de la Sainte Trinité, c’est que
Dieu est en lui-même un mystère d’amour. Lorsque saint Jean affirmera dans sa
première lettre : Dieu est amour (1 Jn 4,8.16), en fait, il ne dit pas d’abord : Dieu
nous aime, il nous dit d’abord que Dieu est en lui-même un grand mystère
d’amour, que le cœur de Dieu est brûlant d’amour et que ce cœur est un
incessant mouvement de communication d’amour du Père vers le Fils, du Fils
vers le Père. Et cet amour est si vivant qu’il est lui-même l’Esprit-Saint, et c’est
cet amour qui nous est donné une fois que Jésus nous a arrachés à la puissance
de la mort et du péché.
Thérèse aime beaucoup, beaucoup Jésus, elle parle énormément de Jésus dans
ses écrits, mais elle a bien conscience que Jésus ne vient pas seul.
Elle écrit ceci dans une lettre à Céline :
Jésus nous appelle, Il veut nous considérer — c’est-à-dire nous regarder,
nous contempler — à loisir, mais Il n’est pas seul, avec Lui les deux
autres personnes de la Sainte Trinité viennent prendre possession
de notre âme… Jésus l’avait promis autrefois quand il était près de
remonter vers son Père et notre Père ; Il disait avec une ineffable
tendresse : « Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole et mon Père
l’aimera et nous viendrons à lui et nous ferons en lui notre
demeure. » Garder la parole de Jésus, voilà l’unique condition de
notre bonheur, la preuve de notre amour pour Lui. Mais qu’est-ce
que cette parole ?… Il me semble que la parole de Jésus, c’est Luimême… Lui Jésus, le Verbe, la Parole de Dieu !… (LT 165 du 7 Juillet
1894)
Il me semble que la parole de Jésus, c’est Lui-même… Lui, le Verbe, la Parole
de Dieu. En accueillant le Seigneur Jésus, nous sommes plongés au cœur même
de la Sainte Trinité. Je ne sais pas quelle conscience vous en avez, mais lorsque
nous célébrons l’Eucharistie, nous sommes au cœur même de la Sainte Trinité.
Toute notre prière ou presque s’adresse à Dieu le Père. Celui que nous nommons
Seigneur dans la liturgie, c’est Dieu le Père, et nous le prions par Jésus dans
l’Esprit. Ce n’est qu’exceptionnellement, dimanche prochain par exemple, que
l’oraison d’ouverture s’adressera au Christ pour la fête du Saint-Sacrement, mais
sinon toutes les oraisons s’adressent au Père, toute la grande Prière
eucharistique s’adresse au Père. Ce n’est que juste avant la communion que
nous nous tournons vers Jésus, dans cette prière pour demander la paix, dans
la prière de l’Agneau de Dieu. C’est à lui que nous parlons lorsqu’avant de
communier, nous disons : Seigneur, je ne suis pas digne de te recevoir. Mais tout
le reste s’adresse au Père, par le Fils, dans l’Esprit. La liturgie nous plonge au
cœur même de la Trinité Sainte. Cette Trinité Sainte nous fait entrer dans son
propre mystère qui est un mystère d’amour. Mais pour l’accueillir, il n’y a qu’une
attitude possible, c’est l’attitude de l’humilité amoureuse.
Dans deux de ses poèmes, Thérèse évoque cette manière d’accueillir ou de
retenir la Trinité. Une des strophes de Vivre d’amour, c’est même la première
strophe après l’introduction :
- Vivre d’Amour, c’est te garder Toi-Même
Verbe incréé, Parole de mon Dieu,
Ah ! tu le sais, Divin Jésus, je t’aime
L’Esprit d’Amour m’embrase de son feu
C’est en t’aimant que j’attire le Père
Mon faible cœur le garde sans retour.
O Trinité ! vous êtes Prisonnière
De mon Amour !…..
(PN 17 Vivre d’Amour)
Prisonnière de mon amour…
Et dans sa dernière poésie, Pourquoi je t’aime, ô Marie, dans la 4ème strophe,
Thérèse écrit ceci : - Oh ! je t’aime, Marie, te disant la servante
Du Dieu que tu ravis par ton humilité
Cette vertu cachée te rend toute-puissante
Alors l’Esprit d’Amour te couvrant de son ombre
Le Fils égal au Père en toi s’est incarné….
De ses frères pécheurs bien grand sera le nombre
Puisqu’on doit l’appeler : Jésus, ton premier-né !..
(Poésie 54, de mai 1897)
L’amour et l’humilité sont les conditions d’accueil de la Sainte Trinité.
