Dimanche 27 septembre 2026
26ème dimanche Pendant l’Année – Année A
Homélie du Père Emmanuel Schwab
1ère lecture : Ézéchiel 18, 25-28
Psaume : 24 (25), 4-5ab, 6-7, 8-9
2ème lecture : Philippiens 2,1-11
Évangile : Matthieu 21,28-32
Sommes-nous le premier des deux fils ou le second ?
Nous sommes les deux.
Il nous est déjà arrivé de répondre positivement à l’appel du Seigneur et de faire
ce qu’il demandait. Il nous est arrivé de répondre négativement et de changer
d’avis. Il nous est arrivé de répondre positivement et de ne pas faire. Et il nous
est arrivé aussi de répondre négativement et de ne pas faire.
Tous les cas de figure sont présents dans notre propre vie, dans notre propre
cœur. Or, nous le savons bien, l’amour se manifeste dans les actes et non dans
les intentions, non dans les paroles.
C’est la première remarque que fait saint Ignace de Loyola dans les Exercices
spirituels lorsque, dans la 4ème semaine, il propose la Contemplation pour
parvenir à l’amour. Il dit qu’il convient d’observer deux choses : la première, c’est
que l’amour doit se mettre dans les actes, plus que dans les paroles. La seconde :
l’amour consiste en une communication réciproque.
Cet Évangile pose la question de l’unification de notre vie et nous pressentons
bien qu’il ne suffit pas de nous gendarmer, il ne suffit pas de nous résoudre à
faire oui quand nous disons oui. Nous sentons bien que, dans notre cœur, les
choses sont plus compliquées que cela… Et cependant, faire ce que Dieu veut,
c’est la clef de notre joie, la clef de notre paix. Thérèse y insiste de multiples
manières. Je cite ici juste une lettre à sa sœur, sœur Agnès de Jésus :
Ici-bas, rien ne peut nous satisfaire, on ne peut goûter un peu de
repos qu’en étant prête à faire la volonté du Bon Dieu. (LT 43B du
18 (?) mars 1888)
Faire la volonté du bon Dieu. Cette lettre à sœur Agnès de Jésus est juste avant
qu’elle rentre au Carmel, mais plus tard, 8 ans plus tard, elle écrira au Père
Roulland :
Vous me demandez (dans la lettre écrite à Marseille) de prier Notre
Seigneur d’éloigner de vous la croix d’être nommé directeur dans
un séminaire ou même celle de revenir en France.
Le Père Roulland est un missionnaire qui trouve sa joie dans les missions
lointaines en Chine.
Je comprends, poursuit Thérèse, que cette perspective ne vous soit pas
agréable ; de tout mon cœur je demande à Jésus qu’Il daigne vous
laisser remplir le laborieux apostolat tel que votre âme l’a toujours
rêvé. Cependant j’ajoute avec vous : « Que la volonté du Bon Dieu
soit faite ». C’est là seulement que se trouve le repos, en dehors de
cette aimable volonté nous ne ferions rien, ni pour Jésus, ni pour les
âmes. (LT 201 du 1 novembre 1896)
Mais comment nous y prendre ?
D’abord, travailler en nous ce désir de faire la volonté de Dieu. Lorsque nous
prions — sans doute plusieurs fois par jour — le Notre Père, lorsque nous
prononçons les mots que le Seigneur met sur nos lèvres : que ta volonté soit faite
sur la terre comme au ciel, comment ces paroles creusent-elles en nous le désir
et le vouloir que la volonté de Dieu se réalise dans nos vies, le désir et le vouloir
que je fasse, moi, la volonté de Dieu ? Car si je ne désire pas, si je ne cherche
pas à faire la volonté de Dieu, je peux toujours prononcer les paroles du Notre
Père, cela ne provoquera pas grand-chose dans ma vie.
Mais cela ne suffit pas. C’est nécessaire, mais cela ne suffit pas.
Il me semble que ce début du chapitre 2 de la lettre aux Philippiens nous donne
une clef ; LA clef… Il s’agit de vivre dans le Christ, et, dans le Christ, il s’agit
d’entrer dans ses sentiments. Qu’est-ce que cela veut dire ? Cela veut dire avoir
une relation vivante avec Jésus de telle sorte que ce qu’il aime, ce qu’il veut, ce
qu’il désire, devienne ce que nous aimons, ce que nous voulons, ce que nous
désirons. Aimer quelqu’un, c’est entrer dans ses vues.
