Saints Louis et Zélie Martin

Saints Louis et Zélie Martin, parents de sainte Thérèse

Témoignages

  • Depuis que mon petit fils est entré à la Faculté des Sciences, je n’ai cessé de le confier à sainte Thérèse et à M. et Mme Martin leur demandant de toujours veiller sur lui, plus spécialement à la période des examens. Je n’ai jamais douté de leur aide et ils m’exaucent toujours.
  • Merci pour la réussite de mon petit fils. J’offre une messe d’action de grâce et un abonnement à Thérèse de Lisieux et j’encourage les lecteurs à prier M. et Mme Martin et leur Sainte fille. - Une Mamie A. D. -*Je faisais de l’arthrose et j’avais des difficultés pour marcher. J’ai prié Louis et Zélie Martin en faisant la neuvaine. Depuis quelque temps je marche beaucoup mieux et je les en remercie. - J. D.(Rhône)
  • Veuillez faire célébrer deux messes en l’honneur de Louis et Zélie Martin pour les remercier de deux grâces obtenues : des résultats d’analyses négatifs pour mon gendre alors que nous étions dans la crainte et la réussite d’une opération de dernière chance que j’ai dû subir. Que M. et Mme Martin en soient vivement remerciés. - Mme P. (Haute-Garonne)
  • Je remercie vivement Zélie et Louis Martin que j’ai priés pour que ma fille ne se brouille pas avec ses belles-sœurs à l’occasion du partage de l’héritage de ses beaux-parents. Je suis très heureuse car depuis elle a accepté une invitation à un repas dans la famille de son mari et tout s’est bien passé. Encore un grand merci à Zélie et Louis Martin et à ma chère petite Thérèse. - Anonyme
  • Après trois neuvaines de prière pour demander la béatification de Louis et Zélie Martin, j’ai obtenu que la jeune fille qui vivotait depuis 7 ans de remplacements en remplacements dans son lieu de travail obtienne une mutation avec un contrat à durée indéterminée.
  • Merci aux Parents de Thérèse d’avoir intercédé auprès du Père, selon sa sainte volonté. Je continue à prier à cette intention afin que cette jeune trouve enfin la paix dans son milieu de travail.
  • Un moment fort pour moi a été la reconnaissance par l’Eglise de la sainteté des époux Martin. A travers eux, je comprends que l’amour conjugal et filial sont une expression de vertus héroïques. Ainsi ces dernières années, je me suis sentie plus proche de Louis et de Zélie car je souhaite fonder une famille. Leur exemple de vie me touche particulièrement : l’amour conjugal visible dans les lettres où ils parlent l’un de l’autre, ou encore l’éducation donnée à leurs enfants, à la fois stricte et affectueuse. Ils ont appris à leurs filles le respect de l’autre, l’attention, la charité envers les plus nécessiteux. - Anonyme

Etapes vers la Canonisation de Louis et Zélie Martin

Les étapes vers la Sainteté de Louis et Zélie Martin, parents de sainte Thérèse

Les étapes vers la Sainteté des époux Martin, parents de sainte Thérèse

1946 – L’évêque de Lisieux exprime son souhait de voir examiner la cause des parents de sainte Thérèse, Louis et Zélie MARTIN. Le 22 mars 1957, s’est ouvert à Bayeux le procès concernant Louis Martin. Il durera 12 ans puisqu’il fut clôturé le 12 février 1969. Parallèlement, au diocèse de Séez, a été instruit le procès pour Zélie Martin, du 10 octobre 1957 au 21 janvier 1959.

Pour la première fois dans l’histoire de l’Eglise, le pape Paul VI a voulu que les deux causes soient réunies en une seule et confiées en 1971 à l’Office historique de la Congrégation.

1994 – Le 26 mars, décret « d’héroïcité » des vertus de Louis et Zélie MARTIN signé par le pape Jean-Paul II à Rome, en l’année de la Famille

2008 – Le 3 juillet, reconnaissance par le Pape Benoît XVI, de la guérison miraculeuse du petit Pietro Schilirò, né à MILAN en 2002.

2008 – Le 19 octobre, les parents MARTIN sont proclamés Bienheureux à Lisieux.

2013 - Le 7 janvier, le Diocèse de Valencia (Espagne) sous la présidence de son archevêque, Mgr Carlos Osoro Sierra, a ouvert une enquête pour étudier le miracle présumé attribué à l’intercession des bienheureux Louis et Zélie Martin en faveur d’une petite fille, Carmen.

2015 - le 18 octobre, c’est Maria et Pietro qui portent les reliques des saints Louis et Zélie Martin devant le pape François qui les canonisent ensemble.

La petite Carmen jouant avec Mgr Carlos Osoro Sierra, évêque de Valencia qui a ouvert le Tribunal
La petite Carmen jouant avec Mgr Carlos Osoro Sierra, évêque de Valencia qui a ouvert le Tribunal

Carmen est née prématurément, atteinte de multiples complications qui mettaient sa vie en danger. Une hémorragie cérébrale très grave aurait pu entraîner des dommages irréversibles. Carmen a franchi le cap des quatre ans. Elle nous étonne par sa vitalité et l’absence totale de séquelles. Ses parents ont prié avec foi Louis et Zélie Martin, qu’ils ne connaissaient pas, sur les conseils d’un carmel proche de Valencia qui leur avait procuré la neuvaine.

Depuis trois ans, une équipe procède à des investigations, récolte les dossiers médicaux et interroge les témoins (famille, médecins, etc.). L’ouverture diocésaine est une étape très importante pour l’éventuelle reconnaissance du miracle par Rome. La dernière session se tiendra à Valencia début avril. Puis le dossier partira à la Congrégation pour la Cause des Saints à Rome où il sera examiné successivement par sept médecins experts, des théologiens et des cardinaux, avant d’être présenté au Saint-Père.

Cette Cause est importante en cette époque où la famille a tant besoin de soutien. Une canonisation est d’abord la reconnaissance d’une mission, confiée par l’Église.
Louis et Zélie Martin ont été canonisés à Rome le dimanche 18 octobre 2016 par sa sainteté le Pape François.