Ce n’est pas seulement l’amour pour Dieu, c’est aussi l’amour pour nos frères,
car nous savons bien que notre amour pour Dieu se vérifie dans l’amour pour
nos frères. Si quelqu’un dit : « J’aime Dieu », alors qu’il a de la haine contre son
frère, c’est un menteur », dit saint Jean (1 Jn 4,20). Et donc, c’est en progressant
dans l’amour fraternel aussi que nous nous ouvrons plus réellement à la
présence de la Trinité Sainte.
Et cette Trinité Sainte, Thérèse voit bien qu’elle est ce mystère d’amour, ce
mystère de miséricorde, et qu’il est juste et bon de s’offrir à cette miséricorde.
C’est précisément l’intuition qu’elle vit dans cette fête de la Sainte Trinité, le 9 juin - C’est après la communion où, dans sa méditation — bien sûr que tout cela
est préparé par tout ce qu’elle a vécu avant et notamment la poésie Vivre d’amour
qu’elle a écrite dans sa tête avant de la mettre par écrit au début du carême,
quelques semaines avant — elle a cette intuition que si Dieu est juste, cette
justice de Dieu qui peut apparaître terrible à certains, cette justice de Dieu n’est
que pour le temps où nous sommes sur terre. Au Ciel, il n’y a plus que la
miséricorde ! Et donc, aux yeux de Thérèse, cette miséricorde est plus grande
encore que la justice de Dieu parce qu’elle est éternelle.
Et voyant qu’il y a des sœurs qui s’offrent à la justice de Dieu pour détourner sur
elles le courroux de Dieu contre les pécheurs — en tout cas ce qu’elles en
pensent — Thérèse dit : Mais qui va s’offrir à la miséricorde de Dieu ?
Dans cette offrande qu’elle va faire, les premiers mots sont une contemplation de
la Trinité. Son Offrande à l’Amour miséricordieux, lorsqu’elle la met par écrit,
commence par ces mots : Ô mon Dieu, Trinité bienheureuse. ! (PR 6, du 9
Juin 1895)
Et lorsqu’elle raconte ce qui s’est passé en elle pour vivre cette offrande, elle dit :
Cette année, le 9 Juin, fête de la Sainte Trinité, j’ai reçu la grâce
de comprendre plus que jamais combien Jésus désire être aimé. […]
Et plus loin, elle dit :
O mon Dieu ! votre Amour méprisé va-t-il rester en votre Cœur ? Il
me semble que si vous trouviez des âmes s’offrant en Victimes
d’holocaustes à votre Amour, vous les consumeriez rapidement, il
me semble que vous seriez heureux de ne point comprimer les flots
d’infinies tendresses qui sont en vous… […]
votre Amour Miséricordieux désire-t-il embraser les âmes, puisque
votre Miséricorde s’élève jusqu’aux Cieux… (Ms A Folio 84, r°)
Ce qu’elle contemple là — et Thérèse, dans l’histoire du Salut, est une des
personnes qui nous aide vraiment à comprendre la grandeur de la miséricorde
de Dieu — ce que Thérèse comprend, ce qu’elle voit, c’est cette miséricorde, cet
amour qui n’a d’autre désir que se donner à qui veut bien le recevoir. Et quand
elle contemple l’humanité, elle voit tant de personnes qui sont centrées sur ellesmêmes, qui sont parfois malheureuses avec elles-mêmes, qui portent le poids
de leurs péchés.
Elle dit : Mais cet amour miséricordieux, il veut embraser tous les cœurs ! Alors
Thérèse s’offre à cet amour. Elle dit : Seigneur, si vous cherchez un cœur qui
accueille votre amour miséricordieux, me voici. Brûlez-moi de votre amour,
consumez-moi de votre amour, embrasez-moi de votre amour. Que mon cœur
brûle du même amour que le vôtre (Cf. Ms A Folio 84).
Et ce qu’elle comprendra plus tard, c’est que Jésus veut aimer à travers elle
toutes les personnes qu’elle croise (Cf. Ms C Folio 12v°).
Oui, frères et sœurs, le mystère de la Sainte Trinité n’est pas un mystère
compliqué. Le mystère de la Sainte Trinité, c’est le mystère de l’amour de Dieu
qui est tellement débordant que cet amour a créé l’univers, que cet amour nous
a créés chacun d’entre nous et que cet amour veut se donner à chacun de nous.
Tout cela, nous le vivons en chaque Eucharistie.
Ce n’est pas pour rester dans le ciboire d’or, dit Thérèse, qu’Il descend
chaque jour du Ciel, c’est afin de trouver un autre Ciel qui lui est
infiniment plus cher que le premier : le Ciel de notre âme, faite à son
image, le temple vivant de l’adorable Trinité !… (Ms A Folio 48 v°)
Amen.
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