Dimanche 14 décembre 2025
3ème dimanche de l’Avent – Année A
Dimanche de Gaudete
Homélie du Père Emmanuel Schwab
1ère lecture : Isaïe 35, 1-6a.10
Psaume : 145 (146), 7, 8, 9ab.10a
2ème lecture : Jacques 5, 7-10
Évangile : Matthieu 11,2-11
Jean le Baptiste a vu l’Esprit descendre comme une colombe et reposer sur Jésus. Il a entendu la voix du Père disant : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui je trouve ma joie » (Mt 3,17). Il me semble que Jean n’a pas de doute sur qui est Jésus. Alors pourquoi pose-t-il la question : « Es-tu celui qui doit venir ou devons-nous en attendre un autre ? » Eh bien, Jean ne pose pas la question : il fait poser la question, quand il est en prison, par ses disciples. Il me semble que deux interprétations sont possibles.
L’une : nous nous souvenons de la prédication musclée de Jean qui ne voit pas ce qu’il avait annoncé comme il pensait que cela se déroulerait et il provoque Jésus : est-ce que oui ou non tu vas te manifester clairement ? Première interprétation.
Deuxième interprétation : Jean envoie ses disciples pour qu’ils découvrent par eux-mêmes qui est Jésus. Et Jésus ne répond pas par oui ou par non, ce qui ne servirait à rien, mais il les invite à déchiffrer ce qui est en train de se passer. Regardez et allez le rapporter à Jean : « Les aveugles retrouvent la vue, et les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, et les sourds entendent, les morts ressuscitent, et les pauvres reçoivent la Bonne Nouvelle » — littéralement, les pauvres sont évangélisés. Et quand vous entendez cela, vous repensez au chapitre 61 du livre d’Isaïe que Jésus lit dans la synagogue de Nazareth au début de son ministère public, quand il se lève pour faire la lecture, qu’il lit ce passage-là, et qu’après avoir roulé le rouleau du livre et l’avoir rendu au servant, il fait cette très brève homélie : « Aujourd’hui, cette Écriture a été accomplie dans vos oreilles » (Lc 4,21). C’est-à-dire que celui qui vient de proclamer cela, c’est vraiment celui sur qui repose l’Esprit et qui agit ainsi. Il s’agit donc pour les disciples de Jean-Baptiste de faire le travail d’interprétation de ce qui est en train de se passer. Puisque nous ne voyions pas Dieu, puisque nous ne voyions pas l’identité profonde des uns et des autres, nous avons besoin de médiation, nous avons besoin de signes qui vont être des manifestations de Dieu, des manifestations du Christ, des manifestations de l’identité profonde des personnes, mais il nous faut interpréter, comme il nous faut interpréter les manifestations de l’amour… Car aucun geste, aucune parole ne porte en soi l’amour. C’est celui qui parle, celui qui agit, qui aime ou qui n’aime pas ; mais on peut dire “je t’aime” sans amour et on peut dire “je t’aime” dans l’amour. Les seuls mots “je t’aime” ne suffisent pas pour manifester l’amour : ils ont besoin d’être déchiffrés à l’intérieur d’une relation. La Bible nous apprend à déchiffrer et Thérèse nous apprend aussi à déchiffrer.
Lorsqu’on lit attentivement les écrits de Thérèse, nous voyons bien comment elle est capable de dire à travers ce qu’elle vit : « Là, j’ai reconnu le doigt de Dieu, là j’ai reconnu l’action de Jésus ». Je l’ai déjà plusieurs fois dit ici, mais je le redis volontiers : lorsqu’à quatre ans et demi, elle perd sa maman, au retour des obsèques, Céline va s’élancer dans les bras de Marie en disant : « C’est toi qui seras maman » — Marie étant l’aînée de la fratrie. Et Thérèse qui fait toujours comme Céline, mais avec son originalité, se jette dans les bras de Pauline, la seconde, en disant : « C’est toi qui seras maman ». Et quand elle relit cela à l’âge de 22 ans, elle écrit :
Le jour où l’Eglise bénit la dépouille mortelle de notre petite Mère du Ciel, le bon Dieu voulut m’en donner une autre sur la terre et il voulut que je la choisisse librement. (MsA 12 v°)
En regardant sa vie, elle comprend que là, ce n’est pas seulement elle qui a choisi : c’est un don de Dieu.
Dans sa “complète conversion” aux Buissonnets à Noël 1886, alors qu’elle arrive enfin à juguler son hyper émotivité, à retenir ses larmes, à contenir son émotion, elle ne dit pas seulement : « j’ai réussi », elle dit :
En un instant l’ouvrage que je n’avais pu faire en 10 ans, Jésus le fit se contentant de ma bonne volonté qui jamais ne me fit défaut. (MsA 45 v°)
En relisant, toujours à l’âge de 22 ans, cet événement qu’elle a vécu quand elle allait avoir 14 ans, elle dit : mais cela, c’est un don de Dieu, c’est une action de Jésus. Ce qu’elle a vécu se passe à l’intérieur d’elle : elle déchiffre l’action du Seigneur.
