Dimanche 1er février 2026
4ème dimanche Pendant l’Année – Année A
Homélie du Père Emmanuel Schwab
1ère lecture : Sophonie 2,3 ; 3,12-13
Psaume : 145 (146), 7, 8, 9ab.10b
2ème lecture : 1 Corinthiens 1, 26-31
Évangile : Matthieu 5, 1-12a
C’est ainsi que Jésus inaugure, dans l’Évangile selon saint Matthieu, ce grand discours qui va durer 3 chapitres — le carême interrompra cette lecture, mais nous aurons encore deux dimanches avant le carême.
Que sont ces Béatitudes ? Quel est ce bonheur que Jésus annonce ? Ce bonheur est pour aujourd’hui ; ce n’est pas un bonheur à venir, c’est un bonheur présent : heureux maintenant les pauvres de cœur, heureux maintenant ceux qui pleurent, heureux maintenant les doux. Un bonheur annoncé comme une bénédiction, comme un don de grâce.
Après ces Béatitudes, Jésus va continuer en reprenant la deuxième partie des tables de la Loi, pour en montrer la profonde exigence, pour nous inviter à aller jusqu’au bout de ce que contiennent les commandements de Dieu. Car Jésus n’est pas venu abolir la loi, il le dira lui-même : il est venu l’accomplir et rendre ses disciples capables par Lui, avec Lui et en Lui d’accomplir à leur tour, c’est-à-dire de vivre en plénitude ce que Dieu veut. Nous le demandons quotidiennement dans la prière du Notre Père que nous a enseigné le Seigneur : que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel.
Vivre les commandements de Dieu dans la manière dont Jésus les vit, vivre les commandements de Dieu jusqu’à la plénitude de la charité, cela va nous transformer inévitablement. Prendre au sérieux l’Évangile, c’est-à-dire la volonté de Dieu vécue par l’homme, transforme l’homme. Se mettre à la suite de Jésus et se laisser faire par sa parole nous change. Et nous allons, petit à petit, apprendre à pleurer non seulement nos propres péchés, mais les péchés de nos frères et la misère du monde. Et nous allons voir notre cœur désarmé de sa violence et grandir en douceur. Et nous allons être de plus en plus épris de justice. Nous allons aimer, non seulement recevoir la miséricorde de dieu, mais faire à notre tour miséricorde. Notre cœur va se purifier. Nous allons travailler à la paix… et cela ne peut pas plaire à tout le monde, et nous allons rencontrer l’opposition comme Jésus, et la persécution.
Jésus sait bien que ceux qui vont se laisser faire par lui vont rencontrer ces situations que lui-même le premier va connaître ; alors il leur donne ces bénédictions, qui sont une anticipation du ciel.
Pourquoi “heureux maintenant” dans ces situations qui sont en fait des situations de faiblesse dans ce monde devenu violent depuis que le péché y est entré au chapitre 3 du Livre de la Genèse ? Pourquoi donner ces bénédictions ? Parce qu’il faut encourager ceux qui vont connaître, dans ce monde violent, une autre manière de vivre. En fait, ce que Jésus nous appelle à vivre, c’est déjà la vie du Ciel, c’est déjà la vie de la Patrie vers laquelle nous marchons : vivre pendant l’exil la grâce de la Patrie, vivre sur cette terre comme étant déjà citoyen du Ciel. C’est cela que le Seigneur nous apprend. C’est cela notre vocation. Et pour cela, il nous faut devenir pauvres de cœur, littéralement pauvres dans l’esprit. Et les Béatitudes se terminent par un demi-verset qui n’est pas dans le lectionnaire ; ce dernier verset dit : « C’est ainsi qu’on a traité les prophètes qui vous ont devancé. » Or les prophètes, ce sont ceux qui sont animés de l’Esprit de Dieu. C’est parce que l’Esprit-Saint nous est donné que nous pouvons vivre ce que Jésus nous montre, vit lui-même et nous appelle à vivre à sa suite.