Les saints Louis et Zélie Martin
Les saints Louis et Zélie Martin

Lettre à l’Ordre à l’occasion de la Canonisation de Louis et de Zélie Martin

ROME, 18 OCTOBRE 2015 JOURNEE MONDIALE DES MISSIONS

Chères frères et sœurs dans le Carmel,

Dimanche prochain 18 octobre, sur la place Saint-Pierre, le pape François inscrira solennellement les époux Louis Martin et Zélie Guérin, parents de Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus et de la Sainte face, au canon des Saints, que l’Eglise propose comme exemple de vie chrétienne aux fidèles du monde entier, pour qu’il deviennent une source d’inspiration et des compagnons sur le chemin dont nous pouvons recevoir encouragement, lumière et consolation. C’est un motif de grande joie et de remerciement au Seigneur pour nous tous, qui avons à peine conclu la célébration du Ve centenaire de la naissance de Sainte Thérèse d’Avila, mère de notre famille religieuse, en laquelle l’Eglise reconnaît un lieu particulièrement plein de témoins crédibles de la beauté et de l’amour de Dieu. Cette canonisation est un signe de plus que le Seigneur nous donne pour consolider notre foi et nous donner courage notre chemin de Carmes appelés à expérimenter la « tendresse combative » de l’Epoux (cf. Evangelii gaudium 85), qui par son amour veut mettre le feu à l’espérance dans le cœur de tous les hommes. Nous vivons une période historique marquée par une profonde transformation, qui affecte tous les niveaux de la vie humaine – coutumes, culture, religion, société, économie à un niveau global, engendrant des tensions et des peurs. Des sentiments d’insécurité et de méfiance réciproque voient le jour, sont créés des situations d’injustice et d’instabilité qui mettent à dure épreuve le vivre ensemble pacifique et la confiance entre les personnes, choses essentielles pour un chemin commun et fécond. La vision biblique de l’homme, dans sa dualité d’être d’homme et de femme, et la compréhension de sa signification face à la vie ne sont plus un patrimoine commun mais au contraire, mais sont remis en cause. Au centre de cette bataille pour la vie se trouve la famille naturelle, fondée sur la simple reconnaissance de la différence providentielle entre homme et femme qui permet, à l’intérieur d’une relation d’alliance basée sur un amour réciproque, d’engendrer, de prendre soin, de faire croître la vie humaine, non seulement pour elle-même mais aussi pour tout être humain. La canonisation des époux Martin est un signe des temps qui nous interpelle profondément parce qu’elle a une valeur pour notre époque. L’église de fait si, guidée par l’Esprit Saint, a décidé pour la première fois dans son histoire – de canoniser ensemble un couple d’époux, au cours de la célébration de la XIVe Assemblée Générale Ordinaire du Synode des Evêques, qui a pour thème la vocation et la mission de la famille dans l’église et dans le monde contemporain, et ce au cours du dimanche consacré à la Journée Mondiale Des Missions.

Une famille exemplaire ? Un siècle et demi a passé depuis que Louis et Zélie, au milieu de la nuit du 12 juillet 1858 se sont mariés à Alençon, ayant changé radicalement beaucoup de choses, tant dans l’église que dans la culture européenne. En quel sens leur mariage et l’histoire de leur famille peuvent être exemplaires pour nos jours quand le modèle même de famille et la praxis en vigueur sont loin de ce qu’ils croyaient et vivaient ? Avant tout, il faut préciser qu’il est nécessaire se libérer des préjugés et des clichés culturels qui cataloguent immédiatement comme antique et d’un autre monde tout ce qui appartient à l’univers du XIXe siècle. Si nous observons de près la vie de la famille Martin, nous voyons un homme et une femme qui ont vécu une histoire commune, marquée par des événements comme nous pouvons aujourd’hui les identifier, parce qu’ils sont simplement humains : ils ne sont pas très jeunes selon le standard de l’époque (quand ils se sont connus – et peu de mois après ils se sont mariés – elle avait 27 ans et lui 35), ils se sont unis dans le mariage et ont mis en commun leur vie, apprenant jour après jour à partager leurs capacités, les responsabilités, les charges, les joies et les peines. Louis avait une horlogerie. Zélie avait ouvert pour son compte une entreprise de production du fameux Point d’Alençon. Leurs travaux respectifs garantissaient un certain niveau de vie, et cependant ils vivaient sans ostentation ni appréhension, bien qu’à un certain moment les conditions socio-économiques ont été plus difficiles à cause de la guerre entre la France et la Prusse (1870 – 1871). Travailler tous les deux, concevoir neuf enfants, s’en occuper, affronter la lutte pour la mort de quatre d’entre eux dans un âge très tendre, ne fut certainement pas facile, surtout pour Zélie, femme très entreprenante, qui avait la responsabilité de donner du travail, et de fait de donner à manger à ses employées et à leurs familles. Louis était toujours à ses côtés portant les charges avec sa femme, avec sérénité délicatesse, la soutenant de sa présence et optant, à un moment déterminé, de laisser son travail pour répondre aux exigences de sa femme, qu’il voyait chaque jour plus fatiguée, et l’aider faire tourner l’entreprise, surtout quand la maladie l’a arrêtée qui l’affecta jeune, l’amenant à la mort en mille huit cent soixante-dix-sept, quand elle avait seulement quarante-six ans. Louis s’est retrouvé dans une condition de veuf jusqu’à la mort, qui eut lieu dix-sept ans après ; après une humiliante maladie qui affecta ses facultés mentales. Il s’est occupé de ses cinq filles et de leur éducation, s’engageant totalement et décidant de déménager d’Alençon à Lisieux, donnant ainsi à ses filles la possibilité d’être suivies par leur tante Céline, avec laquelle elles avaient une relation d’estime et d’amour. Les cinq entrèrent au monastère. Il les accompagna toute dans ce processus – surtout la petite Thérèse, la préférée – ce ne fut pas pour lui un petit sacrifice, même s’il le vivait comme une généreuse offrande de sa vie et de ses enfants à Dieu, comme ils l’avaient toujours fait ensemble avec Zélie. D’autre part, il avait choisi pour sa famille le slogan de Jeanne d’Arc : Dieu premier servi.

