Dimanche 5 avril 2026

Résurrection du Seigneur – Année C

Homélie du Père Emmanuel Schwab

1ère lecture : Actes 10,34a.37-43

Psaume : 117 (118), 1.2, 16-17, 22-23

2ème lecture : Colossiens 3,1-4

Évangile : Jean 20,1-9

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Il faut toujours revenir à la réalité concrète de ce que décrit l’Évangile, parce que
Dieu se révèle dans une histoire, dans une histoire concrète. Et ce sont aussi
dans les événements concrets de notre vie que le Seigneur Jésus manifeste sa
présence, lui qui est ressuscité. Marie madeleine, qui cherche le Seigneur, qui
serait prête même à récupérer son cadavre, n’a trouvé qu’un tombeau vide. Elle
est venue chercher les apôtres : Pierre et le disciple que Jésus aimait partent
pour voir… Et justement, il est question de vision dans cet Évangile.
Le disciple que Jésus aimait arrive en premier et on nous dit qu’il aperçoit les
linges qui sont posés à plat. Le verbe grec qui est utilisé, le verbe βλέπω, signifie
“diriger ses regards”. Effectivement, voir, apercevoir, d’une certaine manière on
enregistre ce qu’on voit, mais simplement on n’interprète pas. Oui, on peut dire :
j’ai vu. Et que voit-il ? Il voit précisément les linges posés à plat, on pourrait dire
les linges affaissés, car tout est dans la même disposition que lorsqu’on a déposé
Jésus au tombeau, simplement il n’y a plus Jésus dans les linges — permettez
cette expression familière : comme si on avait “dégonflé” Jésus de l’intérieur. Ce
n’est pas qu’on a retiré le linceul pour enlever le corps ; tout est en place, mais il
n’y a plus le corps de Jésus
Pierre entre et là, c’est un autre verbe qui est utilisé. C’est le verbe θεωρέω qui
donnera le mot français théorie, qui signifie davantage : observer, examiner,
contempler. Pierre voit, on pourrait dire, l’impossible. Car il n’est pas possible que
le corps ne soit plus dans les linges et que les linges soient comme ils sont. Il
contemple sans comprendre…
Et puis revient l’autre disciple. Là, c’est un troisième verbe qui est utilisé : le verbe
ὁράω, qui est plutôt le verbe voir au sens de “comprendre” — quand on dit je vois
ce que tu dis, qui signifie je comprends ce que tu dis. « Il vit et il crut. » On pourrait
presque traduire : « Il comprit et il crut. » Et l’Évangile nous dit ce qu’il a compris.
Jusque-là, les disciples n’avaient pas compris que, selon l’Écriture, il fallait que
Jésus ressuscite d’entre les morts… Jusque-là. Mais à partir de là, le disciple que
Jésus aimait, lui, comprend avec l’Écriture que ce qu’il a sous les yeux est le
signe que Jésus est ressuscité.

