Mercredi 24 décembre 2025
Nativité du Seigneur – Année A
Messe de la Nuit

Homélie du Père Emmanuel Schwab

1ère lecture : Isaïe 9, 1-6
Psaume : 95 (96), 1-2a, 2b-3, 11-12a, 12b-13a, 13bc
2ème lecture : Tite 2,11-14
Évangile : Luc 2,1-14

« La paix soit avec vous ». Ce furent les premiers mots du pape Léon XIV au jour de son élection lorsqu’il apparut au balcon de la basilique Saint-Pierre : « La paix soit avec vous. » Et dans le petit discours qu’il fit ensuite, il a parlé de la paix désarmée et désarmante que Dieu donne. Ce soir, Dieu nous fait encore entendre cette parole : La paix soit avec vous. C’est ce que les anges chantent : Gloire à Dieu au plus haut des cieux et paix sur la terre aux hommes qui l’aiment. Dieu nous donne sa paix. Le prophète Michée, parlant de Bethléem, annonce : « C’est de toi que sortira pour moi celui qui doit gouverner Israël. Il se dressera, il sera leur berger par la puissance du Seigneur, et lui-même, il sera la paix. ! » (Mi 5,1-3)

Dieu nous donne sa paix et cette paix a un nom et un visage : Jésus. Jésus va assumer jusqu’en sa propre chair d’être la paix. Et le nouveau-né de Pâques, si l’on peut l’appeler ainsi, au soir de la résurrection se présentera à ses apôtres en leur disant comme première parole : la paix soit avec vous.

Devant le fracas des armes et des guerres, Dieu nous donne un nouveau-né.

Devant la haine meurtrière qui fait que presque chaque jour nous apprenons la mort violente d’un jeune tué dans la rue, Dieu nous donne un nouveau-né.

Devant les abus terribles qui touchent des enfants, Dieu nous donne un nouveau-né.

Devant le mépris de la vie humaine dans ses tout premiers commencements, comme dans sa fin douloureuse parfois, Dieu nous donne un nouveau-né dont la vie a commencé lorsqu’il a été conçu dans le sein de sa mère ; c’est au point que, lorsque Marie est allée saluer sa cousine Elisabeth, alors qu’elle était enceinte de quelques jours, Jean-Baptiste âgé de six mois dans le sein d’Elisabeth a tressailli d’allégresse à l’approche du Sauveur.

La réponse de Dieu, c’est d’abord un nouveau-né qui ne parle pas. La parole de Dieu, le verbe fait chair commence par ne rien dire… il faudra qu’il apprenne à parler. C’est sa présence qui est la parole de Dieu, une présence désarmée et désarmante.

Et aujourd’hui, Dieu le Père nous appelle, nous invite, à accueillir ce nouveau-né dans nos propres vies. Ceux qui parmi vous ont eu la grâce d’enfanter des vies nouvelles savent combien cette vie nouvelle perturbe la vie de celui qui l’accueille. De manière analogue, accueillir l’Enfant-Jésus dans nos vies, c’est accueillir celui qui va venir perturber nos vies. 

Dieu vient mendier notre amour en Jésus ; lui qui est l’amour veut nous apprendre à aimer en se faisant pauvre. Comme le dit Thérèse dans le récit de cette nuit de Noël :

Il s’est fait faible et souffrant pour mon amour. 

Et si Thérèse le dit à la première personne, nous pouvons chacun le dire ainsi :

Le verbe de Dieu s’est fait faible et souffrant par amour pour moi.

Lorsque nous contemplerons la crèche dans le temps de Noël, laissons cette parole de Thérèse résonner dans nos cœurs : C’est pour moi que le Fils éternel du Père éternel s’est fait faible et souffrant. C’est pour mon amour, afin de me rendre, comme Thérèse, fort et courageux. Et pour qu’il me rende fort et courageux, comme pour Thérèse, il a besoin de ma bonne volonté :

En un instant l’ouvrage que je n’avais pu faire en 10 ans, Jésus le fit se contentant de ma bonne volonté qui jamais ne me fit défaut. (MsA 45)

Le Sauveur est né aujourd’hui et comme le dit Angelus Silésius au 17ème siècle :

« Jésus pourrait naître mille fois à Bethléem, s’il ne naît en ton cœur, cela ne sert à rien. »

Ai-je fait l’expérience que Jésus me sauve ? Dans ce monde où les informations en continue nous informent en partie de ce qui se passe un peu partout dans le monde, dans ce monde ou l’anxiété grandit et pour certains la peur, Jésus me délivre-t-il de ma peur ? Est ce qu’il me sauve de ma peur ?