Le mariage : vocation et amitié Un choix bref de quelques traits concrets de l’expérience familiale de Louis et Zélie nous permet de capter facilement les analogies avec l’expérience de tant de familles qui aujourd’hui doivent affronter des difficultés économiques, concilier le rythme frénétique du travail avec l’éducation des enfants, donner un sens aux souffrances qui inévitablement frappent à la porte, mettant en péril l’harmonie familiale. Mais le motif pour lequel l’Eglise considère comme exemplaire leur témoignage de vie conjugale est beaucoup plus profond et tient au fait de voir la vérité de l’amour humain à l’intérieur du projet divin de la création. Si nous allons à la racine de leur expérience, nous trouvons ensuite deux éléments qui sont actuels pour illustrer comment on peut « fonctionner » une relation d’amour et pouvoir dire ainsi une parole aux couples, surtout aux jeunes, qui sont découragés devant l’exemple de tant de naufrages, et conservent aussi dans le cœur le désir de fonder un foyer, ne croient pas possible la fidélité se résignant à une forme médiocre de vie. Le premier élément est de vivre la rencontre avec l’autre et le mariage comme vocation. À ceci Louis et Zélie ont été préparés par leur propre histoire personnelle, du fait que tous les deux avaient pensé vivre leur vie chrétienne en se consacrant à Dieu. Ce n’est pas cet élément, assurément, qui est exemplaire, mais la sensibilité et l’attitude pour percevoir et concevoir leur existence propre comme un dialogue avec leur Créateur, qui a un projet et qui va laisser des traces sur le chemin qu’il leur indique, pour un regard attentif, qu’est né le chemin pour rassasier la soif de son propre cœur. C’est seulement en se percevant comme un don qui vient de Dieu et en apprenant à regarder l’autre comme visage de l’amour du Père, qu’il est alors possible de construire sa propre maison avec un fondement stable. Ceci ressort clairement pour Zélie quand, lorsqu’elle voit s’approcher son futur mari bien qu’elle parcoure en sens opposé le pont Saint-Léonard d’Alençon, et a senti résonner en elle une voix qui lui disait : « c’est l’homme que j’ai préparé pour toi ». Le second élément est la conséquence directe de ce regard et de cette ouverture de cœur : vivre la relation avec son propre femme/avec son propre mari comme une clef de l’amitié. L’estime et le respect qui jaillisse de la spontanéité de se reconnaître gratuitement comme liés, et le goût d’être une aide l’un pour l’autre, apportent la patience, l’humilité, la ténacité, la tendresse, la confiance et la curiosité nécessaire pour que la relation ne dégénère pas en recherche de soi-même dans l’autre, dans une tentative d’exercer un pouvoir, dans l’usure de la répétition. Dans des expressions comme celle-ci : « je te suis en esprit durant tout le jour ; je me dis : « il fait telle chose en ce moment ».Il me tarde bien d’être auprès de toi , mon cher Louis ; je t’aime de tout mon cœur, et je sens encore redoubler mon affection par la privation que j’éprouve de ta présence ; il me serait impossible de vivre éloignée de toi » ( Correspondance familiale 108) ; « Je suis toujours heureuse avec lui, il me rend la vie bien douce. C’est un saint homme que mon mari, j’en désire un pareil à toutes les femmes, voilà le souhait que je leur fais pour la nouvelle année », (Correspondance familiale 1) ce n’est pas de la mièvrerie, c’est l’expression de la solidité d’un amour sincère. Les différentes sensibilités, les nombreux détails de la vie conjugale, qui parfois progressivement engendre une distance et refroidissent l’intimité, ont été vécu par Louis et Zélie comme des occasions pour porter un regard chargé de sympathie et de tendre acceptation de leur propre différence, comme il apparaît dans ce texte : « quand tu recevras cette lettre, je serai occupée à t’arranger ton établi ; il ne faudra pas te fâcher, je ne perdrai rien, même pas un vieux carré, pas un bout de ressort, enfin, rien, et puis ce sera bien propre dessus et dessous ! Tu ne diras pas que « j’ai simplement déplacé la poussière », car il n’y en aura plus. (…) Ta femme, qui t’aime plus que sa vie » (Correspondance familiale 46).

La transmission de la vie : engendrer et éduquer Au début pour Zélie et Louis vivre le mariage et s’ouvrir à la vie ne fut pas facile. Ils ont dû comprendre qu’aimer Dieu de tout leur cœur passait par l’engagement de toute leur énergie dans le couple, de manière que le Père puisse prendre soin de sa création et continuer à édifier son Eglise comme famille des enfants de Dieu. Ce fut la sincérité de leur mutuelle recherche de la volonté de Dieu et la docilité aux conseils d’un prêtre qui les accompagnait, qui les a aidés à comprendre la beauté de la vocation matrimoniale, alors qu’il pensait vivre dans la continence. 9 enfants naquirent de leur union pleine de joie pour ces vies : « quand nous avons eu nos enfants, nos idées ont un peu changé ; nous ne vivions plus que pour eux, c’était tout notre bonheur, et nous ne l’avons jamais trouvé qu’en eux. Enfin, rien ne nous coûtait plus ; le monde ne nous était plus à charge. Pour moi, c’était la grande compensation, aussi, je désirais en avoir beaucoup, afin de les élever pour le ciel. Quatre d’entre eux sont déjà bien placés et les autres, oui, les autres iront aussi, dans ce royaume céleste, chargé de plus de mérites, puisqu’ils auront plus longtemps combattu »(Correspondance familiale 192). Dans ce texte apparaissent quelques-uns des aspects centraux de la manière de vivre la relation avec leurs enfants, qu’aujourd’hui les familles doivent redécouvrir : la naissance d’un enfant comme un cadeau, toujours – même quand sa vie est brève et pleine de travaux – parce qu’il vient de Dieu et qu’il va à Dieu. Éduquer signifie initier à la connaissance de la propre origine du bien, Le Père, enseigner à désirer le ciel et à vivre l’existence – les travaux, l’engagement, les souffrances – comme une préparation, quelque chose de précieux si on l’accueille avec confiance et amour comme un pas sur le chemin qui mène au but et la croissance de la valeur de la personne. Tout cela est convaincant et se transforme en une vérité qui façonne la conscience et donne des forces pour le chemin, quand les enfants peuvent voir et presque respirer dans la chair de leurs propres parents comme quelque chose qui donne sens au temps et aux activités. L’aspiration de Zélie à la sainteté, pour elle-même et pour les êtres qui lui sont chers, était constante, bien qu’elle connaisse ses propres limites et le temps perdu : « je veux devenir une sainte, ce ne sera pas facile, il y a bien 1 bûcher et le bois est dur comme 1 pierre. Il n’est mieux valu m’y prendre plutôt, pendant que c’était moins difficile, mais enfin « mieux vaut tard que jamais. » (Correspondance familiale 110). Elle écrit à son frère : « je vois avec plaisir que tu es bien considéré à Lisieux ; Tu vas devenir un homme de mérite, j’en suis très heureuse, mais je désire avant tout que tu sois un saint. » (Correspondance familiale 116). Même face à sa fille de caractère difficile, Léonie, qui au collège avait été appelée « une enfant terrible », alors avec la douloureuse conscience de ses limites – « la pauvre enfant est couverte de défauts comme d’un manteau. On ne sait par où la prendre. » (Correspondance familiale 185) – la confiance soutenue par la foi en la bonté de Dieu et l’abandon à son propre projet de salut ne lui manque pas : « le Bon Dieu est si miséricordieux que j’ai toujours espéré en lui et que j’espérerais toujours » (Ivi). Nous connaissons bien, par le testament de Sainte Thérèse, la grande intimité de Louis avec Dieu et de quelle manière cela se reflétait sur son visage : « parfois ses yeux se remplissaient de larmes qu’il s’efforçait en vain de retenir, il semblait déjà ne plus tenir à la terre, tant son âme aimait à se plonger dans les vérités éternelles » (Ms A 17v°) ; « la petite Reine était toute seule auprès de son Roi, n’ayant qu’à le regarder pour savoir comment prient les Saints » (Ms A 18). Au cours de sa maladie, dans les moments de pleine conscience, bien que se sentant humilié, Louis répétait : « tout pour la plus grande gloire de Dieu ! » Dans un climat de ce type, le spirituel est la substance de la vie et les choses s’illuminent dans la perspective de l’éternité, cela étant naturel. La famille peut récupérer ainsi sa caractéristique originale, pour le moins peu reconnu de nos jours, d’être « le premier lieu où on apprend à communiquer », comprenant « la communication comme découverte et construction de la proximité » (Message du Saint Père François à l’occasion de la 49e journée mondiale des communications sociales, 17 mai 2015).