Et cela nous enseigne grandement comment avancer dans notre vie de chrétien. L’interprétation de notre vie, la compréhension de ce qui se passe, se situe au point de rencontre des événements dans lesquels nous sommes, des événements que nous vivons, et la parole de Dieu. Et c’est à la fois la parole de Dieu qui éclaire ma vie — en particulier les Évangiles mais pas seulement ; l’Ancien Testament aussi. L’Évangile vient éclairer une scène de ma vie, lorsque je me dis : tiens ce que je suis en train de vivre là, c’est exactement comme lorsque Jésus a guéri les yeux de l’aveugle ou comme lorsque les lépreux sont venus lui demander de le purifier ou comme lorsqu’il a nourri la foule avec 5 pains et 2 poissons, lorsqu’il a permis à un paralysé de repartir dans sa vie et ainsi de suite… Mais aussi dans l’autre sens, des événements de ma vie peuvent m’aider à comprendre ce qui s’est passé dans l’Évangile. Je donne un petit exemple qui n’a rien d’intime. J’étais invité au Bénin il y a plus de 10 ans et j’ai été accueilli dans un village avec tous les honneurs dus à je ne sais qui, parce que je n’étais pas grand-chose, je n’étais qu’un pauvre petit curé de paroisse. Et j’étais accueilli avec beaucoup d’honneur, ce qui fait qu’il y avait toute une troupe autour de moi, qu’il y avait derrière moi des tam-tams, qu’il y avait devant moi des femmes qui dansaient, qu’il y en avait qui chantaient. Et j’ai compris ce jour-là ce qui s’est passé lorsque Jésus traverse Jéricho et que Bartimée, un mendiant aveugle assis au bord du chemin dit : mais que se passe-t-il ? (Cf. Mc 10,46-48). Ce qui se passe, c’est que Jésus ne traverse pas tout seul : il traverse avec une foule joyeuse qui chante, qui danse, qui joue de la musique. Il y a toute une activité autour de Jésus. Les événements de notre vie permettent parfois de mieux comprendre les Évangiles, mais notre vie se déroule toujours à cette jonction-là. C’est pour cela qu’il est important de lire et de méditer les Saintes Écritures et en particulier les Évangiles. Il est normal qu’un baptisé, qu’un catholique lise ordinairement l’Évangile. Il est normal que les Évangiles soient sur sa table de nuit ou dans sa poche, il existe des petits livres avec les 4 Évangiles. Les lire pour qu’ils habitent notre mémoire, pour qu’ils soient de plus en plus dans notre cœur. Nous avons cette belle expression dans plusieurs langues : connaître “par cœur”, parce que c’est entré dans le cœur et ça n’en ressort plus. Et alors, quand l’Évangile est dans notre cœur, l’Esprit-Saint peut s’en servir pour éclairer ce que nous vivons, pour faire ressortir un passage de l’Évangile devant telle ou telle situation. Lorsque cela nous arrive, c’est sûr : l’Esprit-Saint est en train de nous montrer quelque chose. Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus aime beaucoup les Saintes Écritures. Elle les médite sans cesse et pour elle, c’est vraiment une parole vivante et en particulier les Évangiles. Elle nous dit ceci vers la fin de sa vie : Puisque Jésus est remonté au Ciel …— ce que nous fêterons à l’Ascension — je ne puis le suivre qu’aux traces qu’Il a laissées, mais que ces traces sont lumineuses, qu’elles sont embaumées ! De quelle trace parle Thérèse ?

