Dimanche 17 mai 2026
7ème dimanche de Pâques – Année A
Homélie du Père Emmanuel Schwab
1ère lecture : Actes 1,12-14
Psaume : 26 (27),1,4, 7-8
2ème lecture : 1 Pierre 4,13-16
Évangile : Jean 17,1b-11a
Chaque année, dans ce 7ème dimanche, entre l’Ascension et la Pentecôte, l’Église
nous fait entendre un tiers du chapitre 17 de l’Évangile de saint Jean, cette
grande prière appelée “prière sacerdotale” du Christ Jésus Grand-prêtre que
notre foi confesse.
Dans ce temps entre l’Ascension et la Pentecôte, l’Église nous invite à raviver
notre disponibilité à l’Esprit-Saint. Cet Esprit-Saint est à l’œuvre dans tous les
sacrements de l’Église, mais il est bien antérieurement à l’œuvre dans le cœur
de chaque homme, pour le tourner vers Dieu, vers la Trinité sainte. Et l’Esprit Saint
nous est donné en plénitude dans le sacrement de la confirmation.
Cet Esprit-Saint, que Jésus appelle aussi l’Esprit de vérité, a différentes actions
dans nos vies : celle de nourrir et d’éclairer notre intelligence en nous rappelant
les paroles du Seigneur, en nous donnant de les comprendre par le cœur. Et il
vient aussi nous donner de contempler intérieurement le mystère du Christ, de
savoir déchiffrer sa présence dans nos vies. Enfin, il vient affermir notre vouloir
pour que nous puissions librement faire ce que Dieu veut. Mais l’Esprit-Saint
n’agit pas en nos vies comme nos provisions que nous avons à disposition :
l’Esprit-Saint agit toujours dans l’action. C’est lorsque nous cherchons à
comprendre que l’Esprit-Saint nous éclaire, c’est lorsque nous cherchons à faire
que l’Esprit-Saint nous fortifie.
Nous entendions dimanche dernier le Seigneur Jésus nous inviter à garder ses
commandements, « Si vous m’aimez, vous garderez mes commandements.
Celui qui reçoit mes commandements, c’est celui-là qui m’aime », et Jésus nous
promettait ce don : « Le Père vous donnera l’Esprit de vérité ». Cet Esprit de
vérité nous fait vivre déjà de la vie du Royaume et nous met, non pas en décalage
avec le monde, mais pour reprendre les mots du vieillard Siméon, en
contradiction avec le monde. C’est pour cela que Jésus, dans sa prière, nous dit
bien : Je ne prie pas pour le monde, mais je prie pour les disciples que tu m’as
donnés. Et Jésus ajoute : Je ne suis plus dans le monde ; eux, ils sont dans le
monde. Nous avons donc à vivre dans ce monde comme n’étant pas du monde.
Vivre dans ce monde en étant des témoins actifs du Royaume. Vivre dans un
monde de violence en étant des artisans de paix. Vivre dans un monde de
mensonge en étant animés par l’esprit de vérité. Vivre dans un monde où le
mépris et la haine sont si faciles en étant porteurs de la charité de Dieu répandue
dans nos cœurs par l’Esprit-Saint (Rm 5,5) et en cherchant à vivre cette charité
avec tout homme.
Quelques versets avant le passage que nous avons entendu de la première
Lettre de saint Pierre, l’apôtre disait : « Il a assez duré, le temps passé à faire ce
que veulent les gens des nations, quand vous vous laissiez aller aux débauches,
aux convoitises, à l’ivrognerie, aux orgies, aux beuveries et aux cultes interdits
des idoles. À ce propos, ils trouvent étrange que vous ne couriez plus avec eux
vers les mêmes débordements d’inconduite, et ils vous couvrent d’injures. Ils
auront des comptes à rendre à Celui qui se tient prêt à juger les vivants et les
morts… La fin de toutes choses est proche. Soyez donc raisonnables et sobres
en vue de la prière. Avant tout, ayez entre vous une charité intense, car la charité
couvre une multitude de péchés ». (1 P 4,3-5.7-8)
C’est pour cela que l’apôtre continue en disant : « Dans la mesure où vous
communiez aux souffrances du Christ, réjouissez-vous, afin d’être dans la joie et
l’allégresse quand sa gloire se révélera. Si l’on vous insulte pour le nom du Christ,
heureux êtes-vous, parce que l’Esprit de gloire, l’Esprit de Dieu, repose sur
vous ». (1 P 4,13-14)
N’ayons pas peur d’être en contradiction avec le monde. Le Seigneur est là avec
nous, et ce monde, nos contemporains, au fond de leur cœur, ces cœurs qui sont
faits pour Dieu, attendent une parole de vérité. Ils attendent de nous que nous
manifestions la bonté de Dieu à travers notre bonté, que nous manifestions la
miséricorde de Dieu à travers notre miséricorde, que nous manifestions l’espérance
du Ciel à travers notre espérance, que nous manifestions que la paix est possible en
vivant en artisans de paix partout où nous sommes et ainsi de suite…
Nous devons à notre monde, à nos contemporains, d’être sérieusement
chrétiens, c’est-à-dire de vivre vraiment du Christ. Et pour cela, la prière est
importante, comme une attitude de fond pour accueillir la grâce de Dieu : la prière
communautaire, la prière personnelle.