Un couple sensible, accueillant et généreux L’attention à l’autre et la gratitude pourrait être comme chacun doit être, exercée dans la relation conjugale et qui se changent en souci pour la croissance morale et spirituelle des enfants, avait dans la famille Martin un important complément dans la charité généreuse, l’accueil des pauvres, l’attention à celui qui est dans la nécessité. L’amour de Dieu, quand il existe, est inséparable de l’amour du prochain, et de façon spéciale, il se tourne vers celui qui a besoin d’aide. Ils sont nombreux les épisodes dans lesquels apparaît avec clarté dans la vie de Zélie et Louis Martin la beauté de cette attention au prochain – en commençant par les ouvrières qui travaillaient à la fabrique de dentelles, et qu’elle traitait comme ses filles (cf. Correspondance familiale 29) – parce qu’elles sont la chair du Christ, ces personnes sont spécialement aimées par Dieu. (cf. Evangelii gaudium 24.178). C’est une attention à la personne tout entière, dans son corps et dans son âme, qui se change en justice rétributive, dans le fait de partager sa propre table, dans le souci de la recherche d’un lit pour le mendiant, dans la préoccupation pour réconforter avec la proximité sensible de Dieu au moment de la mort par la présence d’un prêtre, par une généreuse aide économique un frère en difficulté, dans le goût d’être au service de la joie des autres, en se solidarisant avec la souffrance de ceux qui ont souffert la perte d’un être cher, dans la visite aux malades.

L’attention aux pauvres des époux Martin fait parti d’un style de pauvreté qui marque dans l’esprit de leurs filles le sens concret de la présence de Jésus et de la vérité de son Évangile. Sa sobriété n’est pas pingrerie mais l’attitude qui contraste avec la tendance du cœur à se fermer dans l’avarice de son propre temps, de ses propres énergies, de ses propres ressources spirituelles et matérielles. La joie dans la pauvreté qui les rend riches en humanité qui s’alimente de l’expérience de tenir sa propre richesse dans l’accueil de la grâce du Christ, reconnaissant ses propres faiblesses et ses fautes, recevant la miséricorde de Dieu, pour vivre en union avec lui, solidaire avec les frères jusqu’à leur manifester toujours des sentiments de miséricorde : « mon Dieu, que c’est triste une maison sans religion ! Combien la mort y apparaît affreuse ! (…) j’espère que le bon Dieu va prendre cette pauvre femme en pitié ; elle a été si mal élevée qu’elle est bien excusable » (Correspondance familiale 145) ; ” prie beaucoup Saint-Joseph pour le père de la bonne qui est gravement malade, je regretterais beaucoup que ce brave homme meure sans confession » (Correspondance familiale 195) ; « j’ai eu tant de fatigues que j’en ai été malade à mon tour .(…) il fallait cependant que je reste debout une partie des nuits , à soigner la bonne » (Correspondance familiale 123) ; « j’ai tant tourmenté mon mari , qu’il s’est décidé à vendre une partie de son Crédit Foncier ,avec une perte de treize cents francs sur onze mille francs qu’il a rapportés. Si mon frère a besoin d’argent , qu’il m’en demande de suite et qu’il me dise s’il faut vendre le reste , cela déplait à Louis de perdre autant » (Correspondance familiale 68) ; « je l’ai prié de venir ici toutes les fois qu’il aurait besoin de quelque chose, mais jamais il n’est venu. Finalement, au commencement de l’hiver, ton père le rencontre un dimanche qu’il faisait très froid : il avait les pieds nus et grelottait. Pris de pitié pour cet infortuné, il a commencé toutes sortes de démarches pour le faire entrer à l’Hospice. (…) Ton père ne s’est pas tenu pour battu : il avait cette cause à cœur et il a dressé de nouveau toutes ses batteries pour le faire entrer aux Incurables » (Correspondance familiale 175).