Je n’ai qu’à jeter les yeux dans le St évangile, aussitôt je respire les parfums de la vie de Jésus et je sais de quel côté courir… (Ms C Folio 36, v°) Frères et sœurs aujourd’hui, nous ouvrons solennellement la grande cinquantaine, la cinquantaine du Temps Pascal qui nous mènera jusqu’à la fête de la Pentecôte. Ces 50 jours, le plus long temps liturgique de l’année liturgique, sont là pour nous aider à vivre dans la présence du Ressuscité. Et comment vivre dans la présence du Ressuscité ? Il ne s’agit pas de ressentir sa présence : il s’agit, par la foi, de l’accueillir. Une première chose que nous pouvons faire, c’est chaque jour de lui dire cet acte de foi : « Seigneur Jésus, Seigneur ressuscité, tu es là avec moi — « Je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin des temps », c’est la dernière parole de Jésus dans l’Évangile selon saint Matthieu (Mt 28,20) — « Tu es là, Seigneur, tu es là. Je ne te sens pas, je ne te vois pas, je ne t’entends pas, je ne te touche pas, je ne te goûte pas. Mais je sais par la foi que tu es là et comme tu es là, je n’ai pas peur, de rien, pas même des épreuves. » La deuxième chose, c’est de prendre le temps d’écouter un peu ce que Jésus a à nous dire. Et c’est pour cela que je vous disais qu’il est normal qu’un baptisé, qu’un catholique lise les Saint Évangiles. Et si vous ne l’avez jamais fait, vous prenez un des quatre évangiles et vous le lisez d’un bout à l’autre. Nous sommes dans l’année où nous lisons davantage saint Matthieu ; prenez saint Matthieu. Puis ensuite vous pourrez continuer avec saint Marc, puis saint Luc et enfin saint Jean. Et comme vous y aurez pris goût, vous continuerez avec les Actes des Apôtres, puis la Lettre aux Romains, la première aux Corinthiens, la deuxième aux Corinthiens, la Lettre aux Galates, la Lettre aux Éphésiens, la Lettre aux Philippiens, la lettre aux Colossiens, les deux lettres aux Thessaloniciens, les deux Lettres à Timothée et la lettre à Tite. Vous terminerez par la Lettre aux Hébreux. Et là, vous pourrez lire saint Jacques, les trois lettres de saint Jean, les deux lettres de Pierre, la lettre de Jude et vous aurez le goût enfin, de terminer par l’Apocalypse et vous aurez lu tout le Nouveau Testament ! La troisième chose — je dis la première chose, c’est de confesser le Christ présent, la deuxième d’écouter sa parole — la troisième de prendre chaque jour un petit temps de silence. Commencez par 5 minutes — ce n’est pas beaucoup — en silence pour être sous le regard de Jésus. La prière, ce n’est pas d’abord de dire des choses, ce n’est pas d’abord de demander des choses : c’est d’abord d’être là sous le regard aimant de Jésus, de Dieu le Père. C’est simplement d’arrêter son agitation et de dire au Seigneur, comme la Vierge Marie : « Qu’il me soit fait selon ta parole » (Lc 1,38). Fais en moi ce que tu veux. La quatrième chose, c’est de laisser le Seigneur venir nous toucher jusqu’en notre corps, et cela, ce sont les sacrements de l’Église. Les sacrements poursuivent le toucher de Jésus, on le voit dans l’Évangile : il met de la boue sur les yeux de l’aveugle et il lui dit “Va te laver à la piscine de Siloé”, il saisit par la main la jeune fille qui est morte pour la relever, il met ses doigts sur la bouche et sur les oreilles d’un sourd muet et ainsi de suite… il impose les mains. Les sacrements sont le toucher de Jésus qui se continue aujourd’hui à travers l’Église. Et il y a deux grands sacrements qui nous sont nécessaires : le sacrement de l’Eucharistie, pour célébrer la mort et la résurrection de Jésus, le premier jour de la semaine. Et nous entendrons dimanche prochain comment dès le début, les apôtres se réunissent le premier jour de la semaine. Depuis la résurrection de Jésus, les apôtres et les disciples se réunissent chaque premier jour de la semaine, le dimanche pour célébrer l’Eucharistie. Ce n’est pas une option dans la vie chrétienne, c’est une nécessité vitale. Et c’est pour cela que l’Église nous en parle comme d’une “obligation”, parce que c’est une nécessité vitale. Et puis nous avons une autre nécessité vitale, c’est le sacrement de pénitence et de réconciliation, parce que nous avons besoin d’accueillir ce salut dans le concret de notre vie et dans le concret de notre péché, et de pouvoir, en allant trouver le prêtre et en venant reconnaître nos péchés devant lui, pouvoir entendre une parole qui s’adresse à nous et pas aux voisins. Une parole qui nous dit : Et moi, pauvre prêtre, pécheur comme toi par le sacrement de l’ordre que j’ai reçu, j’ai pouvoir de te dire que le Seigneur te remet tes péchés, et je te remets tes péchés au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Ce n’est pas nous, par notre imagination, par notre auto-persuasion qui provoquons la miséricorde de Dieu : c’est en nous exposant à cette miséricorde. Et là aussi, l’Église nous dit : Ne faites pas les idiots, confessez-vous au moins une fois par an, de préférence à Pâques. Et s’il y en a parmi nous qui ne se sont pas confessés depuis plus d’un an, je les invite vraiment à aller trouver le prêtre. Dans cette basilique il y a un prêtre disponible tous les jours de 10h30 à 12h, de 15h à 17h et l’été de 14h à 18h. Tous les jours au Carmel de 10h à 11h et de 15h à 17h, il y a un prêtre disponible qui attend, comme le père de la parabole de l’enfant prodigue attendait le fils prodigue qui revenait, pour se jeter à son cou dès qu’il est apparu et lui dire tout son amour. Oui, frères et sœurs, ce n’est pas compliqué d’être chrétien. Dire au seigneur quotidiennement “Tu es là, Seigneur”, écouter sa parole, prendre un peu de temps pour le prier, nous laisser recréer sans cesse par les sacrements, et dans quel but tout cela ? Dans le but de ce qu’est la vie de tout homme : d’aimer, d’aimer Dieu et notre prochain, comme Jésus a aimé son Père et comme il nous a aimés. C’est pour cela qu’il nous donne son Esprit-Saint ! Que c’est beau d’être chrétien ! Et si nous le vivons réellement, nous serons dans le monde de véritables artisans de paix.

Amen

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