Dimanche 7 juin 2026
Le Saint Sacrement du corps et du sang du Christ
Homélie du Père Emmanuel Schwab
1ère lecture : Deutéronome 8,2-3.14b-16a
Psaume : 147 (147 B), 12-13, 14-15, 19-20
2ème lecture : 1 Corinthiens 10,16-17
Évangile : Jean 6,51-58
Lorsque le peuple des Hébreux sort d’Égypte, il ne se retrouve pas en Terre
Promise, et il ne s’y retrouvera que 40 ans plus tard.
Lorsque nous sortons des eaux du baptême, quel que soit l’âge du baptême,
nous ne nous retrouvons pas au Ciel : nous y serons lorsque nous trépasserons.
Entre l’Égypte, lieu de l’esclavage, et la Terre Promise, lieu de la liberté avec
Dieu, il y a le désert qui est le lieu de l’apprentissage de la liberté avec Dieu, car
la liberté s’apprend. Elle est donnée d’entrée de jeu : nous avons toujours été
libres ; mais en même temps, nous avons à le devenir.
Entre le baptême qui nous fait sortir de l’esclavage du péché et la vie du Ciel, il y
a le désert de la vie chrétienne, qui est le lieu d’apprentissage de la liberté avec
Dieu à la suite de Jésus, nouveau Moïse.
Et nous l’avons entendu dans la première lecture : « Souviens-toi de la longue
marche que tu as faite pendant quarante années dans le désert ; le Seigneur ton
Dieu te l’a imposée pour te faire passer par la pauvreté ; il voulait t’éprouver et
savoir ce que tu as dans le cœur : allais-tu garder ses commandements, oui ou
non ? Il t’a fait passer par la pauvreté, il t’a fait sentir la faim, et il t’a donné à
manger la manne – cette nourriture que ni toi ni tes pères n’aviez connue – pour
que tu saches que l’homme ne vit pas seulement de pain, mais de tout ce qui
vient de la bouche du Seigneur. N’oublie pas le Seigneur ton Dieu qui t’a fait sortir
du pays d’Égypte, de la maison d’esclavage ».
La vie chrétienne est un temps d’épreuve, et c’est sans doute une des choses
les plus difficiles pour les néophytes à découvrir. C’est un temps d’épreuve parce
que ce Seigneur que nous aimons tant nous demeure caché. Thérèse insiste
beaucoup sur le Dieu caché, sur Jésus qui se cache, notamment dans le mystère
de l’Eucharistie. Et puis cette nourriture de l’Eucharistie qui est vraiment une
nourriture de misère… Qu’est-ce que c’est que cette petite hostie qui est censée
soutenir notre vie, notre combat spirituel, nous donner la force de Dieu,
renouveler notre intime union avec Jésus ? Plus de 90% des baptisés
catholiques en France ne mettent plus les pieds dans une église pour célébrer
l’Eucharistie le dimanche ! Nous sommes dans une église “anorexique”. Cela ne
doit pas nous laisser indifférents, parce que c’est le Seigneur qui veut venir nous
nourrir. Il sait bien que ce qu’il nous propose est pauvre. Il sait bien ce qu’est son
Eucharistie : c’est lui qui nous l’a donnée. Il sait bien combien son peuple a
souffert au désert de cette nourriture de misère qu’est la manne et combien le
peuple s’est révolté. Mais tout cela, c’est pour “éprouver”, c’est-à-dire faire
apparaître la réalité de notre fidélité à Dieu, pour renforcer notre foi, pour affermir
notre espérance et pour nourrir notre charité.
Et Thérèse contemple cette volonté du Seigneur de rester auprès de nous alors
qu’il est monté aux cieux. C’est ce qu’elle écrit vers la fin du manuscrit B :
O Verbe Divin, c’est toi l’Aigle adoré que j’aime et qui m’attires ! c’est
toi qui t’élançant vers la terre d’exil as voulu souffrir et mourir afin
d’attirer les âmes jusqu’au sein de l’Eternel Foyer de la Trinité
Bienheureuse, c’est toi qui remontant vers l’inaccessible Lumière
qui sera désormais ton séjour, c’est toi qui restes encore dans la
vallée des larmes, caché sous l’apparence d’une blanche hostie…
Aigle Eternel, tu veux me nourrir de ta divine substance, moi,
pauvre petit être, qui rentrerais dans le néant si ton divin regard
ne me donnait la vie à chaque instant… O Jésus ! laisse-moi dans
l’excès de ma reconnaissance, laisse-moi te dire que ton amour va
jusqu’à la folie… Comment veux-tu devant cette Folie, que mon
cœur ne s’élance pas vers toi ? Comment ma confiance aurait-elle
des bornes ?… (Ms B Folio 5, v°)
Oui, Thérèse contemple vraiment ce mystère du Seigneur qui reste au milieu de
nous dans ce grand mystère de l’Eucharistie, dans la célébration de l’Eucharistie,
mais aussi dans le Saint-Sacrement que nous conservons au tabernacle. Et il
nous est bon de venir régulièrement prier devant le tabernacle, devant cette
présence réelle du Seigneur : réelle mais mystérieuse pour nous.