La source de la sainteté de leur vie Dans l’homélie de la veillée de prière pour le Synode de la Famille célébré sur la place Saint-Pierre le 3 octobre dernier, le Pape François dit : : « Pour comprendre aujourd’hui la famille, entrons nous aussi – comme Charles de Foucauld – dans le mystère de la Famille de Nazareth, dans sa vie cachée, ordinaire et commune, comme celle du plus grand nombre de nos familles, avec leurs peines et leurs joies simples ; vie tissée de patience sereine dans les contrariétés, de respect pour la condition de chacun, de cette humilité qui libère et fleurit dans le service ; vie de fraternité qui surgit du fait de se sentir partie d’un unique corps. La famille est le lieu d’une sainteté évangélique, réalisée dans les conditions les plus ordinaires. Il s’y respire la mémoire des générations et s’y enfoncent des racines qui permettent d’aller loin. C’est le lieu du discernement, où on s’éduque à reconnaître le dessein de Dieu sur sa propre vie et à l’embrasser avec confiance. C’est un lieu de gratuité, de présence discrète, fraternelle et solidaire, qui apprend à sortir de soi-même pour accueillir l’autre, pour pardonner et être pardonnés. » Cette description nous donne le moyen dont la famille Martin peut nous être contemporaine. Sa canonisation montre à toutes les familles, en premier lieu aux familles chrétiennes la beauté extraordinaire des choses ordinaires, quand sa propre histoire se reçoit des mains de Dieu et lorsque nous la lui offrant avec la sereine certitude que « le plus sage et le plus simple, dans tout cela, est de se résigner la volonté de Dieu et de se préparer d’avance à porter sa croix le plus courageusement possible »( Correspondance familiale 51) se disposant à « accepter généreusement la volonté du Bon Dieu , quelle qu’elle soit , car ce sera toujours ce qu’il peut y avoir de meilleur pour nous . » (Correspondance familiale 204). La paix intérieure, la confiance tenace à l’heure d’assumer positivement les défis de la vie nous met devant la capacité de vivre les relations avec générosité mettant au centre l’autre dans son unicité, tout cela caractérise l’expérience matrimoniale de Louis et Zélie et leurs relations avec leurs enfants, ne sont pas le fruit de grâces spéciales ou d’expérience mystique. Ils avancent très bien, prenant au sérieux la volonté de Dieu se mettant sereinement en cause et vivant en profondeur la vie de l’Eglise, recevant journellement la grâce du sacrement eucharistique et renforçant leur union avec Jésus dans l’adoration de son amour fidèle et offert constamment dans l’hostie consacrée, priant personnellement et en tant que famille réunie autour de la Sainte vierge Marie, participant à l’activité caritative de la paroisse avec une joyeuse disponibilité en ayant beaucoup d’engagements. Et au milieu de tout cela avoir toujours le temps pour écouter leurs filles, disposés à les corriger avec fermeté et douceur, leur racontant la vie de Jésus s’occuper de leur intériorité en faisant un espace à Dieu avec une disposition de confiant abandon à sa présence mystérieuse et concrète. Se sentir regardés avec une étonnante stupeur et respectée dans leur propre individualité unique, reconnus comme un bien inconditionnel, même quand leur propre condition sera source de souffrance, c’est un patrimoine de bien-être et de positivité impayable et indestructible pour la personne qui le reçoit. C’est l’expérience humaine qui s’approche le plus du regard de Dieu et qui pour cela ouvre la porte du cœur et lui permet de parcourir les chemins de la sainteté, comme l’histoire de cette famille le montre clairement. La recherche assidue de l’intimité avec le Seigneur et avec Marie, vécue de manière exemplaire par Louis et Zélie, c’est le message le plus précieux laissé en héritage à leurs propres enfants et à nous-mêmes, fils de sainte Thérèse. Au cours de leur canonisation nous pouvons faire nôtre l’invitation adressée au Carmel Thérésien d’être plus famille, de découvrir la beauté et l’importance de nos responsabilités quotidiennes, en apprenant humblement des familles qui vivent l’engagement de leur propre vocation et mission. Cela nous encourage extraordinairement de constater que véritablement « d’un oui prononcé avec foi naissent des conséquences qui vont plus loin que nous-mêmes et qui s’étendent au monde entier ». En regardant les époux Martin et les fruits visibles de sainteté de leur façon d’ être un seul cœur et une seule âme, nous nous rendons compte qu’en apprenant à communiquer, nous arrivons à être « une communauté qui sait accompagner, faire la fête, et donner du fruit », et nous comprenons que « la famille la plus belle engagée et sans problème, est celle qui sait communiquer, en partant du témoignage, la beauté et la richesse de la relation entre hommes et femmes , et ainsi de celle qui se donne entre les parents et les enfants » (message du Saint Père François pour la 49e journée mondiale des communications sociales, 17 mai 2015).

Mon désir est que, à partir de la grâce que nous recevons à travers cette canonisation, nous nous engagions à connaître de près aussi à travers la lecture de leur correspondance, le témoignage de ce couple et que nous rejoignions de manière créative le chemin que l’Eglise est en train de tracer, nous invitant à redécouvrir la famille comme sujet incontournable pour l’évangélisation et comme école d’humanité.

Père Saverio Cannistrà, OCD Préposé général

Louis et Zélie Martin une vie exemplaire

Qu’est-ce qu’être vénérable ?

Une personne décédée, en ayant une réputation de sainteté, sera dite vénérable lorsque « l’héroïcité des vertus » de la personne a été reconnue par l’Église catholique. Ce « décret d’héroïcité des vertus » est rendu à la suite de l’enquête diocésaine (officiellement déclarée achevée et transmise à Rome à la suite des recherches historiques publiées dans une « Positio ») et après étude par la Congrégation pour les causes des saints.

« L’héroïcité des vertus » désigne les efforts réalisés par la personne en vue de devenir meilleure, d’accueillir la grâce de Dieu, de pratiquer la charité, de se conformer à l’évangile et d’être fidèle à l’Église. Ce critère est bien plus important que les faits extraordinaires, voire miraculeux, réalisés au cours de la vie du chrétien dont la cause est introduite.

Au moins un miracle sera nécessaire pour continuer la procédure jusqu’à la béatification.

Pour Louis et Zélie Martin :

Le 26 mars 1994, Jean-Paul II proclamait les vertus héroïques de Louis Martin et Zélie Guérin et les déclarait Vénérables.

Ceci finalisait la première étape de leur procès en vue de leur canonisation. Par cette déclaration, les défunts Louis Martin et Zélie Guérin étaient reconnus dignes de recevoir une vénération locale.

