Dimanche 24 mai 2026
Solennité de la Pentecôte– Année A
Homélie du Père Emmanuel Schwab

1ère lecture : Actes 2,1-11
Psaume : 103 (104), 1ab.24ac, 29bc-30, 31.34
2ème lecture : 1 Corinthiens 12, b-7.12-13
Évangile : Jean 20,19-23

L’Évangile nous ramène au soir de Pâques. Les apôtres ne sont plus que dix : Judas s’est pendu. Thomas n’est pas revenu. Et parmi les dix, Pierre a renié trois fois le Seigneur, et tous ont laissé Jésus seul. Quand Jésus leur apparaît, quand il se manifeste au milieu d’eux, pas un mot de reproche, une seule parole : La paix soit avec vous. C’est cela que nous avons beaucoup de mal à comprendre dans notre propre vie : c’est que le Seigneur veut nous donner sa paix alors que le péché, la lâcheté, la médiocrité, la fuite et que sais-je encore, tout cela a mis nos cœurs dans l’inquiétude… La paix soit avec vous. Et Jésus leur montre ses mains et son côté. Il n’y a aucune négation de ce qui s’est passé, aucun déni : c’est bien le Crucifié qui leur donne la paix. C’est bien celui que nous avons blessé à mort, et c’est même le seul qui peut nous rendre la paix parce qu’il est vivant, pour toujours, plus fort que la mort. Ce don de la paix, cette miséricorde de la paix, il continue de la répandre dans le monde par l’Esprit-Saint. Nous l’avons entendu : « il souffla sur eux et il leur dit : « Recevez l’Esprit Saint. À qui vous remettrez ses péchés, ils seront remis ; à qui vous maintiendrez ses péchés, ils seront maintenus. » Et dans le baptême, les hommes et les femmes qui le reçoivent sont délivrés de tout lien avec le péché. Lorsque les baptisés ont conscience d’avoir gravement péché et qu’ils vont trouver le prêtre, ils reçoivent à nouveau ce don de la paix, cette miséricorde qui leur permet de travailler à changer leur cœur par la grâce de l’Esprit-Saint. Car il n’y a pas de magie dans la vie chrétienne, dans la vie des sacrements, le Seigneur agit avec nous. Et nous nous souvenons peut-être de cette phrase de Thérèse dans une lettre à sa sœur Céline : Jésus a pour nous un amour si incompréhensible qu’Il veut que nous ayons part au salut des âmes. Il ne veut rien faire sans nous. (LT 135 du 15 Août 1892) Thérèse dit cela à sa sœur à propos de leurs prières et de l’offrande de leur vie pour le salut de tous les pauvres pécheurs, mais nous pouvons l’entendre aussi pour notre propre salut. Jésus ne veut rien faire sans nous. Il veut que notre propre salut soit aussi notre œuvre : non pas soit seulement notre œuvre, mais soit aussi notre œuvre. L’Esprit-Saint travaille en nous de tout temps, de toujours, pour nous attirer vers Dieu, et par les sacrements de l’initiation chrétienne, il nous est donné comme notre propre Esprit. Le sacrement de la confirmation, le sacrement de la chrismation, est l’événement de la Pentecôte dans la vie de chaque baptisé. Thérèse s’y prépare avec soin. Peu de temps après ma première Communion, j’entrai de nouveau en retraite pour ma Confirmation. Je m’étais préparée avec beaucoup de soin à recevoir la visite de l’Esprit-Saint, je ne comprenais pas qu’on ne fasse pas une grande attention à la réception de ce sacrement d’Amour. […] (Ms A 36 v°) Voilà comment Thérèse appelle la confirmation : le sacrement de l’amour. C’est que l’Esprit-Saint a deux actions fondamentales dans nos vies : celle d’éclairer notre intelligence, de nous donner d’écouter la parole de Dieu et celle de fortifier notre volonté pour que nous puissions aimer en actes et en vérité comme Jésus nous a aimés. Dans tous les écrits de Thérèse, j’ai trouvé 31 mentions de l’Esprit Saint sous l’expression Esprit Saint, Saint-Esprit, Esprit de feu, Esprit d’amour, Esprit du Seigneur. Elle n’en parle pas beaucoup finalement, mais elle en vit profondément. Quand, par exemple, elle fait référence à des paroles de Dieu qui la marque, on entend ceci : « Si quelqu’un est tout petit, qu’il vienne à moi » a dit l’Esprit Saint par la bouche de Salomon et ce même Esprit d’Amour a dit encore que « La miséricorde est accordée aux petits. » En son nom, le prophète Isaïe… (Ms B Folio 1) Lorsqu’elle lit et écoute les Saintes Écritures, c’est l’Esprit-Saint qui parle parce qu’elle la reçoit dans la foi, et ce même Esprit nourrit en nous la capacité d’aimer. Il s’agit de nous livrer à l’Esprit. Et lorsque nous sommes vraiment livrés à l’Esprit, nous n’avons aucune perception de l’Esprit. Vous le savez, si vous avez déjà fait du vélo par temps de grand vent, lorsque vous êtes contre le vent, vous le sentez fort, le vent, et c’est difficile. Lorsque vous êtes dans le sens du vent, vous ne sentez pas le vent puisque vous roulez avec, et tout paraît facile. Il en est de même pour l’Esprit-Saint… Lorsque nous nous rebellons à ce que Dieu veut, tout paraît difficile et nous luttons contre l’Esprit. Lorsque nous cherchons à vivre avec l’Esprit, alors tout paraît facile, mais nous ne sentons pas l’Esprit. Dans une lettre à Céline, Thérèse dit : « Nous ne savons rien demander comme il faut mais c’est l’Esprit qui demande en nous avec des gémissements qui ne se peuvent exprimer » (St Paul). Nous n’avons donc qu’à livrer notre âme, à l’abandonner à notre grand Dieu. Qu’importe alors qu’elle soit sans dons qui brillent à l’extérieur puisqu’au dedans brille le Roi des Rois avec toute sa gloire ! Qu’il faut qu’une âme soit grande pour contenir un Dieu !… (LT 165 du 7 Juillet 1894) Oui, il s’agit de nous livrer à l’Esprit, de nous livrer à Dieu, de rejoindre la prière de la Vierge Marie à l’Annonciation : « Qu’il me soit fait selon ta parole » (Lc 1,38), de consentir sans cesse à ce que Dieu veut, de consentir sans cesse à vivre les dons de l’Esprit-Saint : amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, douceur, fidélité, maîtrise de soi (Ga 5,22). Consentir à vivre cela, consentir à aller dans le sens de l’Esprit, non pas à la force du poignet, mais par bonne volonté. Cette bonne volonté qui jamais ne fit défaut à Thérèse, comme elle l’écrit (MsA 45v). Alors l’esprit pourra développer en nous ses dons, ses charismes, et nous pourrons alors devenir de plus en plus ce que Dieu veut que nous soyons. Nous l’avons entendu dans la deuxième lecture : « Les dons de la grâce sont variés, mais c’est le même Esprit. Les services sont variés, mais c’est le même Seigneur. Les activités sont variées, mais c’est le même Dieu qui agit en tout et en tous. À chacun est donnée la manifestation de l’Esprit en vue du bien ». Sous-entendu du bien en soi, mais aussi du bien de tous. Thérèse ne dit pas autre chose au début du manuscrit A (2v), lorsqu’elle contemple les fleurs qu’elle voit dans la nature, dans les jardins, dans les champs. Et elle dit : Ainsi en est-il dans le monde des âmes qui est le jardin de Jésus. Il a voulu créer les grands saints qui peuvent être comparés aux Lys et aux roses ; mais il en a créé aussi de plus petits et ceux-ci doivent se contenter d’être des pâquerettes ou des violettes destinées à réjouir les regards du bon Dieu lorsqu’Il les abaisse à ses pieds. La perfection consiste à faire sa volonté, à être ce qu’Il veut que nous soyons… Et si nous cherchons ainsi, en nous livrant à l’Esprit, en cherchant à vivre de l’Esprit dans la suite de Christ, si nous cherchons à être ce que Dieu veut que nous soyons, alors nos vies témoigneront du Christ avant même que nous ayons ouvert la bouche, nos vies manifesteront quelque chose de la grâce de Christ. Et c’est ce que comprend Thérèse — encore elle — vers la fin de sa vie, et le pape François le relève dans sa lettre sur sainte Thérèse, la lettre C’est la confiance. Thérèse écrit : Jésus m’a donné un moyen simple d’accomplir ma mission. Il m’a fait comprendre cette parole des cantiques (Le livre du Cantique des cantiques) : Attirez-moi, nous courons à l’odeur de vos parfums. O Jésus, il n’est donc même pas nécessaire de dire : « En m’attirant, attirez les âmes que j’aime ! » Cette simple parole « Attirez-moi » suffit. Seigneur, je le comprends, lorsqu’une âme s’est laissée captiver par l’odeur enivrante de vos parfums, elle ne saurait courir seule, toutes les âmes qu’elle aime sont entraînées à sa suite ; cela se fait sans contrainte, sans effort, c’est une conséquence naturelle de son attraction vers vous. (Ms C 33v-34r)

