Dimanche 10 mai 2026
6ème dimanche de Pâques – Année A
Homélie du Père Emmanuel Schwab
1ère lecture : Actes 8,5-8.14-17
Psaume : 65 (66),1-3a,4-5,6-7a,16.20
2ème lecture : 1 Pierre 3,15-18
Évangile : Jean 14,15-21
Le passage du Livre des Actes des Apôtres nous rappelle que le baptême que
nous avons reçu a été comme “complété” par ce grand sacrement du don de
l’Esprit-Saint qu’est la confirmation. Et s’il y avait parmi nous des baptisés qui
n’ont pas encore reçu le sacrement de la confirmation, même s’ils ont 90 ans, je
les exhorte à aller trouver leur curé pour demander à recevoir ce sacrement
nécessaire à la vie chrétienne. Car ce don de l’Esprit-Saint dont nous parle Jésus
dans l’Évangile est réel, et il nous faut le recevoir pour être vraiment “équipés”
pour le combat spirituel.
L’apôtre Pierre nous invite à savoir rendre raison de l’espérance qui est en nous.
Qu’est-ce que l’espérance ? L’espérance, c’est l’espérance du Ciel, c’est le désir
ardent de vivre ce pour quoi nous avons été créés, le désir ardent d’entrer dans
la plénitude de la vie, le désir ardent du Royaume de Dieu, le désir du Ciel dont
nous savons que le chemin n’est pas la mort — sinon il faudrait tous se suicider
— le chemin du Ciel, c’est Jésus.
Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus, très tôt, est attirée par le Ciel. Quand elle fait
mémoire de sa douloureuse expérience des 18 derniers mois de sa vie, lorsque
précisément ce Ciel semble disparaître à ses yeux, elle dit combien ce Ciel avait
de valeur à ses yeux :
L’espoir d’aller au Ciel me transportait d’allégresse. […]
la pensée du Ciel faisait tout mon bonheur. (Ms C Folio 5, r°)
La pensée du Ciel habite-t-elle nos cœurs ? Désirons-nous le Ciel ? Nous
préparons-nous à aller au Ciel ? Est-ce que nous agissons pour aller au Ciel, ce
qui serait quand même assez cohérent puisque c’est là que nous sommes
attendus, que c’est pour le Ciel que nous avons été appelés à la vie ? Agir pour
aller au Ciel n’est pas faire un marchandage avec Dieu : agir pour aller au Ciel,
c’est faire ce que Dieu veut.
« Si vous m’aimez, vous garderez mes commandements. Moi, je prierai le Père,
et il vous donnera un autre Défenseur qui sera pour toujours avec vous : l’Esprit
de vérité ». Garder les commandements de Jésus, et plus largement garder la
parole, car dans ce discours après la Cène dans saint Jean, le Seigneur utilise
ces deux expressions. Et Thérèse médite beaucoup sur cet appel de Jésus à
garder sa parole ; elle essaie de le comprendre. Dans une lettre à sa sœur
Céline, elle écrit :
Laissons [Jésus] prendre et donner tout ce qu’Il voudra, la
perfection consiste à faire sa volonté, et l’âme qui se livre
entièrement à Lui est appelée par Jésus Lui-même « Sa Mère, Sa
Sœur » et toute sa famille. Et ailleurs : « Si quelqu’un m’aime, Il
gardera ma parole (c’est-à-dire il fera ma volonté) et mon Père
l’aimera, et nous viendrons à lui et nous ferons en lui notre
demeure. » Oh Céline ! comme c’est facile de plaire à Jésus, de ravir
son cœur, il n’y a qu’à l’aimer sans se regarder soi-même, sans trop
examiner ses défauts… (LT 142 du 6 Juillet 1893)
Oui frères et sœurs, pour garder les commandements de Jésus, pour garder sa
parole, il nous faut aimer Jésus. L’aimer pour lui-même, non pas pour ce qu’il
nous apporte, l’aimer pour lui-même parce qu’il est infiniment aimable et l’aimer
aussi pour tout ce qu’il a fait pour chacun de nous. C’est pour chacun de nous
que Jésus a donné sa vie. Et Jésus nous le dit : celui qui a mes commandements
et les garde, c’est celui-là qui m’aime. Thérèse continue de creuser cette question
et un an plus tard, elle écrit à Céline :
Jésus […] disait avec une ineffable tendresse : « Si quelqu’un
m’aime, il gardera ma parole et mon Père l’aimera et nous
viendrons à lui et nous ferons en lui notre demeure. » Garder la
parole de Jésus, voilà l’unique condition de notre bonheur, la
preuve de notre amour pour Lui. Mais qu’est-ce que cette parole ?…
Il me semble que la parole de Jésus, c’est Lui-même… Lui Jésus, le
Verbe, la Parole de Dieu !… […]
Nous gardons Jésus dans nos cœurs !… (LT 165 du 7 Juillet 1894)
Et là nous touchons du doigt ce qu’est le centre intime de toute vie chrétienne
authentique : garder Jésus dans le cœur. La vie chrétienne est une relation
