« Sur les flots

de la confiance et de l’amour… »

Au mois de mai 1888, Thérèse est

postulante au Carmel de Lisieux où

elle a rejoint le lundi 9 avril précédent,

ses sœurs Pauline et Marie,

respectivement Mère Agnès de

Jésus et Sœur Marie du Sacré-

Cœur. Si Thérèse a quitté le monde

pour suivre Jésus sur la montagne

du Carmel, elle n’en est cependant

pas coupée, si l’on en croit la correspondance

qu’elle entretient.
Saint Louis Martin se fait « Le facteur

de Jésus » portant lui-même

moult présents à la porterie du

monastère : bougies pour l’Ascension,

poissons de retour de pêche

et autres délicatesses (LT 52),

comme pour compenser l’arrachement

que l’entrée de Thérèse

révèle en son cœur de père.

La jeune postulante découvre sa

vie nouvelle, enthousiasmante et

austère à la fois : « Mes premiers

pas ont rencontré plus d’épines

que [de] roses » (Ms A, 69v°). Par

échange épistolaire, Thérèse passe

commande de travaux de couture

à Céline, plus adroite pour cela (LT

47). Elle encourage dans la foi et

l’espérance sa compagne de jeu,

soutient son « Petit père » en lui

rappelant les heureux moments du

récent pèlerinage à Rome (LT 51),

plaisante avec sa cousine Marie

Guérin et intercède en sa faveur,

pour le don de l’Esprit Saint dans

la grâce du sacrement de confirmation

qui approche (LT 50).
En ces commencements, la grâce

la plus lumineuse du mois de mai

1888 reçue par Thérèse est certainement

la confession générale

du 28 mai auprès du Père Pichon,

missionnaire et ami de longue

date de la famille Martin. La jeune

Thérèse est hantée à l’idée qu’elle

aurait pu commettre un péché

mortel dans sa vie et ainsi s’être

coupée volontairement de la communion

avec Dieu : « J’avais une si

grande crainte d’avoir terni la robe

de mon Baptême. » La sagesse

du bon Père viendra à bout de ce

scrupule tenace : « En présence

du Bon Dieu, de la Ste Vierge et

de tous les Saints, je déclare que

jamais vous n’avez commis un seul

péché mortel » (Ms A 70 v°).
Il faudra encore la confession en

octobre 1891 auprès du Père Prou,

franciscain, pour laisser l’Esprit

Saint ouvrir pleinement le cœur

de Thérèse à la grâce de Dieu :

« Après avoir dit peu de mots, je

fus comprise d’une façon merveilleuse

et même devinée… mon âme

était comme un livre dans lequel le

Père lisait mieux que moi-même…

Il me lança à pleine voile sur les

flots de la confiance et de l’amour

qui m’attiraient si fort mais sur lesquels

je n’osais avancer… Il me dit

que mes fautes ne faisaient pas de

peine au Bon Dieu, que tenant sa

place, il me disait de sa part qu’Il

était très content de moi… » (Ms

A, 80v°).
Demandons à la Vierge Marie

au mois de Mai, de nous ouvrir

à cette même grâce de l’Esprit

Saint et avançons sur les flots de la

confiance et de l’amour…

Père Olivier Ruffray,
Recteur de la Basilique