Dimanche 11 janvier 2026
Baptême du Seigneur – Année A

Homélie du Père Emmanuel Schwab

1ère lecture : Isaïe 42,1-4.6-7
Psaume : 28 (29),1-2,3ac-4,3b.9c-10
2ème lecture : Actes 10,34-38
Évangile : Matthieu 3,13-17

Il convient de rappeler ce qu’est le baptême de Jean pour bien comprendre ce qui se passe pour Jésus. Jean est envoyé par Dieu pour préparer le peuple à accueillir le Sauveur, et ce que Jean demande au peuple a quelque chose d’un peu violent puisqu’il se tient sur la rive orientale du Jourdain, c’est-à-dire à l’extérieur de la Terre Promise. Il faut donc symboliquement ressortir de la Terre promise et recevoir ce baptême. Mais ce baptême ne sort pas de nulle part. Et je pense qu’on peut faire le lien avec le baptême des prosélytes : des païens voulant rejoindre la grâce du peuple d’Israël, voulant entrer dans l’Alliance de Dieu avec Israël. Les hommes n’étaient pas très favorables à recevoir la circoncision à l’âge adulte et donc il avait été créé ce rite alternatif qu’était le baptême des prosélytes : un rite pour être associé à la grâce d’Israël pour les païens. Donc demander aux fils d’Israël de ressortir de Terre Promise et de recevoir un baptême, c’est un peu comme si on leur disait : « mais en fait, vous ne faites pas partie du peuple de Dieu, vous êtes sortis de l’Alliance et il faut y entrer à nouveau »… Les pharisiens refuseront de recevoir ce baptême… 

Jean a une prédication plutôt ferme, invitant à vivre dans la justice, à rejeter le péché, et ceux qui viennent vers Jean viennent confesser leurs péchés. Puis Jean les plonge dans l’eau du Jourdain en signe de mort : « Ton péché te conduit à la mort », et il plonge la personne dans l’eau en signe de noyade — tu vas te noyer dans tes péchés Et il ressort la personne de l’eau en lui disant : « Maintenant entre dans la Terre Promise, vit dans la justice en attendant celui qui vient nous sauver ». Lorsque Jean voit Jésus venir à lui, il est étonné, il est surpris. Nous ne savons pas bien ce qu’il connaît déjà de Jésus, mais en tout cas, il attend de Jésus quelque chose. Et là c’est Jésus qui attend de Jean quelque chose… Jésus vient recevoir ce baptême d’abord parce que Jean est prophète et que Jésus fait toujours la volonté du Père ; donc il fait ce que dit le prophète. Mais alors que va confesser Jésus ? C’est que dès ce moment-là, Jésus prend sur lui nos péchés. Dès ce moment-là, Jésus consent à mourir de la mort du pécheur. Il consent dès ce moment-là, en étant plongé dans le Jourdain, à assumer la mort de l’homme pécheur. C’est comme si, dans son baptême, Jésus prenait la tête du peuple des pécheurs pour les conduire, par sa Passion et par sa Croix, jusqu’à la gloire de la résurrection. 

Cette fête du baptême du Seigneur qui clôt le temps de Noël dans la liturgie de l’Église latine aujourd’hui, nous dit bien comment Jésus est venu pour nous sauver de nos péchés. Le Verbe s’est fait chair pour sauver l’homme et du péché et de la mort. Et cela, il le fait pour chacun de nous.

Sainte Thérèse est très sensible à cette dimension personnelle du Salut. À plusieurs reprises, elle l’exprime. Elle l’exprime dans l’événement majeur qu’est sa complète conversion à Noël 1886 aux Buissonnets, et elle le dit dans cette phrase toute simple :

En cette nuit où Il se fit faible et souffrant pour mon amour, Il me rendit forte et courageuse. (MsA 44 v°)

« Pour mon amour », dit Thérèse. 

Et quelques années plus tard, en racontant cet événement au père Roulland, dans une lettre, elle lui dira :

En cette nuit bénie dont il est écrit qu’elle éclaire les délices de Dieu même, Jésus qui se faisait enfant par amour pour moi daigna me faire sortir des langes et des imperfections de l’enfance. 

(LT 201 du 1 novembre 1896, au P. Roulland)

Dans la poésie 24 « Jésus, mon Bien aimé, rappelle-toi », à deux reprises — et le pape François le souligne dans sa lettre apostolique sur sainte Thérèse de l’Enfant Jésus — Thérèse écrit en contemplant Jésus en Égypte :

6. […] De ta petite main qui caressait Marie

Tu soutenais le monde et lui donnais la vie.

Et tu pensais à moi,

Jésus, mon petit Roi

Rappelle-toi…

Et vers la fin de cette poésie, elle contemple Jésus dans sa Passion. Elle lui dit :

21. Rappelle-toi qu’au soir de l’agonie […]

Jésus, que tu me vis

Au milieu de tes lys

Rappelle-toi.

Avons-nous cette claire conscience que le Verbe s’est fait chair pour moi ? Lorsque nous contemplons la crèche, efforçons-nous de regarder ce mystère en comprenant que c’est pour moi, pas seulement pour nous, mais pour moi. Quand je lève les yeux vers la croix de Jésus, que je considère vraiment que c’est pour moi. Ce n’est pas une manière égoïste ou narcissique de contempler le mystère du Verbe fait chair et le mystère Pascal, le mystère de sa mort et de sa résurrection, c’est au contraire consentir à considérer le prix que nous avons aux yeux de Dieu. Chacun de nous a une telle valeur aux yeux de Dieu, que le Verbe s’est fait chair pour chacun de nous.

Nous avons toute notre vie pour le considérer, cela ne peut pas se faire en un seul instant… C’est trop grand d’une certaine manière, mais c’est bien cela qu’il nous faut considérer. Jésus reçoit ce baptême de Jean pour moi. Il engage sa vie vers la croix, pour moi. Il prend le chemin de sa passion, pour moi. 

Nous allons, après cette fête du baptême du Seigneur, entrer dans le temps qui est appelé en latin Per annum ou “pendant l’année”, le temps dit “ordinaire”, c’est-à-dire avec les dimanches numérotés : il s’agit d’y vivre avec le Seigneur comme compagnon de route. Il s’agit d’imiter le Christ qui est venu nous montrer ce que c’est qu’une vie d’homme. Et comment Pierre résume-t-il la vie du Seigneur ? Nous l’avons entendu dans la deuxième lecture, tirée des Actes des Apôtres : là où il passait, il faisait le bien. Voilà à quoi nous sommes appelés ! Là où nous passons, faire le bien par Jésus, avec Lui et en Lui. 

En méditant cette parole de Pierre : « Partout où Jésus passait, il faisait le bien », m’est revenue en mémoire la parole d’un psaume :« Agis bien… et reste fidèle ». Et en allant relire ce psaume, je me suis dit : mais au fond, il nous exprime bien ce que Thérèse cherche à nous faire entendre aussi. 

Je termine par ces quelques versets qui sont au début du psaume 36(37) :

Fais confiance au Seigneur, agis bien,

habite la terre et reste fidèle ;

mets ta joie dans le Seigneur :

il comblera les désirs de ton cœur.

Dirige ton chemin vers le Seigneur,

fais-lui confiance, et lui, il agira.

Il fera lever comme le jour ta justice,

et ton droit comme le plein midi.

Repose-toi sur le Seigneur

et compte sur lui. (versets 3 à 7)

Amen