Mais pour pouvoir recevoir cette grâce de vivre comme Jésus, en faisant la volonté du Père, il nous faut être pauvre d’esprit. À plusieurs reprises, sainte Thérèse revient sur cette notion de pauvre d’esprit. Sa sœur Céline, en religion sœur Geneviève de la Sainte-Face, se souvient de ceci dans ses Conseils et souvenirs, je la cite :
Thérèse me disait : Vous vous livrez trop à ce que vous faites, comme si chaque chose était votre fin dernière et vous espérez sans cesse être arrivée ; vous êtes étonnée de tomber. Il faut toujours s’attendre à tomber ! Vous vous préoccupez de l’avenir comme si c’était vous qui deviez l’arranger, je comprends alors votre anxiété ; vous êtes tout le temps à vous dire : O mon Dieu, que va-t-il sortir de mes mains ! Tout le monde recherche ainsi les augures, c’est la voie commune, ceux qui ne les recherchent pas ce sont uniquement les pauvres d’esprit.
Mais qu’est-ce que c’est, aux yeux de Thérèse, qu’être pauvre d’esprit ? C’est se laisser faire par le Seigneur. Dans une lettre importante, la lettre 197 qui vient commenter ce que nous appelons aujourd’hui le manuscrit B, sœur Thérèse de l’Enfant-Jésus écrit à sa sœur et marraine, sœur Marie du Sacré-Cœur : O ma Sœur chérie, je vous en prie, comprenez votre petite fille, comprenez que pour aimer Jésus, être sa victime d’amour, plus on est faible, sans désirs, ni vertus, plus on est propre aux opérations de cet Amour consumant et transformant… Le seul désir d’être victime suffit, mais il faut consentir à rester pauvre et sans force et voilà le difficile car « Le véritable pauvre d’esprit, où le trouver ? il faut le chercher bien loin » a dit le psalmiste… Il ne dit pas qu’il faut le chercher parmi les grandes âmes, mais « bien loin », c’est-à-dire dans la bassesse, dans le néant… Ah ! restons donc bien loin de tout ce qui brille, aimons notre petitesse, aimons à ne rien sentir, alors nous serons pauvres d’esprit et Jésus viendra nous chercher, si loin que nous soyons il nous transformera en flammes d’amour… Oh ! que je voudrais pouvoir vous faire comprendre ce que je sens !… C’est la confiance et rien que la confiance qui doit nous conduire à l’Amour… (LT 197 à Sr Marie du Sacré-Cœur 13 septembre 1896)
Oui, frères et sœurs, la vie chrétienne ne consiste pas à dire à Jésus : « Seigneur, j’ai compris tout ce que tu expliques, je vais le faire »… La vie chrétienne, c’est d’abord accueillir cet amour de Jésus, prendre du temps dans la prière pour se laisser aimer par Jésus tels que nous sommes, et laisser grandir en nous le désir de répondre à son amour par notre pauvre et petit amour sans prétention, sans penser que nous allons faire de grandes choses pour le Seigneur, en lui offrant notre pauvreté, notre faiblesse, mais aussi notre bonne volonté ; et en cherchant à concrètement incarner cette bonne volonté par amour pour lui, Jésus, tout au long de notre journée, dans tous les actes du quotidien.
Dans son manuscrit A, Thérèse dit :
Et je vois que tout est vanité et affliction d’esprit sous le Soleil… que l’unique bien, c’est d’aimer Dieu de tout son cœur et d’être ici-bas pauvre d’esprit…
Et dans le manuscrit C, elle complétera :
Non, il n’est pas de joie comparable à celle que goûte le véritable pauvre d’esprit.
Demandons à Thérèse, frères et sœurs, de nous enseigner vraiment à être nous-mêmes pauvres d’esprit, pour nous laisser conduire par Jésus jusqu’au Royaume.
Amen.
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