Jeudi 1er octobre 2026
Solennité de Sainte Thérèse
Homélie de
Mgr Matthieu Rougé – Evêque de Nanterre

Chers frères et sœurs,

Voici que nous avons le bonheur de célébrer la solennité de sainte Thérèse de Lisieux, sainte Thérèse de l’Enfant Jésus et de la Sainte Face, à quelques heures de la première visite apostolique, si joyeuse et si lumineuse, du Pape Léon XIV dans notre pays. Par son intensité, par son ampleur, ce voyage fera date assurément dans notre histoire spirituelle et missionnaire (ces deux dimensions allant toujours de pair, nous enseigne la petite carmélite patronne des missions). Un peu sans doute comme la première visite apostolique de Jean-Paul II en France en 1980, avec sa fameuse interpellation : « France, fille aînée de l’Eglise, es-tu fidèle aux promesses de ton baptême ? », ou les JMJ de 1997 avec l’inoubliable veillée baptismale de Longchamp. Cette année, c’est notamment l’afflux renouvelé de catéchumènes qui était au cœur de l’attention du Pape et de la joie de tous. Ainsi ces trois visites particulièrement mémorables et potentiellement fécondes des Successeurs de Pierre dans notre pays, véritables retours aux sources de la grâce qui pousse au large, avaient-elle en commun une intense dimension baptismale, mais aussi une véritable dimension thérésienne, qu’il nous est bon de recueillir ici en ce jour.

1. Le 2 juin 1980, Jean-Paul II est ci, comme nous aujourd’hui, pèlerin à Lisieux. Il médite le cœur de l’expérience spirituelle, profondément évangélique et baptismale, de sainte Thérèse : devenir enfant pour entrer dans le Royaume des cieux. « De Thérèse de Lisieux, prêchait saint Jean-Paul II ici-même, sur le parvis devant la basilique, on peut dire avec conviction que l’Esprit de Dieu a permis à son cœur de révéler directement, aux hommes de notre temps, le mystère fondamental, la réalité de l’Evangile : le fait d’avoir reçu réellement ‘’un esprit de fils adoptifs qui nous fait nous écrier : Abba ! Père !’’. La ‘’petite voie’’ est la voie de la ‘’sainte enfance’’. Dans cette voie, il y a quelque chose d’unique, un génie de sainte Thérèse de Lisieux. Il y a en même temps la confirmation et le renouvellement de la vérité la plus fondamentale et la plus universelle. Quelle vérité du message évangélique est en effet plus fondamentale et plus universelle que celle-ci : Dieu est notre Père et nous sommes ses enfants ? ». C’est de la prise de conscience intime de sa vocation à vivre, dans la confiance et l’humilité, en enfant de Dieu que découle l’autre prise de conscience de sainte Thérèse, indissociable de la première : sa vocation missionnaire, sa vocation à l’universalité. L’intimité filiale avec le Père est intimité avec le Père de toute l’humanité et donc vocation à faire découvrir le plus largement possible la grâce de vivre en enfants de Dieu. Quand le Pape François, autre grand ami de sainte Thérèse, parle de disciples-missionnaires, il ne juxtapose pas deux termes et deux attitudes indépendantes l’une de l’autre car c’est de la profondeur de l’identité de disciple que jaillit comme immanquablement la vocation missionnaire. Ceux qui goûtent avec délices à l’abondance de la grâce et de de la gloire de Dieu, comme le proclame le prophète Isaïe, se réjouissent parce qu’ils savent que toutes les nations sont appelées à la même grâce et à la même gloire. Sainte Thérèse met en lumière pour notre

bien et notre joie à tous la conjonction profonde entre la vie intérieure, baptismale, filiale et la vocation missionnaire et fraternelle.

