Dimanche 19 juillet 2026
14ème dimanche Pendant l’Année – Année A
Homélie du Père Rémy Houette
« Tu juges avec indulgence, tu nous gouvernes avec beaucoup de ménagement, car tu n’as qu’à vouloir pour exercer ta puissance. » L’auteur du livre de la Sagesse se demande pourquoi face au mal Dieu n’agit-il pas tout de suite ? Pourquoi ne punit-il pas le méchant ? Est-ce qu’il ne serait pas assez Puissant ? L’auteur inspiré discerne la vérité sur Dieu. C’est le contraire qui est vrai. Dieu étant l’auteur de toutes choses peut tout, et justement pour cette raison, puisqu’il gouverne toutes choses, peut se permettre d’attendre, de patienter, de donner à chacun une nouvelle chance… « à tes fils tu as donné une belle espérance : après la faute, tu accordes la conversion. »
La première parabole que nous raconte Jésus dans cet évangile, celle du bon grain et de l’ivraie, nous dit aussi que Dieu patiente… Pour quoi patiente-il ? Quelle en est la raison ? L’ivraie du mal certes est là, semé par l’ennemi, le diable, mais il y a aussi le bon grain qu’il a semé. Ce bon grain, il compte sur lui pour germer et pousser. Dieu patientera jusqu’à l’ultime moment. Jusqu’au bout, il laissera une chance au bon grain de pousser. C’est pourquoi il ne fera le tri qu’à la fin, pas avant… C’est bien Dieu qui a semé le bon grain. Dans nos vies, il a semé son évangile, il a semé son Esprit Saint, il sème ses grâces, dans sa Parole, dans les sacrements, dans la prière à laquelle il appelle, dans les rencontres qu’il nous donne de vivre, dans ses appels multiples à travers les événements, dans la grâce abondamment donnée et redonnée, et aussi donnée d’une façon cachée, intime à tout homme de bonne volonté qui n’a pas eu la chance qu’on lui annonce l’évangile.
Dans la deuxième parabole, enchâssée dans la première, Jésus parle d’un grand arbre dans lequel les oiseaux du ciel peuvent venir se cacher ou se protéger. Vous savez quand il y a un orage, de nombreux oiseaux peuvent se retrouver à l’intérieur d’un même arbre pour s’abriter. Plus généralement ils font leurs nids dans les arbres pour y être abrités, du soleil, de la pluie, des regards, des prédateurs… Placer nos nids dans les branches du royaume des cieux, c’est établir nos vies à l’intérieur de ce royaume de Dieu, dans une relation vivante avec le Seigneur, en construisant nos vies dans toutes leurs dimensions avec lui, vies personnelles, familiales, professionnelles : tout cela peut être habité, vivant, comme à l’intérieur du Royaume de Dieu.
Une troisième parabole vient aussi s’enchâsser dans la première, celle du levain mis dans trois mesures de farine pour faire lever la pâte. Il est invisible ce levain au départ dans la farine pétrie avec de l’eau et pourtant c’est lui qui va agir et qui permettra à la pâte de lever…
De la levure qui fait lever la pâte, une graine de moutarde qui pousse et devient un grand arbre, du bon grain qui est semé et dont Dieu attend la récolte, malgré l’ivraie semée par l’ennemi : ces trois paraboles renvoient toutes à l’œuvre de Dieu. Le royaume de Dieu, c’est Dieu à l’œuvre par son Fils Jésus, Celui qui proclame pour nous ces paraboles… Elles nous disent aussi le temps qui nous est donné, la longue patience de Dieu pour nous… Sa bienveillance et sa bonté de Père qui espère toujours pour son enfant…
« Celui qui sème le bon grain, c’est le Fils de l’homme », dit Jésus. En Lui nous sont données toutes les grâces de Dieu… qui parle aussi des fils du royaume. Ce qui nous est demandé, c’est d’être des fils et des filles du royaume de Dieu. Laisser dans nos vies pousser le bon grain du royaume, chercher à en retirer l’ivraie semée par le mauvais, avec persévérance… et confiance. « Après la faute tu accordes la conversion. » De nos fautes patiemment avouées dans la confession. Souvent nous disons ou pensons : « mais je dis toujours la même chose… » quand je me confesse. Cela veut dire au moins qu’il n’y a pas de nouvelles fautes supplémentaires… Et à y regarder de près, nous pouvons voir que dans le temps, le médicament de la grâce divine fait son effet et que nous nous détachons de nos fautes. Mais s’il y a des conversions subites et totales sur certains points. Sur d’autres il y faut du temps et de la persévérance, une humble patience. Dieu patiente avec nous. Il nous faut aussi compter sur sa grâce et être patients avec nous-mêmes… compter sur sa grâce. « C’est la confiance et rien que la confiance qui doit nous conduire à l’amour. » écrivait sainte Thérèse et le pape François de commenter : cette phrase en un certain sens résume tout son message.
Écoutons encore deux petites paraboles de Sainte Thérèse qui vont dans le même sens… L’une, elle la disait à sa sœur Céline qui était aussi une des novices qui lui était confiées. « Elle me disait : Est-ce qu’un père gronde son enfant quand lui-même s’accuse, lui inflige une pénitence ? Non, bien sûr, mais il le presse sur son cœur. A l’appui de cette pensée elle me rappela une histoire que nous avions lue dans notre enfance : Un roi, parti à la chasse, poursuivait un lapin blanc que ses chiens allaient bientôt atteindre, quand le petit lapin, se sentant perdu, rebroussa chemin rapidement et sauta dans les bras du chasseur. Celui-ci, touché de tant de confiance, ne voulut plus se séparer du lapin blanc, ne permettant à personne d’y toucher, se réservant lui-même le soin de le nourrir. Ainsi, le bon Dieu fera-t-il avec nous, me dit-elle, si, poursuivis par la justice, figurée par les chiens, nous cherchons refuge dans les bras mêmes de notre Juge… Ms C folio 4 v°
Dans une lettre adressée à son autre sœur Léonie, elle écrivait :
« Je t’assure que le Bon Dieu est bien meilleur que tu le crois. Il se contente d’un regard, d’un soupir d’amour… Pour moi je trouve la perfection bien facile à pratiquer, parce que j’ai compris qu’il n’y a qu’à prendre Jésus par le Cœur… Regarde un petit enfant, qui vient de fâcher sa mère en se mettant en colère ou bien en lui désobéissant ; s’il se cache dans un coin avec un air boudeur et qu’il crie dans la crainte d’être puni, sa maman ne lui pardonnera certainement pas sa faute, mais s’il vient lui tendre ses petits bras en souriant et disant : « Embrasse-moi, je ne recommencerai plus. » Est-ce que sa mère pourra ne pas le presser contre son cœur avec tendresse et oublier ses malices enfantines ?… Cependant elle sait bien que son cher petit recommencera à la prochaine occasion, mais cela ne fait rien, s’il la prend encore par le cœur jamais il ne sera puni…
« C’est la confiance, rien que la confiance qui doit nous conduire à l’amour. »
Amen.
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