Aimer Jésus, c’est entrer dans son regard, entrer dans sa manière d’aimer, entrer
dans son œuvre, apprendre à œuvrer avec lui puisque, comme Thérèse l’écrit
dans une lettre à Céline, il ne veut rien faire sans nous, il veut que nous
ayons part avec lui au salut des âmes (LT 135). Il s’agit donc d’entrer dans
le mouvement de sa propre vie, dans le mouvement de son propre cœur. Et c’est
pour cela que l’Esprit Saint nous est donné, cet Esprit qui — le Pape nous le
rappelait hier ou avant-hier, je ne sais plus — répand en nos cœurs la charité de
Dieu (Rm 5,5). L’Esprit Saint ajuste nos cœurs au cœur de Jésus pour que nous
ne fassions plus qu’un. Mais cela ne se fait pas de manière magique, cela se fait
dans notre libre coopération.
« Ayez en vous les dispositions qui sont dans le Christ Jésus ».
Et ces dispositions qui sont dans le Christ sont celles du mouvement de l’amour
qui s’abaisse jusqu’à nous. Ce triple abaissement de Jésus que l’on retrouve
dans bien des vies de saints, on le retrouve évidemment chez sainte Thérèse de
l’Enfant-Jésus.
Cette contemplation de l’Incarnation, ce premier abaissement :
« Le Christ Jésus ayant la condition de Dieu, ne retint pas jalousement le rang
qui l’égalait à Dieu. Mais il s’est anéanti, prenant la condition de serviteur,
devenant semblable aux hommes ». L’abaissement de l’Incarnation. Pour moi,
pas seulement pour nous, pour moi, Dieu s’est fait homme ! Pour moi, le Verbe
s’est fait chair. Pour moi, le Fils éternel a pris chair dans le sein de Marie : c’est
Jésus… pour chacun de nous.
Le second abaissement : « Reconnu homme à son aspect, il s’est abaissé,
devenant obéissant jusqu’à la mort, et la mort de la croix ».
C’est la Passion, la mort sur la croix, le don de sa vie jusqu’au bout. La Sainte
Face qui fascinait tant Thérèse qu’elle l’a ajoutée à son nom : Thérèse de
l’Enfant-Jésus de la Sainte Face ; la Passion.
Et ce troisième abaissement qui est celui de l’Eucharistie où ce Jésus dont le
nom fait fléchir tout genou au ciel, sur terre et aux enfers, ce Jésus que toute
langue proclame Seigneur, se donne à nous aujourd’hui dans ce petit morceau
de pain qu’est l’hostie.
Grand mystère de l’amour qui s’abaisse pour venir jusqu’à nous.
Entrer dans les sentiments de Jésus, c’est d’abord méditer sur ce triple
abaissement, mais apprendre à y entrer ou à nous laisser entraîner. L’Eucharistie
est une école qui nous entraîne dans l’acte d’offrande de Jésus. Lorsque nous
venons communier à l’Eucharistie, nous recevons Jésus qui se livre, Jésus en
acte d’offrande, Jésus qui nous entraîne dans son offrande. Et lorsque je réponds
“amen”, lorsque m’est présenté le corps du Christ — et je vous invite à proclamer
cet “amen” avec force et avec foi — Amen ! —, je confesse à la fois que c’est
bien le Seigneur Jésus présent dans ce grand mystère, mais je confesse aussi
que je suis d’accord pour être livré avec Jésus livré, pour entrer dans ce
mouvement de l’amour qui s’abaisse jusqu’aux plus petits.
Frères et sœurs, pour que nous puissions vraiment faire la volonté de Dieu, nous
avons besoin d’accueillir Jésus notre Sauveur. Notre volonté est trop blessée par
le péché pour que, par nous-mêmes, nous puissions dire oui et faire oui.
Jésus, nous dit Paul, n’a jamais été que oui. Il est l’Amen de gloire (Cf. 2 Co 1,20).
C’est par Lui, avec Lui et en Lui que nous pouvons à notre tour devenir un oui
d’amour à Dieu le Père.
C’est par Jésus, avec Lui et en Lui que nous pouvons répondre oui et faire oui.
Ne pas nous retrouver comme le second fils de cette parabole à dire oui et à faire
non.
Et à chaque fois que nous prenons conscience que nous avons fait non, nous
avons le grand secours du sacrement de pénitence et de réconciliation. Lorsque
nous venons trouver le prêtre pour dire nos péchés et confesser la miséricorde
de Dieu, nous venons redire ce oui que nous voulons vivre. Et la grâce qui nous
est donnée, c’est l’affermissement de notre vouloir pour que petit à petit, par
Jésus, avec Lui et en Lui, nous devenions un oui d’amour qui répond au Père
comme un enfant bien-aimé.
Amen.
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