Dimanche 25 janvier 2026
3ème dimanche Pendant l’Année – Année A
Homélie du Père Emmanuel Schwab
1ère lecture : Isaïe 8, 23b-9, 3
Psaume : 26 (27), 1, 4abcd, 13-14
2ème lecture : 1 Corinthiens 1, 10-13.17
Évangile : Matthieu 4, 12-23
L’arrestation de Jean-Baptiste, l’Évangile nous en parle comme une préfiguration de la Passion du Seigneur, car le texte grec dit littéralement : « quand Jésus appris que Jean le Baptiste avait été livré », avec le même verbe par lequel nous entendrons le Seigneur dire que le Fils de l’homme va être livré aux mains des pécheurs. C’est un signe pour Jésus et c’est là qu’il va commencer son ministère public. Il quitte Nazareth et il vient s’installer à Capharnaüm — Kfar Nahum, littéralement le “village de la consolation”. Nous savons par l’Évangile de Jean que lors du baptême que Jean le Baptiste donnait à Béthanie au-delà du Jourdain, Jésus avait rencontré au moins Simon et André, sans doute d’autres personnages de Galilée, peut-être Jacques et Jean, fils de Zébédée. Ce qui fait que quand Jésus passe et voit André et Simon dans la barque en train d’arranger les filets et qu’il les appelle, ce ne sont pas des inconnus pour Jésus et Jésus n’est pas un inconnu pour eux.
Mais saint Matthieu nous raconte la scène comme si c’était une première rencontre : il me semble que c’est pour souligner la puissance de la parole de Jésus. C’est l’appel de Jésus qui provoque la réponse : « Venez à ma suite, et je vous ferai pêcheurs d’hommes. Aussitôt, laissant leurs filets, ils le suivirent ». De même pour Jacques et Jean : « Il les appela. Aussitôt, laissant la barque et leur père, ils le suivirent ». Et tout cet épisode est placé avec l’éclairage de ce passage du livre d’Isaïe que nous avons entendu en première lecture, et que saint Matthieu cite dans son Évangile pour déchiffrer ce qui se passe quand Jésus vient s’installer à Capharnaüm : « Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière ; et sur les habitants du pays de l’ombre, une lumière a resplendi. » Cette prophétie gardée de siècle en siècle, voilà qu’elle s’accomplit dans la personne de Jésus, le Verbe fait chair. Il est — il le dira lui-même tel que nous le rapporte l’Évangile de saint Jean (8,12) — lui-même la lumière du monde. Sainte Thérèse est très sensible à cette question des ténèbres et de la lumière, non seulement parce que, à partir de Pâques 1896, elle va entrer dans ce qu’elle appelle “les plus épaisses ténèbres”, qui est une sorte d’expérience spirituelle de l’athéisme qu’elle fait à l’intérieur d’elle-même, mais c’est que sa perception du Ciel, notre patrie vers laquelle nous marchons, lui fait ressentir douloureusement depuis longtemps cet exil de la terre comme un lieu de ténèbres… et dans ces ténèbres luit la lumière du Christ.
Cette lumière chez Thérèse prend plusieurs formes, peut-être d’abord celle des Saintes Écritures. Elle dit par exemple à sa sœur Céline dans une lettre :
C’est un jour que je pensais à ce que je pouvais faire pour sauver les âme, une parole de l’évangile m’a montré une vive lumière. (LT 135 du 15 Août 1892, à Céline).
Ce troisième dimanche du temps ordinaire que le pape François a souhaité consacrer à la Parole de Dieu nous invite à reconsidérer comment dans nos vies, la Parole de Dieu, les Saintes Écritures que l’Esprit Saint nous fait entendre comme une parole vivante, comment cette parole nourrit notre vie. Comment cette parole éclaire-t-elle notre vie et comment prenons-nous le temps de la lire, de la méditer, de la retenir dans notre cœur ?