Alors oui, frères et sœurs, au terme de ce grand chemin qui nous a menés du mercredi des Cendres à ce dimanche de Pentecôte, ce grand chemin par lequel Dieu veut renouveler nos vies, livrons-nous à l’Esprit-Saint. Reprenons peut-être chaque jour de la semaine cette séquence de la Pentecôte que nous avons chantée avant l’Évangile. Invoquons l’Esprit Saint quotidiennement en nous livrant à lui. Demandons à Dieu de nous apprendre à nous abandonner à lui pour que nous soyons ce qu’il veut que nous soyons, et que par là même, nos vies annoncent le salut à nos frères. Laissons-nous attirer par Jésus et courons avec tous !

Amen.

Viens, Esprit Saint, en nos cœurs
et envoie du haut du ciel
un rayon de ta lumière.
Viens en nous, père des pauvres,
viens, dispensateur des dons,
viens, lumière de nos cœurs.
Consolateur souverain,
hôte très doux de nos âmes,
adoucissante fraîcheur.
Dans le labeur, le repos ;
dans la fièvre, la fraîcheur ;
dans les pleurs, le réconfort.
Ô lumière bienheureuse,
viens remplir jusqu’à l’intime
le cœur de tous tes fidèles.
Sans ta puissance divine,
il n’est rien en aucun homme,
rien qui ne soit perverti.
Lave ce qui est souillé,
baigne ce qui est aride,
guéris ce qui est blessé.
Assouplis ce qui est raide,
réchauffe ce qui est froid,
rends droit ce qui est faussé.
À tous ceux qui ont la foi
et qui en toi se confient
donne tes sept dons sacrés.
Donne mérite et vertu,
donne le salut final,
donne la joie éternelle. Amen

Séquence de la Pentecôte