Dimanche 26 avril 2026
4ème dimanche de Pâques – Année A
Homélie du Père Emmanuel Schwab


1ère lecture : Actes 2,14a.36-41
Psaume : 22 (23),1-2ab,2c-3, 4,5, 6
2ème lecture : 1 Pierre 2,20b-25
Évangile : Jean 10,1-1

Ce quatrième dimanche du temps Pascal est donc le dimanche des vocations où
nous sommes invités à prier pour les vocations. Mais pourquoi faudrait-il donc
prier pour les vocations ? Cette question déjà traverse l’esprit de Thérèse. Elle
s’en ouvre à sa sœur Céline dans une lettre du 15 août 1892 :
Autrefois Jésus disait à ses disciples en leur montrant les champs de
blé mûrs : « Levez les yeux et voyez comme les campagnes sont déjà
assez blanches pour être moissonnées » et un peu plus tard : « A la
vérité la moisson est abondante mais le nombre des ouvriers est
petit ; demandez donc au maître de la moisson qu’Il envoie des
ouvriers. » Quel mystère !… Jésus n’est-Il pas tout-puissant ? les
créatures ne sont-elles pas à celui qui les a faites ? Pourquoi Jésus
dit-Il donc : « Demandez au maître de la moisson qu’Il envoie des
ouvriers » ? Pourquoi ?… Ah !!c’est que Jésus a pour nous un amour
si incompréhensible qu’Il veut que nous ayons part avec lui au salut
des âmes. Il ne veut rien faire sans nous. (LT 135 du 15 Août 1892, à
Céline)
Pourquoi devons-nous prier pour que le Seigneur envoie les ouvriers à sa
moisson ? Pourquoi devons-nous prier pour qu’il y ait des vocations religieuses,
sacerdotales, diaconales ? Parce que le Seigneur le veut ainsi, parce que le
Seigneur veut que nous travaillions avec lui. Il ne veut pas que nous soyons
seulement les bénéficiaires du salut : il veut qu’avec lui, nous soyons des acteurs.
Ce dimanche est le dimanche du Bon Pasteur. Chaque année, nous entendons
un passage du chapitre 10 de l’Évangile de saint Jean. Comment Jésus est-il
notre pasteur ? Comment percevons-nous sa présence de pasteur à nos côtés ?
Thérèse, en se retournant sur sa vie, en regardant ce qu’elle a vécu, contemple
cette présence et elle écrit ceci dans le manuscrit A :
Je me trouve à une époque de mon existence où je puis jeter un
regard sur le passé ; mon âme s’est mûrie dans le creuset des
épreuves extérieures et intérieures ; maintenant comme la fleur
fortifiée par l’orage je relève la tête et je vois qu’en moi se réalisent
les paroles du psaume XXII. (Le Seigneur est mon Pasteur, je ne
manquerai de rien. Il me fait reposer dans des pâturages agréables
et fertiles. Il me conduit doucement le long des eaux. Il conduit
mon âme sans la fatiguer… Mais lors même que je descendrai dans
la vallée de [v°] l’ombre de la mort, je ne craindrai aucun mal,
parce que vous serez avec moi, Seigneur !…) Toujours le Seigneur a
été pour moi compatissant et rempli de douceur… Lent à punir et
abondant en miséricordes !… (Ms A Folio 03)
En méditant ce psaume 22 que nous avons chanté il y a un instant, Thérèse voit
que c’est bien cela qui se vit dans sa vie. Nous pouvons faire de même : nous
pouvons chacun reprendre ce psaume 22 et y contempler l’action de Dieu dans
nos vies. De même que Jésus a prié avec un grand cri et des larmes, offrant sa
supplication à Dieu qui pouvait le sauver de la mort et qu’il a été exaucé nous dit
la lettre aux Hébreux (Cf. He 5,7) — c’est-à-dire qu’il a été tiré de la mort, il n’a
pas été épargné par la mort — de même, au milieu des épreuves de notre vie,
nous pouvons mesurer comment le Seigneur s’est comporté comme notre berger
et que si nous avons traversé les ravins de la mort, le Seigneur a continué d’être
avec nous. C’est à partir de cette expérience de Jésus Bon pasteur, c’est à partir
de cette rencontre du Christ Sauveur dont nous parle Pierre, autant dans son
discours dans les Actes des Apôtres que dans sa première Lettre, c’est en
contemplant le Christ et sa présence auprès de nous que peut grandir en nos
cœurs le désir de le faire connaître… le désir, comme Thérèse l’écrira à plusieurs
reprises, de l’aimer et de le faire aimer. Et cela concerne tous les disciples de
Jésus.
Thérèse, elle encore, en méditant sur tous ceux qui, ayant connu le Christ, se
détournent de lui ou ceux qui ne le connaissent pas, les regarde sans aucun
mépris mais avec la compassion même de Dieu. Dans une des petites pièces de
théâtre qu’elle a écrites pour les récréations du Carmel, une pièce intitulée “les