Mais une autre lumière apparaît pour sainte Thérèse, c’est celle de la Passion du Christ. À une autre sœur, Pauline — sœur Agnès de Jésus en religion — elle écrit un an et demi après être entrée au Carmel :
Je souffre, dit Thérèse (elle ne souffre pas encore de la tuberculose ; c’est plus une souffrance intérieure qu’elle vit), Je souffre !… mais l’espoir de la Patrie me donne du courage, bientôt nous serons au Ciel… Là il n’y aura plus de jour ni de nuit mais la Face de Jésus fera régner une lumière sans égale !… (LT 135 du 15 Août 1892, à Céline)
Et c’est assez tôt que Thérèse ajoutera à son nom “Thérèse de l’Enfant Jésus” le nom “de la Sainte Face”, car cette Sainte Face qu’elle aime à contempler est pour elle vraiment source de lumière, lui révélant la profondeur de l’amour miséricordieux de Dieu.
Oui, dans ce monde d’aujourd’hui où nous vivons, qui est parfois bien ténébreux, ce monde où nous voyons de moins en moins clairement ce qui va se passer dans les mois et les années qui viennent, le Christ, lui qui “est immuable” comme dit Thérèse (LT 104), le Christ demeure notre lumière, notre lumière intérieure : notre lumière intérieure pour que nous devenions à notre tour lumière pour le monde. Nous l’entendrons dans 15 jours — la semaine prochaine, nous écouterons l’Évangile des Béatitudes qui fait suite à celui d’aujourd’hui — ce qui suit l’Évangile des Béatitudes : « Vous êtes le sel de la terre. Vous êtes la lumière du monde ». Et nous ne sommes lumière qu’avec le Christ lumière. Cette lumière, elle demeure en nos cœurs. Elle demeure si nous demeurons unis au Seigneur, elle demeure si nous méditons les Saintes Écritures, si nous contemplons le Christ. Mais parfois, cette lumière semble disparaître… et sainte Thérèse effectivement va vivre ces ténèbres qu’elle a du mal à décrire, qu’elle a du mal à expliquer, nous le lisons vers le début du manuscrit C. Et dans sa grande prière à Jésus qui forme le manuscrit B, vers la fin, elle parle de sa propre vie de prière. Elle en parle avec l’allégorie du petit oiseau : elle se compare à un petit oiseau qui contemple les aigles, c’est-à-dire les grands saints qui lui semblent voler très haut vers le soleil, qui est le Christ. Et elle, elle est un petit oiseau couvert de duvet qui ne peut pas voler, mais qui contemple ce soleil. Et dans cette contemplation, elle connaît aussi comme l’éclipse du soleil, c’est-à-dire que son expérience intérieure de l’oraison, c’est la sécheresse. Elle est là pour le Seigneur matin et soir, une heure d’oraison le matin, une heure d’oraison le soir et il lui semble qu’il ne se passe rien. Elle décrit ceci :
Avec un audacieux abandon, [le petit oiseau] veut rester à fixer son divin Soleil ; rien ne saurait l’effrayer, ni le vent ni la pluie, et si de sombres nuages viennent à cacher l’Astre d’Amour, le petit oiseau ne change pas de place, il sait que par-delà les nuages son Soleil brille toujours, que son éclat ne saurait s’éclipser un instant. Parfois, il est vrai, le cœur du petit oiseau se trouve assailli par la tempête, il lui semble ne pas croire qu’il existe autre chose que les nuages qui l’enveloppent ; c’est alors le moment de la joie parfaite pour le pauvre petit être faible. Quel bonheur pour lui de rester là quand même, de fixer l’invisible lumière qui se dérobe à sa foi !!!… (MsB 5r)
« Fixer l’invisible lumière qui se dérobe à sa foi… »
Nous pourrions rester longtemps sur cette expression paradoxale qui dit tout le chemin de foi de Thérèse, et qui nous encourage à persévérer dans la foi, même quand nous ne voyons plus cette lumière qui vient du Christ, même quand il nous semble que les ténèbres nous environnent, que le non-sens nous saisit : continuer de fixer l’invisible lumière qui se dérobe à notre foi, c’est-à-dire continuer de nous accrocher au Christ lumière du monde, le Christ consolateur qui réside dans le village de la consolation et qui jamais ne nous abandonne… mais qui toujours nous saisit, pour nous conduire, par sa Passion et par sa Croix, jusqu’à la gloire de Sa résurrection.
Demandons cette grâce aujourd’hui, de garder en notre cœur la parole de Dieu : qu’elle demeure pour nous toujours une lumière.
Amen.
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