Dimanche 16 août 2026
20ème dimanche Pendant l’Année – Année A
Homélie du Père Emmanuel Schwab
1ère lecture : Isaïe 56, 1.6-7
Psaume : 66 (67), 2-3, 5, 7-8
2ème lecture : Romains 11, 13-15.29-32
Évangile : Matthieu 15,21-28
Les lectures de ce jour nous remettent devant le dessein de Dieu, devant la manière dont l’Histoire Sainte s’est déroulée. Dieu a voulu se révéler aux hommes à un moment de l’histoire des hommes en formant un petit peuple, fils d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, un petit peuple — au départ douze tribus — à qui il s’est révélé à travers l’histoire. Et entre Abraham et Jésus, nous avons presque deux mille ans d’histoire qui se déroulent, où ce petit peuple qui grandit recueille l’expérience de Dieu et met par écrit cette expérience. Et c’est ce qui va petit à petit composer ce que nous appelons l’Ancien Testament ou le Premier Testament, ces livres bibliques que nous avons reçus du peuple d’Israël. Et cette Alliance que Dieu tisse avec ce peuple au milieu des nations est en vue de se révéler à toutes les nations par la médiation de ce peuple. Cette alliance va comme se concentrer totalement en un fils d’Israël, un Juif, Jésus, né de la Vierge Marie. Jésus en qui ses disciples vont reconnaître qu’il est vrai Dieu et vrai homme, qu’il est le Fils éternel du Père éternel qui s’est fait homme pour nous les hommes et pour notre salut. Et l’Alliance de Dieu avec son peuple se concentre, on pourrait dire, en une alliance entre Dieu le Père et Jésus Homme. Cette Alliance nouvelle et éternelle dont nous allons à nouveau faire mémoire, que nous allons célébrer et qui va être rendue présente dans le sacrifice eucharistique à travers le don du Corps livré et du Sang versé pour l’Alliance nouvelle et éternelle. Et désormais, c’est en entrant en Jésus par la grâce du baptême que, Juifs ou païens, nous pouvons bénéficier du Salut qui nous est offert. Mais tout cela se déroule dans une histoire. Et dans le passage d’Évangile que nous avons entendu, Jésus effectivement travaille à restaurer l’Alliance dans le peuple d’Israël. Et il n’a pas tort en disant : « Je n’ai été envoyé qu’aux brebis perdues de la maison d’Israël ». C’est ce qu’il a à faire à ce moment-là. Il faudra qu’il meure et qu’il ressuscite pour que l’Alliance s’ouvre à toutes les nations. Mais jusqu’à la fin des temps, nous pourrons redire ce que Jésus dit à la Samaritaine : « le salut vient des Juifs » (Jn 4,22). Et nous sommes tous disciples d’un Juif, Jésus. Et je vous en supplie, ne faites pas l’équation entre le peuple moderne d’Israël au Proche-Orient et le peuple de Dieu de la première Alliance.
Paul, dans la Lettre aux Romains que nous avons entendue, dit sa souffrance. Après avoir combattu les chrétiens, lui a fait la rencontre du Christ Jésus et sa vie en a été bouleversée au point qu’il s’écriera : « Le Fils de Dieu m’a aimé et s’est livré pour moi »(Ga 2,20). Ou encore à Timothée : « Je sais une chose, c’est que le Christ Jésus est venu dans le monde pour sauver les pécheurs ; et moi, je suis le premier des pécheurs » (1 Tm 1,15). Et Paul souffre de ce que ses coreligionnaires, pour beaucoup, ne voient pas le Seigneur, ne connaissent pas le Seigneur Jésus. Mais de même que depuis la mort et la résurrection de Jésus et le don de l’Esprit Saint à la Pentecôte, des païens rencontrent le Seigneur Jésus et reçoivent le baptême, de même, depuis ces événements, des fils d’Israël découvrent le Seigneur Jésus comme leur Sauveur et reçoivent le baptême. Que nous apprend la Cananéenne ? La parole de Jésus est très dure. Cette femme vient crier auprès de lui et Jésus ne répond pas. Mais elle continue, elle persévère. Et du coup, les apôtres disent : « Renvoie-la, car elle nous poursuit de ses cris ! ». Et Jésus dit : « Je n’ai été envoyé qu’aux brebis perdues de la maison d’Israël ». Elle continue, elle se prosterne : « Viens à mon secours ». Et là, cette parole terrible de Jésus : « Il n’est pas bien de prendre le pain des enfants et de le jeter aux petits chiens ». Ce n’est pas bien de prendre la grâce donnée au peuple de Dieu pour la donner aux païens. Jésus est parfois très dur dans ses paroles. Et la Cananéenne lui dit : « Oui, pas de problème, mais il y a des miettes qui tombent. Moi, je veux bien les miettes »… Et là, Jésus est touché en plein cœur. Pourquoi ? Parce que cette femme affirme deux choses : la générosité de Dieu. Il y a pour les enfants, mais il y a davantage encore, il y a un surplus. Et puis, ce qui tombe de la table, c’est gratuit. On ne peut pas l’exiger. On ne peut que le recevoir avec reconnaissance. Elle affirme la générosité de Dieu, la gratuité du don de Dieu. « Femme, grande est ta foi ». Et ce que cette Cananéenne nous apprend, c’est précisément cela : de contempler la générosité de Dieu et la gratuité du don de Dieu ! Tout est immérité pour nous et il nous faut apprendre à recevoir dans la gratuité ce que Dieu veut nous donner. Thérèse, un jour, écrit à sa sœur, Marie du Sacré-Cœur, pour préciser ce qu’elle a rédigé dans ce que nous appelons aujourd’hui le Manuscrit B. C’est la lettre 197. Et Thérèse écrit à sa sœur : C’est la confiance et rien que la confiance qui doit nous conduire à l’Amour… La crainte ne conduit-elle pas à la Justice ?… Puisque nous voyons la voie, courons ensemble. Oui, je le sens, Jésus veut nous faire les mêmes grâces, il veut nous donner gratuitement son Ciel. (LT 197 du 17 septembre 1896) Lorsque tout à l’heure, nous allons venir communier, quelle conscience aurons-nous que ce don est absolument immérité, de recevoir Jésus qui se donne en nourriture dans la réalité de sa présence charnelle ? « Ceci est mon Corps livré pour vous ». Quelle conscience aurons-nous que ce don est généreux, gratuit et immérité ? Et si nous avons conscience de cette générosité de Dieu, de cette gratuité du don de Dieu et que tout cela est immérité pour nous, alors nous ne pouvons pas communier droitement sans entrer nous-mêmes dans cette générosité, sans vouloir nous-mêmes imiter, au milieu de nos contemporains, la générosité de Dieu, la gratuité du don de Dieu. C’est à cela que nous sommes appelés.
Amen.
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