Et je vous rappelle quelques mots de Thérèse à propos de cette vie de prière où
elle dit :
J’aime beaucoup les prières communes car Jésus a promis de se
trouver au milieu de ceux qui s’assemblent en son nom, je sens alors
que la ferveur de mes sœurs supplée à la mienne (Ms C Folio 25 v°)
Il y a l’Eucharistie comme prière commune, mais aussi bien d’autres manières de
prier en commun dans nos différentes communautés chrétiennes.
Mais Thérèse a aussi cette magnifique exclamation à propos de la prière
personnelle :
Pour moi, la prière, c’est un élan du cœur, c’est un simple regard
jeté vers le Ciel, c’est un cri de reconnaissance et d’amour au sein
de l’épreuve comme au sein de la joie ; enfin c’est quelque chose [v°]
de grand, de surnaturel, qui me dilate l’âme et m’unit à Jésus.
(Ms C Folio 25)
Oui, demandons par son intercession cette grâce de la prière continuelle, cette
grâce de vivre dans ce climat de prière intérieure.
Enfin, revenons à l’Évangile : « Moi, je t’ai glorifié sur la terre en accomplissant
l’œuvre que tu m’avais donnée à faire ». Pouvons-nous reprendre à notre compte
cette prière de Jésus ? Pouvons-nous avoir l’audace de dire dans notre propre
prière à Dieu notre Père : “Père, je t’ai glorifié sur la terre en accomplissant
l’œuvre que tu m’as donnée à faire.” Mais il faudrait que nous puissions dire cela.
Il faut que nous puissions prier ainsi. Il faut que, à la suite de Jésus, par Lui, avec
Lui et en Lui, notre vie consiste à accomplir ici-bas l’œuvre que le Seigneur nous
a donnée à faire… c’est ce qu’on appelle le devoir d’État.
Thérèse n’a pas d’hésitation à reprendre ces paroles de Jésus. C’est vers la fin
de sa vie, puisque c’est dans le manuscrit C, vers la fin. Elle écrit donc cela trois
mois avant de mourir :
Jésus, mon Bien-Aimé, je ne sais pas quand mon exil finira… plus
d’un soir doit me voir encore chanter dans l’exil vos miséricordes,
mais enfin, pour moi aussi viendra le dernier soir ; alors je voudrais
pouvoir vous dire, ô mon Dieu : « Je vous ai glorifié sur la terre ;
j’ai accompli l’œuvre que vous m’avez donnée à faire ; j’ai fait
connaître votre nom à ceux que vous m’avez donnés : ils étaient à
vous, et vous me les avez donnés. C’est maintenant qu’ils
connaissent que tout ce que vous m’avez donné vient de vous ; car
je leur ai communiqué les paroles que vous m’avez communiquées,
ils les ont reçues et ils ont cru que c’est vous qui m’avez envoyée. Je
prie pour ceux que vous m’avez donnés parce qu’ils sont à vous. [v°]
Je ne suis plus dans le monde ; pour eux, ils y sont et moi je retourne
à vous. […] »
Et un peu plus loin :
Oui Seigneur, voilà ce que je voudrais répéter après vous, avant de
m’envoler en vos bras. C’est peut-être de la témérité ? Mais non,
depuis longtemps vous m’avez permis d’être audacieuse avec vous.
Comme le père de l’enfant prodigue parlant à son fils aîné, vous
m’avez dit : « tout ce qui est à moi est à toi. » Vos paroles, ô Jésus,
sont donc à moi et je puis m’en servir pour attirer sur les âmes qui
me sont unies les faveurs du Père Céleste. (Ms C Folio 34)
Eh bien, frères et sœurs, dans cette semaine qui nous conduit jusqu’à la fête de
la Pentecôte, peut-être pouvons-nous nous plonger dans cette prière sacerdotale
de Jésus au chapitre 17 de saint Jean, et voir comment nous pouvons entrer
nous-mêmes dans cette prière, pas seulement comme les bénéficiaires de la
prière de Jésus, mais aussi comme ceux que le Seigneur appelle à entrer dans
sa propre prière parce qu’il nous appelle à œuvrer avec lui.
Ce n’est pas vous qui m’avez choisi, c’est moi qui vous ai choisis et établis, afin
que vous alliez, que vous portiez du fruit, et que votre fruit demeure.
Amen.
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