Dans ce monde où facilement on s’affronte dans les idées, le Seigneur me sauve-t-il des tentations de haine, des tentations de mépris de celui qui pense autrement que moi, de celui qui peut être est virulent dans ses arguments, sans respect pour son adversaire ou son interlocuteur ? Le Seigneur me sauve-t-il de ma haine, de mon mépris, de ma colère ?

Dans les tentations en tous genres qui peuvent traverser ma vie est ce que Jésus me sauve ? Il s’agit de l’accueillir, de laisser Marie le déposer en nous pour qu’il habite en nos cœurs par la foi, comme Paul le dira aux Éphésiens (3,17). Il s’agit, comme nous y invite Paul dans cette lettre à Tite (2,12), puisque la grâce de Dieu s’est manifestée pour le salut de tous les hommes, d’apprendre à renoncer à l’impiété, aux convoitises de ce monde et à vivre dans le temps présent de manière raisonnable — il me semble qu’on pourrait dire aussi “avec sagesse”, la sagesse de Dieu —, avec justice et piété, attendant que se réalise la bienheureuse espérance, la venue du Christ en gloire. Dieu nous donne sa paix. Le Christ nous donne sa paix. « Je vous donne ma paix, je vous laisse ma paix. Je ne vous la donne pas comme le monde la donne » (Jn 14,27). Mais alors qu’est-ce que le Seigneur attend de nous ? Eh bien, le Seigneur attend de nous que nous soyons des artisans de paix. 

Vous vous souvenez, dans les Béatitudes : le Seigneur bénit les artisans de paix : ils seront appelés fils de Dieu. Mais ces artisans de paix, ils sont au milieu des pauvres de cœur, au milieu des doux, au milieu des miséricordieux, au milieu de ceux qui sont affamés et assoiffés de justice, au milieu de ceux qui pleurent avec ceux qui pleurent, au milieu de ceux qui sont persécutés pour la justice, au milieu de ceux qui sont persécutés à cause du nom de Jésus. 

Être artisan de paix dans ce monde violent ne peut pas se faire sans être profondément uni à Jésus lorsqu’on est chrétien. Et c’est cela que Dieu veut réaliser pour nous : il veut faire de nous, nous l’avons entendu, un peuple ardent à faire le bien. C’est pour cela que le Christ Jésus s’est donné pour nous, afin de nous racheter de toutes nos fautes et de nous purifier, pour faire de nous un peuple ardent à faire le bien

Ne craignons pas les hommes, ne craignons pas ce monde au milieu duquel nous vivons. Accueillons le Seigneur Jésus concrètement dans nos vies, vivons avec lui de manière permanente. 

Lorsque Thérèse va vivre son offrande à l’amour miséricordieux et qu’elle va mettre par écrit cette grande prière d’offrande à l’amour miséricordieux, elle termine cette prière en disant : mon Dieu, je veux renouveler mon offrande à chaque battement de mon cœur. Ce qui veut dire que ce n’est pas un acte isolé ponctuel, c’est une attitude du cœur. 

Il s’agit de manière permanente d’accueillir la présence de Jésus par la foi. I

Il s’agit de manière permanente de laisser le Seigneur nous désarmer de tout ce qui en nous s’oppose au vrai bien. 

Il s’agit d’accueillir sa miséricorde aussi dans le sacrement du pardon. 

Il s’agit de vivre une relation constante avec Jésus… et vivre cette relation constante avec Jésus ne nous détournera pas des autres relations les plus importantes de nos vies, celles qui constituent notre premier cercle qui nous aide à tenir debout. 

Plus nous serons unis à Jésus, plus nous accueillerons Jésus dans nos vies, plus nous serons capables d’aimer en acte et en vérité ceux qui nous entourent. Il n’y a pas de concurrence entre l’amour de Dieu et l’amour du prochain, au contraire : plus le Seigneur Jésus sera présent dans nos vies, plus nous pourrons rayonner de son amour et de sa paix, plus nous pourrons étendre la paix de Dieu à notre monde. 

Ne nous croyons pas impuissants, frères et sœurs, devant la violence du monde. Soyons par la grâce de Jésus, le Prince de la Paix, des artisans de paix partout où nous sommes.

Que notre vie consiste à être cette salutation permanente auprès de ceux que nous côtoyons : la paix soit avec vous !

Amen