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Comment en sont-ils arrivés là ?

L’histoire nous le raconte…

Le 10 octobre 1894, après la mort de Louis Martin, sur l’initiative de son beau-frère Isidore Guérin, les restes mortels de Zélie Guérin furent transférés du cimetière d’Alençon à celui de Lisieux.

Dès la publication de l’ « Histoire d’une âme » en 1898, Louis et Zélie Martin furent indirectement connus, étant dans l’ombre de la petite sainte Thérèse. Nul doute que leur sainteté a guidé, éduqué et modelé les premiers pas de leur plus jeune fille dans sa vie chrétienne.

Si bien qu’au cours du procès de canonisation de Thérèse, les Papes Pie X le 10 juin 1914, Benoît XV le 14 août 1921, Pie XI le 29 avril 1923 et le 17 mai 1925, à tour de rôle, rendirent publiquement hommage au climat familial des époux Martin, source de sainteté pour leurs filles, en particulier pour Thérèse.

A la canonisation de Thérèse en 1925, le Cardinal Antonio Vico qui présidait à Lisieux les fêtes solennelles en l’honneur de sainte Thérèse, s’exclama : « Eh bien ! maintenant, il faut demander à Rome de s’occuper du papa ! »

Suivit la publication des lettres de Zélie Martin en 1941, de l’Histoire d’une famille en 1946 et des souvenirs filiaux de Céline sur son père et sa mère. Ces publications contribuèrent à accroître la notoriété mondiale des époux Martin et à développer une dévotion à leur égard, si bien que se multiplièrent les demandes d’ouverture d’un procès de béatification.

Ce qui ne tarda pas à arriver… Le 22 mars 1957, ouverture du procès informatif de Louis Martin dans le diocèse de Bayeux-Lisieux ; le 10 octobre 1957, ouverture de celui de Zélie Martin dans le diocèse de Sées.

Dans le cadre de la clôture de ces deux procès, le 13 octobre 1958 on procèda au transfert des restes de Louis et Zélie Martin depuis le cimetière de Lisieux jusqu’aux deux tombes distinctes à l’arrière de la Basilique.

En 1971, pour la première fois dans l’histoire de l’Eglise, à la demande du Pape Paul VI, les deux causes de Louis et Zélie Martin ont alors été réunies en vue d’une procédure unique qui, depuis la béatification du 13 juillet 2008, a suivi son cours jusqu’à la canonisation.

Louis et Zélie Martin, « un don » pour les parents, les époux, les veufs et les malades

L’Eglise, en inscrivant les bienheureux Louis et Zélie Martin au Livre des Saints, établit qu’ils soient honorés avec piété et dévotion parmi les Saints dans l’Eglise universelle.

Après avoir prié Thérèse, beaucoup de pèlerins se tournent vers ses saints parents pour présenter au Seigneur ce qu’ils vivent.

Pour vous recueillir devant leurs reliques, la chasse des époux Martin (où leurs corps sont conservés) se trouve à la Basilique Inférieure. LZPh ReliqCrypteR250

Les saints Louis Martin (22/08/1823 - 29/07/1894) et Zélie Martin (23/12/1831 - 28/08/1877) , époux et parents, ont été canonisés à Rome, Le 18 octobre 2015.

Témoignage recueilli au Sanctuaire

Un moment fort pour moi a été la reconnaissance par l’Eglise de la sainteté des époux Martin. A travers eux, je comprends que l’amour conjugal et filial sont une expression de vertus héroïques.
Ainsi ces dernières années, je me suis sentie plus proche de Louis et de Zélie car je souhaite fonder une famille. Leur exemple de vie me touche particulièrement : l’amour conjugal visible dans les lettres où ils parlent l’un de l’autre, ou encore l’éducation donnée à leurs enfants, à la fois stricte et affectueuse.
Ils ont appris à leurs filles le respect de l’autre, l’attention, la charité envers les plus nécessiteux.

Qui sont Louis et Zélie avant leur mariage ?

Louis Martin est né à Bordeaux le 22 août 1823. Membre d’une fratrie de cinq enfants, il grandit au sein de différentes garnisons avant que sa famille ne s’installe définitivement à Alençon. Louis Martin souhaitait consacrer sa vie à Dieu au monastère du Grand-Saint-Bernard, mais son niveau insuffisant de latin l’oblige à abandonner la poursuite de ce projet. Il ouvre en 1850 une horlogerie-bijouterie. Sa foi reste cependant vive. Il prend ainsi part au cercle Vital Romet qui réunit de jeunes adultes chrétiens autour de l’abbé Hurel. Grâce à l’intermédiaire de sa mère, il rencontre Zélie Guérin qu’il épouse quelques mois plus tard, en juillet 1858.

Zélie Guérin est née le 23 décembre 1831 à Gandelain, près de Saint-Denis-sur-Sarthon dans l’Orne où son père était enrôlé dans la gendarmerie. Sa sœur ainée devient religieuse. Elle a un frère de 10 ans son cadet. Elle se sent elle aussi appelée à la vie religieuse et souhaite entrer à l’Hôtel-Dieu d’Alençon où sa famille s’est installée en 1844, mais la mère supérieure le lui refuse. Zélie s’initiera alors au célèbre point d’Alençon et ouvre sa fabrique de dentelle en 1853. Son entreprise, une véritable famille, est prospère lorsqu’elle rencontre Louis Martin.

Le mariage un chemin de sainteté radical

Devenir saint, quel que soit notre état de vie, c’est permettre à Dieu de mener à son accomplissement l’œuvre inaugurée par la création. Le saint est donc celui qui reçoit l’amour de Dieu, se laisse modeler par lui, et le rayonne à travers sa vie.

Les époux Martin, un foyer missionnaire

C’est remplis d’attention et de respect mutuel, dans une communion de valeurs, que les époux vivent leur relation. Et c’est bien du fait de l’existence de valeurs partagées et de désirs spirituels communs que Louis et Zélie Martin vont tout d’abord s’engager comme frère et soeur ; puis ils vont évoluer vers le projet de fonder effectivement une famille.
Le cœur des époux s’est désormais élargi, la fécondité effective a renforcé et purifié l’unité conjugale, et ainsi l’amour familial se vit dans un service bien réel et concret au profit de toute la famille. Pour Zélie, ce fut le travail quotidien dans les tâches ménagères et son artisanat du point d’Alençon. La fabrique de dentelles est un succès, mais aussi une charge colossale pour la jeune femme qui veut aussi élever ses enfants. A partir de 1870, Louis ayant vendu la bijouterie, aide sa femme dans les relations aux clients.