C’est par la foi que nous y avons accès. Et lorsque le Seigneur nous invite à
entrer dans le mystère de l’Eucharistie, nous l’avons entendu dans l’Évangile —
« Je suis le pain vivant, qui est descendu du ciel : si quelqu’un mange de ce pain,
il vivra éternellement. » — lorsque le Seigneur nous y invite, des réactions se font
sentir peut-être en nos propres cœurs : « Comment celui-là peut-il nous donner
sa chair à manger ? » Et vous avez remarqué que Jésus n’explique pas. Mais il
dit : Faites l’expérience. Jésus leur dit alors : « Amen, amen, je vous le dis : si
vous ne mangez pas la chair du Fils de l’homme, et si vous ne buvez pas son
sang, vous n’avez pas la vie en vous ». Donc sa réponse à cette objection n’est
pas d’expliquer, mais de dire : Faites l’expérience, vivez de l’Eucharistie. Et c’est
en vivant de l’Eucharistie que, petit à petit, nous comprenons que, vraiment, c’est
le Seigneur qui se donne à nous.
Mais il n’y a rien de magique là-dedans. Et cette demeure réciproque : « qui
mange ma chair et boit mon sang demeure en moi, et moi, je demeure en lui »,
a besoin de notre consentement, non pas seulement au moment où nous
communions à la messe, mais tout au long de notre semaine.
Comment gardons-nous présent au cœur cette demeure du Seigneur ?
Comment vivons-nous en compagnie du Seigneur tout au long de la semaine ?
Comment, lorsque nous affrontons la tentation, revenons-nous à cette présence
de Jésus en nous ?
Thérèse, dans son Offrande à l’Amour miséricordieux, dit :
Ah ! je ne puis recevoir la Sainte Communion aussi souvent que je le
désire, mais, Seigneur, n’êtes-vous pas Tout-Puissant ?… Restez en
moi, comme au tabernacle, ne vous éloignez jamais de votre petite
hostie…… (Prière 6, du 9 Juin 1895)
Thérèse se désigne elle-même comme une hostie, c’est-à-dire qu’elle fait de sa
vie une éternelle offrande à la gloire de Dieu.
Oui, frères et sœurs, c’est le Seigneur qui veut venir faire en nous sa demeure.
Thérèse a 16 ans quand elle répond à sa cousine Marie Guérin qui est troublée
par tout ce qu’elle voit de nudités sur les tableaux, les œuvres, les statues lors
d’un passage à Paris, et en conséquence ne se sent pas en état de communier.
Elle écrit une lettre déchirante à Thérèse et Thérèse lui répond :
O ma chérie, pense donc que Jésus est là dans le tabernacle exprès
pour toi, pour toi seule, il brûle du désir d’entrer dans ton cœur…
va, n’écoute pas le démon, moque-toi de lui et vas sans crainte
recevoir le Jésus de la paix et de l’amour !… […]
Non, il est IMPOSSIBLE qu’un cœur « qui ne se repose qu’à la vue du
tabernacle » offense Jésus au point de ne pouvoir le recevoir. Ce qui
offense Jésus, ce qui le blesse au cœur c’est le manque de
confiance !… (LT 92 du 30 mai 1889, à Marie Guérin)
Oui, frères et sœurs, faisons confiance à Jésus sans cesse, surtout lorsque nous
sommes dans l’épreuve. Faisons-lui confiance, renouvelons notre confiance,
recevons-le avec confiance pour qu’il puisse déployer en nous sa charité.
Thérèse remarque que c’est précisément lorsqu’il vient d’instituer le sacrement
de l’Eucharistie, qu’il fait le commandement à ses disciples de s’aimer les uns les
autres comme il nous a aimés (Cf. Jn 13,34 et Ms C Folio 11v°).
Nous recevons l’Eucharistie pour aimer comme Jésus aime. Lorsque nous
répondons “Amen” en venant communier, nous disons notre volonté d’aimer
comme Jésus aime. Nous le recevons pour pouvoir aimer.
Demandons la grâce, vraiment, en célébrant cette Eucharistie, d’une foi vive dans
la présence réelle du Christ Seigneur sous les espèces du pain et du vin.
Demandons la grâce d’avoir nous-mêmes une vie eucharistique, c’est-à-dire une
vie où sans cesse, par Jésus, avec Lui et en Lui, nous nous offrons au Père par
amour et pour aimer nos frères.
Amen.
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