anges à la crèche de Jésus“, elle fait parler à un moment l’ange de la SainteFace qui, s’adressant à Jésus, dit ceci :
Jésus, je vois aussi des âmes plus nombreuses encore qui
s’éloigneront de toi ; comme l’enfant prodigue elles iront chercher
le bonheur bien loin de leur Père !… Au lieu de rester en paix sous
ta houlette, ô Divin Pasteur, ces pauvres brebis s’égareront dans les
épines… Mais l’épreuve les rapprochera de toi, elles se souviendront
que le Fils de Dieu n’est pas venu appeler les justes mais les pécheurs,
et que la joie est plus grande au Ciel pour un seul pécheur qui fait
pénitence que pour quatre-vingt-dix-neuf justes qui n’ont pas
besoin de pénitence… Comme Madeleine, après t’avoir beaucoup
offensé elles t’aimeront beaucoup… Lorsque ces âmes rechercheront
ton visage, dès qu’elles viendront se cacher dans le secret de ta Face
divine en invoquant ton nom béni, daigne, ô Jésus ! par un seul de
tes regards les rendre plus brillantes que les étoiles des Cieux !….
(Les Anges à la Crèche de Jésus, RP2, Folio 7r°
L’ANGE DE LA SAINTE FACE)
Ces paroles que Thérèse met dans la bouche de l’ange de la Sainte-Face,
c’est au fond sa propre prière à elle. Elle contemple ce monde dans cette
compassion de Dieu. Là aussi, comment regardons-nous notre monde ?
Comment le contemplons-nous avec les yeux de Dieu, si vous me permettez
cette expression, pour le voir à travers cette compassion de Dieu, à travers
cet amour miséricordieux de Dieu pour chaque personne humaine, quelle que
soit son origine, son histoire, ses péchés ? La compassion de Dieu pour tous.
Notre vocation de baptisés, c’est de vivre la charité de Dieu au quotidien. Et c’est
cette charité de Dieu concrètement vécue avec tous ceux qui nous entourent, qui
est le premier témoignage rendu au Christ Sauveur. Parce que je suis sauvé, je
n’ai pas besoin de me défendre devant mon prochain : je peux l’aimer dans la
clarté d’un amour qui ne se laisse pas faire n’importe comment, mais qui voit
toujours dans l’autre celui pour qui le Christ a livré sa vie (Rm 5,5). Dans cette
vocation commune, et pour que tous les baptisés puissent vivre cette commune
vocation, il est nécessaire que certains consacrent leur vie à manifester que le
Royaume est déjà là : ce sont les consacrés et tout en particulier les
contemplatifs.
Et puis il est nécessaire aussi que des hommes répondent à l’appel du Seigneur
en recevant le sacrement de l’ordre ; et ceux que le Seigneur appelle à être
prêtres dans l’Église latine qui est la nôtre, il les appelle aussi à se consacrer à
lui dans le célibat pour être entièrement donné à Jésus.
Nous le savons, nos diocèses en France sont pauvres en prêtres, mais les
prêtres ne naissent pas dans les choux, ils ne sont pas apportés non plus par
des cigognes : ils naissent dans nos familles. Comment prions-nous dans nos
familles pour qu’il y ait des vocations ? Comment vivons-nous dans nos familles
pour qu’il soit possible à des jeunes de répondre à un appel du Seigneur ?
Comment le fait d’être religieux, religieuse, prêtre, diacre permanent est une belle
chose à nos yeux ? Comment en parlons-nous ? Comment cela peut-il devenir
désirable ? Et si parmi vous, certains portent cette question dans leur cœur en
se disant : mais de toute façon, je n’ai sûrement pas les compétences, je ne suis
pas digne, et puis je suis bourré de défauts, et puis je suis plein de péché, etc,
etc.
Écoutons encore Thérèse, elle écrit cela au début du manuscrit A :
Ouvrant le Saint Evangile, mes yeux sont tombés sur ces mots : —
« Jésus étant monté sur une montagne, il appela à Lui ceux qu’il
lui plut ; et ils vinrent à Lui. » (St Marc, Chap. III, v. 13). Voilà bien
le mystère de ma vocation, de ma vie tout entière et surtout le
mystère des privilèges de Jésus sur mon âme… Il n’appelle pas ceux
qui en sont dignes, mais ceux qu’il lui plaît ou comme le dit St Paul
— : « Dieu a pitié de qui Il veut et Il fait miséricorde à qui Il veut
faire miséricorde. Ce n’est donc pas l’ouvrage de celui qui veut ni

de celui qui court, mais de Dieu qui fait miséricorde. » (Ep. aux
Rom. chap. IX, v. 15 et 16). (Ms A Folio 02, r°)
Lorsque l’appel de Dieu retentit dans un cœur, c’est toujours l’amour
miséricordieux qui appelle.

Amen.