De 1860 à 1873, neuf enfants, dont quatre mourront en bas âge, naîtront au foyer des Martin. La dernière sera sainte Thérèse de Lisieux de l’Enfant-Jésus. Une foi profonde anime leur famille. Une grande affection lie les deux époux comme en témoigne les lettres de Zélie Martin à son mari.

À la mort de Zélie Martin le 28 août 1877 des suites d’une longue maladie, Louis s’installe dans la ville de sa belle-famille à Lisieux. Il s’occupera de poursuivre l’éducation de ses cinq filles. Dix ans plus tard, après l’entrée de Thérèse au carmel, Louis sera interné au Bon-Sauveur de Caen. Lui-même malade, il s’occupera dès qu’il le peut des autres patients qui l’entourent. Il meurt le 29 juillet 1894, à 71 ans.

Louis Martin dans l’une de ses lettres s’exprime ainsi :

« Je tiens à vous dire, mes chères enfants, que je suis pressé de remercier le bon Dieu, car je le sens, notre famille, quoique très humble, a l’honneur d’être au nombre des privilégiés de notre adorable créateur. »

Spectacle pyrotechnique Basilique Lisieux 2015

Leur 150e anniversaire de mariage

Lisieux, le 13 juillet 2008

Le couple Martin : une auréole pour deux

Les travaux concernant une possible béatification de Louis et Zélie Martin datent de 1957.

Mais il y avait longtemps que des couples et des familles les priaient et avaient reçu d’eux des faveurs. Evidemment, ils ne sont pas béatifiés parce qu’ils ont engendré « la plus grande sainte des temps modernes » (Pie X) mais parce que chacun a vécu l’Evangile aussi pleinement que possible. C’est le pape Jean-Paul II qui a voulu que leurs causes soient unies. Il les a déclarés « vénérables » le 26 mars 1994. Il ne manquait qu’un miracle pour leur béatification. Il a eu lieu le 29 juin 2002, à Monza (diocèse de Milan) où le petit bébé Pietro Schiliro, condamné à mort dès sa naissance vu l’état de ses poumons, a été guéri après des neuvaines aux parents Martin. Un dossier médical de 967 pages a été soumis aux médecins de la Congrégation pour la cause des Saints qui ont admis que cette guérison ne s’expliquait pas, hors d’un miracle. Le 3 juillet 2008, le pape Benoît XVI a signé le rescrit(1) approuvant cette décision.

Dans la petite ville d’Alençon, Louis Martin était horloger-bijoutier et Zélie (née Guérin) dentellière, faisait le célèbre point d’Alençon. Fervents chrétiens, d’une charité concrète et effective, ils eurent neuf enfants. La mortalité infantile, terrible fin XIXe siècle, en emporta quatre, dont deux petits garçons. Voulant doter les cinq filles restantes et ne pas mettre des ouvrières au chômage, ils travaillèrent dur, traversant l’occupation prussienne de la guerre de 1870.

Atteinte d’un cancer du sein qui se généralisa, Zélie eut « la petite Thérèse » à 41 ans, qui fut sauvée à la naissance grâce à la nourrice Rose Taillé de Semallé. Thérèse ne connut sa maman que pendant quatre ans et demi. Elle se souvint de ces années pleines d’amour et de joies familiales.

Epuisée par la fatigue et les souffrances de la maladie, Zélie mourut le 28 août 1877. Le choc fut terrible pour tous mais spécialement pour la petite dernière. Elle mettra dix ans à s’en remettre.

Veuf avec cinq filles mineures, Louis Martin fit le gros sacrifice de quitter ses attaches alençonnaises et vint à Lisieux où son beau-frère Isidore Guérin, pharmacien, et sa femme aideront à l’éducation des enfants. Lui-même vivra encore dix-sept ans et connaîtra aussi une « passion » lors de la maladie qui dura quelques six ans.

Il avait consenti aux vocations religieuses de ses cinq filles ; cette famille « ordinaire » ne l’était pas tellement. Elle avait vécu ce que Thérèse écrira en 1897 : « Aimer c’est tout donner et se donner soi-même » (Poésie n° 54).


(1) Rescrit : acte administratif délivré par l’autorité ecclésiastique

Le charme humain de la sainteté chrétienne

Alençon et Lisieux, 12-13 juillet 2008
150e anniversaire de mariage
des Vénérables Serviteurs de Dieu, Louis et Zélie Martin

Cardinal MartinsCéline… « lève les yeux vers la Céleste Patrie, Et tu verras sur des sièges d’honneur Un Père aimé… Une Mère chérie… Auxquels tu dois ton immense bonheur ! … »

Très chers frères et soeurs,

J’ai voulu commencer cette réflexion avec les mots mêmes de Thérèse, décrivant l’atmosphère familiale dans laquelle elle a grandi.

La famille, du XIXe siècle à aujourd’hui

Quand le ciel se vide de Dieu, la terre se peuple d’idoles. Déjà au XIXe siècle, celui des Martin, et au début du XXe siècle, on s’est progressivement désintéressé du domaine de l’éducation au sein de la famille, au profit du champ socio-économique. Charles Péguy, né cinq jours après sainte Thérèse, le soulignait, presque prophétiquement : « Un enfant chrétien, écrit-il en effet, dans une de ses œuvres, n’est rien d’autre qu’un enfant auquel on a mis sous les yeux des milliers de fois l’enfance de Jésus ». Dans les rythmes et dans les mots quotidiens on trouve encore des réflexes inconscients de ce peuple chrétien « qui allaient et chantaient » et qui « rempaillaient les chaises dans le même état d’esprit qu’ils sculptaient leurs cathédrales » Pourtant on ne peut pas dire que le petit Charles entre dans la description de l’enfant chrétien chère au Péguy adulte. Autour de lui, dans le milieu familial et scolaire de son enfance, personne ne vit ainsi, le regard familièrement et affectueusement tourné vers Jésus. Mais, pour la famille Martin, c’est le cas.