2. Le 24 août 1997, le lendemain d’une inoubliable veillée baptismale, au terme de la Messe finale des Journées Mondiales de la Jeunesse, Jean-Paul II annonce que sainte Thérèse de l’Enfant Jésus et de la Sainte Face sera déclarée docteur de l’Eglise deux mois plus tard à Rome. Le Pape précise encore le cœur de l’expérience filiale et missionnaire de sainte Thérèse. « Cette jeune carmélite fut tout entière saisie par l’amour de Dieu. Elle vécut radicalement l’offrande d’elle-même en réponse à l’Amour de Dieu. Dans la simplicité de la vie quotidienne elle sut également pratiquer l’amour fraternel. Elle saisissait que l’amour est reçu de Dieu plus qu’il n’est donné par l’homme. Le livre des Évangiles ne quittait jamais Thérèse. Elle découvre que sa vocation est d’être au cœur de l’Église l’amour même. L’enseignement de Thérèse, véritable science de l’amour, aide les hommes et les femmes d’aujourd’hui, et elle aidera ceux de demain, à mieux percevoir les dons de Dieu et à répandre la Bonne Nouvelle de son Amour infini ». Nourrie de la Parole de Dieu, comme nous sommes tous invités à l’être, sainte Thérèse a éprouvé au fond de son être ce qu’enseigne la première lettre de saint Jean : « L’amour vient de Dieu. Celui qui aime est né de Dieu (c’est-à-dire : vit en vérité sa renaissance baptismale), et connaît Dieu. Voici en quoi consiste l’amour : ce n’est pas nous qui avons aimé Dieu, mais c’est lui qui nous a aimés, Bien-aimés, puisque Dieu nous a tellement aimés, nous devons, nous aussi, nous aimer les uns les autres ». L’intimité spirituelle et l’engagement missionnaire constituent une unique expérience de l’amour, reçu de Dieu et destiné à se répandre autour de nous, à la manière du Christ et dans l’Esprit, à travers tout ce qui fait nos vies. Au terme des JMJ, le Cardinal Stafford, cardinal américain responsable romain des JMJ, avait repris cela en évoquant la Révolution française et en affirmant avec force : « la véritable révolution, la seule qui ne trompe pas l’humanité, est celle de l’amour inaugurée par le Christ ».

3. Et voici qu’en 2026, Léon XIV lance aux jeunes réunis au Stade de France dans une atmosphère de joie et de ferveur indescriptible : « Inspirez-vous de l’exemple des saints […] : Regardez la beauté mystique de sainte Thérèse de l’Enfant Jésus ». Le lendemain, rencontrant l’assemblée ecclésiale des diocèses d’Ile-de-France, destinée à faire progresser l’accueil, l’accompagnement et l’intégration des catéchumènes et des néophytes, le Pape revient à sainte Thérèse : « Que les grands témoins de cette terre bien-aimée vous soutiennent sur votre chemin. Je pense à sainte Thérèse de l’Enfant Jésus qui nous enseigne, par sa “petite voie”, comment la confiance ouvre les portes de la grâce ». Dès les premières semaines de son pontificat, dans son tout premier message à l’Eglise en France, à l’occasion du centenaire de la canonisation de saint Jean Eudes, saint Jean-Marie Vianney et sainte Thérèse, le nouveau pape écrivait : « sainte Thérèse de l’Enfant Jésus et de la Sainte Face n’est-elle pas le grand Docteur en scientia amoris dont notre monde a besoin, elle qui “respira” à chaque instant de sa vie le Nom de Jésus, avec spontanéité et fraicheur, et qui enseigna aux plus petits une voie “toute facile” pour y accéder ? ». Beaucoup de choses peuvent nous sembler difficiles en ce monde et en ce temps. Mais « le Seigneur est tendresse et pitié », comme nous l’avons chanté avec le Psaume. « Il est lent à la colère et plein d’amour. L’amour du Seigneur, sur ceux qui le craignent, est de toujours à toujours ». Voilà pourquoi il n’est pas si difficile de marcher vers le Seigneur : la confiance ouvre bel et bien les portes de la grâce.

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Chers frères et sœurs, L’Eglise progresse de renouveau en renouveau, à l’écoute de la Parole de Dieu, à l’école des saints, sous la conduite du Successeur de Pierre. En 1980, comme en 1997, comme en 2026, les papes Jean-Paul II et Léon XIV, inspirés par sainte Thérèse, nous ont rouvert avec une flamme largement accueillie la voie de la vie baptismale et missionnaire, la voie de l’amour, la voie de la confiance. Il s’agit de nous engager vraiment dans cette voie, pour proclamer mieux et davantage, par nos paroles et par nos vies, que Jésus est le Fils de Dieu et que Dieu est amour.

Amen