amoureuse avec Jésus. La vie chrétienne ne consiste pas à observer les
principes, à garder une ligne morale, tout cela est second — je ne dis pas
secondaire, mais second. Ce qui est premier — car nous avons besoin d’être
sauvés et il n’y a qu’un seul Sauveur : Jésus — ce qui est premier, c’est que nous
soyons dans une union intime et, je le répète, amoureuse avec Jésus. Garder
Jésus dans le cœur. Et garder Jésus dans le cœur, garder sa parole dans nos
cœurs, ne signifie pas que nous parvenons sans cesse à faire tout ce que dit
Jésus. Mais précisément, c’est parce que nous gardons sa parole dans nos
cœurs, que nous sommes capables de dire : là, je n’ai pas fait ce que dit Jésus,
voire : là, je ne parviens pas à faire ce que dit Jésus. Et c’est encore sa parole
qui me sauve, parce qu’elle manifeste dans ma vie le péché dont Jésus veut me
sauver. Garder la parole de Jésus, laisser cette parole éclairer notre vie pour que
nous comprenions progressivement comment nous pouvons mieux suivre, servir,
aimer, imiter Jésus. C’est ainsi que nous pourrons honorer dans nos cœurs la
sainteté du Seigneur, le Christ. C’est ainsi que Pierre commençait la parole qu’il
nous a adressée au début de la deuxième lecture : « Bien-aimés, honorez dans
vos cœurs la sainteté du Seigneur, le Christ ».
Là encore, je vais chercher chez Thérèse de quoi mieux comprendre comment
vivre cela. Très tôt, Thérèse perçoit que la vocation de tout homme et donc la
sienne, c’est la sainteté. Et elle comprend, notamment en lisant la vie de Jeanne
d’Arc, que sa gloire à elle ne se trouve pas sur la terre. Elle écrit :
le Bon Dieu […] me fit comprendre aussi que ma gloire à moi ne
paraîtrait pas aux yeux mortels, qu’elle consisterait à devenir une
grande Sainte !!!… Ce désir pourrait sembler téméraire si l’on
considère combien j’étais faible et imparfaite et combien je le suis
encore après sept années passées en religion, cependant je sens
toujours la même confiance audacieuse de devenir une grande
Sainte, car je ne compte pas sur mes mérites n’en ayant aucun, mais
j’espère en Celui qui est la Vertu, la Sainteté Même. C’est Lui seul qui
se contentant de mes faibles efforts, m’élèvera jusqu’à Lui et, me
couvrant de ses mérites infinis, me fera Sainte. (Ms A Folio 32, r°)
Honorer dans nos cœurs la sainteté du Seigneur, le Christ, c’est ce que fait
Thérèse en renonçant à fabriquer elle-même sa sainteté, mais en la recevant du
Christ par l’accueil de Jésus dans sa propre vie.
Et elle écrira l’année suivante, dans une lettre à une autre de ses sœurs, sœur
Marie du Sacré-Cœur :
Ce qui plaît au Bon Dieu dans ma petite âme, […] c’est de me voir
aimer ma petitesse et ma pauvreté, c’est l’espérance aveugle que j’ai
en sa miséricorde… Voilà mon seul trésor. (LT 197 – 17 septembre 1896)
Oui, frères et sœurs, nous avons été sauvés par le Christ dans les sacrements
de l’initiation chrétienne, le Baptême, la Confirmation, l’Eucharistie. L’Esprit-Saint
nous est donné pour que nous puissions réellement non seulement désirer le
Ciel, mais commencer à vivre la grâce du Ciel, la grâce du Royaume. Et les
Béatitudes, qui ouvrent la prédication de Jésus dans l’Évangile de saint Matthieu
(5,1-12), sont le témoignage de cette réalité du Royaume présent au milieu de
nous. Notre espérance est cette ancre jetée dans le Ciel et qui nous permet de
nous laisser tirer vers l’avant.
C’est de cela que nous avons à rendre compte par la sainteté de nos vies, en
laissant le Seigneur Jésus habiter en nos cœurs, en le recevant fréquemment
dans l’immense sacrement de l’Eucharistie, en gardant sa parole, en méditant les
Saintes Écritures, en particulier les Saints Évangiles, en les connaissant “par
cœur”, pour que l’Esprit-Saint puisse faire retentir dans nos vies sans cesse la
parole de Jésus qui nous fortifie, qui nous enrichit, qui nous sauve, qui nous
console. Car si le Seigneur, Dieu notre Père, va nous envoyer un autre Paraclet,
un autre Consolateur, c’est bien parce que Jésus est le premier consolateur.
Laissons-nous consoler par Jésus.
Laissons-nous consoler par l’Esprit-Saint en gardant dans notre cœur la parole
de Jésus, en gardant dans notre cœur la présence de Jésus et en vérifiant par la
charité concrètement vécue envers nos frères et sœurs, que nous ne sommes
pas dans l’illusion
Amen.
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