Dimanche 9 août 2026
19ème dimanche Pendant l’Année – Année A
Homélie du Père Emmanuel Schwab
1ère lecture : 1 Rois 19,9a.11-13a
Psaume : 84 (85), 9ab-10, 11-12, 13-14
2ème lecture : Romains 9,1-5
Évangile : Matthieu 14,22-33
Durant les vacances que j’ai eu la grâce de pouvoir prendre, j’ai passé quelques
jours chez un couple d’amis qui sont maintenant grands-parents, et j’ai vécu
quelques jours avec des tout-petits de quatre mois à quatre ans. Le bébé de
quatre mois est soit dans son couffin, soit par terre sur un tapis de jeu, soit dans
les bras : il ne risque pas de tomber. Par contre, les plus grands, qui s’essayent
à marcher ou qui déjà ont une certaine assurance dans la marche, ceux-là, ils
tombent. Ils courent et ils tombent… Et ils se relèvent.
Nous, les adultes, nous tombons peu, mais les enfants tombent volontiers parce
qu’ils apprennent à vivre. Et sainte Thérèse contemple ce que c’est qu’être un
enfant.
Pourquoi Pierre a-t-il douté ? Et d’ailleurs, l’Évangile ne nous dit pas sur quoi
porte son doute : a-t-il douté de sa propre capacité à marcher sur l’eau ? A-t-il
douté de la capacité de Jésus à le faire marcher sur l’eau ? A-t-il douté de la
capacité de l’eau à porter son poids ? L’Évangile ne nous le dit pas. Mais ce qui
est certain, c’est que si Pierre a douté, c’est d’abord parce qu’il a cru. Si Pierre a
douté, c’est d’abord parce qu’il a osé s’aventurer sur la parole de Jésus. Celui
qui entend l’Évangile et puis qui passe à autre chose a peu de risques de douter.
Il y a un doute qui est propre à la foi, comme il y a un doute qui est propre à
l’amour : lorsqu’on ne comprend pas ce qui se passe, lorsqu’on ne comprend pas
ce que Dieu fait, lorsqu’on ne comprend pas ce que l’autre fait.
Pierre a cru et Pierre a engagé sa vie sur la parole de Jésus : Viens. Pierre
connaît bien la mer : il est pêcheur, c’est son métier. Il sait bien que c’est
impossible de marcher sur l’eau, mais il ose croire. Il ose faire l’expérience. Il ose
descendre de la barque, poser ses deux pieds sur l’eau, se mettre debout et
avancer.
« Nous voudrions ne jamais tomber », écrit Thérèse à Céline dans une de
ses lettres :
Qu’importe, mon Jésus, si je tombe à chaque instant, je vois par là
ma faiblesse, et c’est pour moi un grand gain… Vous voyez par là ce
que je puis faire et maintenant vous serez plus tenté de me porter en
vos bras… (LT 89 du 26 avril 1889, à Céline)
Ce qu’il nous faut remarquer aussi, c’est que Pierre, lorsqu’il enfonce, n’insulte
pas Jésus. Il ne l’invective pas dans le style : tu m’as trompé, tu me laisses
tomber. Non… Il crie vers Jésus : Seigneur sauve-moi ! La foi initiale qui l’a fait
sortir de la barque et oser marcher sur l’eau, cette foi se poursuit dans ce cri,
dans cet appel à l’aide « Seigneur sauve-moi ! », c’est la même foi, c’est la même
audace. C’est au fond le même amour de Simon-Pierre pour Jésus. Oui, SimonPierre est un homme de peu de foi, comme chacun de nous, mais ça n’est pas
un homme sans foi. C’est un homme de foi. Une foi petite, mais une foi qui
s’accroche à Jésus.
Et Pierre tombera encore… Il niera connaître le Seigneur par trois fois dans la
nuit de la Passion. Mais il se laissera relever par Jésus. Il aurait pu ne pas revenir
au Cénacle, comme Thomas en a eu la tentation. Il aurait pu s’enfuir loin et ne
plus jamais croiser Jésus. Non, il est revenu. Il a osé affronter le regard de Jésus.
Frères et sœurs, en repensant à ces petits enfants que je vois marcher, courir et
tomber et se relever, même s’il y a parfois des bobos, je me dis : mais c’est cela
que le Seigneur attend de nous ! Et quand Thérèse nous appelle à entrer dans
ce qu’on a appelé après “l’esprit d’enfance”, c’est précisément de vivre l’audace
de la vie, l’audace de la confiance en Jésus, l’audace de miser notre vie sur la
parole de Jésus, l’audace de le croire vraiment et de crier vers lui quand nous
tombons, quand nous nous enfonçons. Au lieu soit de nous désespérer de nousmêmes, soit de nous haïr nous-mêmes : nous tourner vers Jésus.
Lorsque le petit enfant qui a couru, qui est tombé, qui s’est fait mal, il crie. Vers
qui crie-t-il ? Vers sa maman, vers son papa. Il attend qu’on vienne le relever
parce qu’il a confiance. C’est cette confiance-là que le Seigneur nous appelle à
vivre.
L’audace de la foi va de pair avec la confiance en Jésus. C’est à cause de cette
confiance que nous pouvons oser vivre d’amour, écrit Thérèse dans sa grande
poésie…
- Vivre d’Amour, c’est garder en soi-même
Un grand trésor en un vase mortel
Mon Bien-Aimé, ma faiblesse est extrême
Ah je suis loin d’être un ange du ciel !…
Mais si je tombe à chaque heure qui passe
Me relevant tu viens à mon secours,
A chaque instant tu me donnes ta grâce
Je vis d’Amour. (PN 17 Vivre d’Amour
Amen.
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