L’Écriture Sainte, comme les saints et en particulier Thérèse, nous apprennent à déchiffrer la présence et l’action de Dieu dans nos vies. Encore faut-il savoir regarder… Lorsque le Seigneur dit : « Allez annoncer à Jean ce que vous entendez et voyez : Les aveugles retrouvent la vue, et les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, et les sourds entendent, les morts ressuscitent, et les pauvres reçoivent la Bonne Nouvelle », peut-être que nous nous disons : mais moi, je n’ai jamais vu de sourds entendre. J’ai vu des sourds appareillés mais pas entendre. Je n’ai pas vu d’aveugles retrouver la vue. Je n’ai pas vu, etc. Je n’ai pas vu de mort ressusciter…Oui, mais j’ai vu des gens qui étaient indifférents à la Parole de Dieu et qui, un jour, ont entendu la Parole de Dieu et qui se sont convertis sur la Parole de Dieu.
J’ai vu des gens qui ne connaissaient pas Dieu, qui ignoraient Dieu, et un jour leurs yeux se sont ouverts, ils ont vu le mystère de Dieu et ils se sont mis à suivre Jésus.
J’ai vu des gens qui étaient esclaves de plein de choses, qui étaient comme morts dans leur cœur et qui, dans la rencontre du Christ et dans la rencontre de chrétiens, ont retrouvé le goût de la vie et qu’on peut dire sur eux, comme sur le fils de la parabole de l’enfant prodigue : « Mon fils que voilà était mort et il est venu à la vie » (Lc 15,24).
Il y a toujours — et nous en avons ici régulièrement — des témoignages. Il y a toujours des guérisons physiques, mais les guérisons physiques sont très temporaires puisqu’il faudra bien un jour mourir. Tandis que celui qui découvre le Seigneur Jésus, celui qui découvre que dans l’Écriture Sainte, vraiment Dieu parle, celui qui contemple le mystère de Dieu, celui qui attend le Ciel, c’est définitif ! La mort ne va pas faire cesser cela, mais la mort va conduire tout cela à son accomplissement. Nous goûtons déjà de l’éternité quand nous contemplons le mystère de Dieu et que nous reconnaissons en Jésus, le Sauveur qui nous conduit dans le Royaume. Et tout cela demande notre patience parce que Dieu est patient : il ne se lasse pas de nous attendre, comme écrit Thérèse en racontant le travail qu’elle fait auprès des novices : le bon Dieu me fit comprendre qu’il est des âmes que sa miséricorde ne se lasse pas d’attendre. (MsC,20v-21r). Le Seigneur est patient, le Seigneur attend chacun. Le Seigneur nous a promis le Ciel, mais il ne veut pas que nous y entrions par contrainte : il veut que nous y entrions joyeusement, et le temps nous est laissé pour que nous puissions vraiment nous laisser convertir par le Seigneur. C’est pour cela que le prophète nous rappelle : « Fortifiez les mains défaillantes, affermissez les genoux qui fléchissent, dites aux gens qui s’affolent : “Soyez forts, ne craignez pas. Voici votre Dieu” ».
Dans ces temps troublés, dans ces temps difficiles ou certains nous annoncent qu’il peut y avoir des guerres sur notre propre environnement, nous chrétiens, nous devons garder les yeux ouverts pour d’abord chercher la vérité, et puis ne pas avoir peur… Rester dans la paix parce que nous sommes avec Jésus, et parce que, quelles que soient les circonstances extérieures à notre vie, notre tâche sera toujours d’être témoins de la miséricorde de Dieu, d’être témoins du Ciel vers lequel nous marchons, d’être témoins du Christ qui nous sauve et qui nous rend capables d’aimer comme il nous aime. Et donc d’être des témoins actifs de la charité de Dieu en aimant comme Dieu nous aime.
Ce ne sont pas les circonstances extérieures qui doivent orienter notre cœur : c’est le Ciel que nous attendons, c’est Jésus à la suite de qui nous marchons, c’est lui qui est le Prince de la paix. C’est lui qui nous donne sa paix et qui ne la donne pas comme le monde la donne, c’est lui dont nous sommes les disciples.
Demandons cette grâce de savoir vraiment nous attacher à Jésus plus que tout, et chaque jour, en lui offrant toute notre vie, de chercher à l’accueillir, à repérer les signes de sa miséricordieuse présence et d’avancer sans peur sur le chemin du Royaume.
Amen
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