Ce refus de la paternité se poursuit au XXe siècle de façon plus complexe, essentiellement dans l’adhésion aux modèles des grands totalitarismes, lesquels entendaient se substituer à la famille, en confiant l’éducation à l’État totalitaire, communiste ou national-socialiste. Cette abdication, cette éclipse de la figure du père, se prolonge dans la société de consommation, où le carriérisme et l’image ont pris la place à l’éducation des enfants. L’éducation est une question de témoignage.

Sans longs discours, sans sermons Monsieur Martin a introduit Thérèse au sens ultime de l’existence. Louis et Zélie ont été éducateurs parce qu’ils n’avaient pas le problème d’éduquer.

La famille aujourd’hui : L’amour malade en famille

Au début de l’année, un quotidien italien (« Il Mattino di Napoli » [Le matin de Naples] du lundi 14 janvier 2008) publiait un article de Claude Risé, sous ce titre significatif : « L’amour est tombé malade dans la famille ».

Est tombé malade l’amour, en particulier est tombé malade le lieu où chaque être humain expérimente pour la première fois l’amour, être aimé et aimer les autres […]. Dans la famille actuelle, les enfants, plutôt que d’être l’objet de l’amour des parents, se trouvent en concurrence avec beaucoup d’autres choses.

Une famille exceptionnelle : le témoignage des filles Martin

Voilà le témoignage des filles Martin.

« Toute ma vie le bon Dieu s’est plu à m’entourer d’amour, mes premiers souvenirs sont empreints des sourires et des caresses les plus tendres ! » (Ms A, 4 v°) : voilà le portrait le plus vivant des Vénérables Serviteurs de Dieu Louis Martin et Zélie Guérin, tracé par la plus illustre de leurs filles. Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus de la Sainte Face, dans les premières pages d’Histoire d’une âme, décrit la douceur et la joie de sa vie familiale. Thérèse, le plus jeune Docteur de l’Église, a perçu sa famille comme la terre d’un jardin, « une terre sainte » où elle a grandi avec ses soeurs, sous la houlette habile et experte de ses incomparables parents.

« Le bon Dieu - écrit-elle à l’abbé Bellière quelques mois avant sa mort - m’a donné un père et une mère plus dignes du Ciel que de la terre ». Cette conviction profonde des filles Martin de la sainteté de leurs parents était partagée par les membres de leur famille comme aussi par de simples personnes qui en parlaient comme d’un couple saint.

Quatorze ans après la mort de Zélie, dans une lettre de 1891 (mille huit cent quatre-vingt onze), la tante Céline Guérin écrivait à Thérèse, déjà au Carmel : « Qu’ai-je donc fait pour que Dieu m’ait entourée de cœurs si aimants ! Je n’ai fait que répondre au dernier regard d’une mère que j’aimais beaucoup, beaucoup. J’ai cru le comprendre ce regard, que rien ne pourra me faire oublier. Il est gravé dans mon cœur. Depuis ce jour, j’ai cherché à remplacer celle que Dieu vous avait ravie, mais hélas ! rien ne remplace une Mère !… Ah ! c’est que tes Parents, ma petite Thérèse, sont de ceux qu’on peut appeler des saints et qui méritent d’enfanter des saints« Léonie, elle-même, qui créa tant de difficulté à ses parents, répétait à ses Sœurs de la Visitation de Caen : » Noblesse oblige ; j’appartiens à une famille de saints ; je dois être à la hauteur. « Les Martin ne sont pas saints pour avoir mis au monde une sainte, mais pour avoir aspiré à la sainteté en tant que couple. Ils étaient animés d’un désir réciproque, il y avait chez tous les deux la volonté de rechercher, dans l’état de vie qu’ils avaient embrassé, la volonté de Dieu et l’obéissance à son commandement : » Soyez saints car je suis saint « . Louis et Zélie Martin ont été l’humus, la terre féconde, où Thérèse est née et a vécu durant quinze ans, avant de devenir »la plus grande sainte des temps modernes ».(Pie X)

Leur secret : une vie ordinaire « extraordinaire »

Louis et Zélie sont un exemple lumineux de vie conjugale vécue dans la fidélité, dans l’accueil de la vie et dans l’éducation des enfants. Un mariage chrétien vécu dans la confiance absolue en Dieu et qui peut être proposé aux familles d’aujourd’hui. Leur vie matrimoniale a été exemplaire, remplie des vertus chrétiennes et de sagesse humaine. Exemplaire ne signifie pas que nous devons calquer, photocopier leur vie en reproduisant tous leurs faits et gestes, mais que nous devons utiliser comme eux, les moyens surnaturels que l’Église offre à chaque chrétien pour réaliser sa vocation à la sainteté. La Providence a voulu que leur Béatification soit annoncée dans le cadre des célébrations du cent cinquantième (150°) anniversaire de leur mariage, treize (13) Juillet mille huit cent cinquante huit (1858).

Pourquoi après tant de temps ? Une telle famille n’est-elle pas loin de notre époque ?

En quoi sont-ils actuels, ces parents Martin ? Peuvent-ils aider nos familles à affronter les défis d’aujourd’hui ?

Je suis sûr qu’un vaste débat va s’ouvrir autour de ce couple et lors de leur prochaine Béatification. Conférences, débats, tables rondes chercheront à déterminer l’actualité de leur expérience avec notre histoire si complexe. Une chose doit cependant être claire : l’Église n’a pas canonisé une époque, mais elle a examiné la sainteté. Avec les Martin, l’Église propose aux fidèles la sainteté et la perfection de la vie chrétienne, que ce couple d’époux a atteint de façon exemplaire et, pour utiliser le langage des Procès, jusqu’à un degré héroïque. L’Église ne s’intéresse pas à l’exceptionnel, mais a souligné comment, dans le quotidien de leur vie, ils ont été le sel de la terre et la lumière du monde (Matthieu 5.13-14). Le Serviteur de Dieu Jean-Paul II affirmait : Il est nécessaire que l’héroïque devienne quotidien et que le quotidien devienne héroïque. L’Église a établi que Louis et Zélie ont fait de leur vie quotidienne quelque chose d’héroïque, et de l’héroïsme quelque chose de quotidien. Cela est possible pour chaque chrétien quel que soit son état de vie. Il me plaît de citer ici un passage de la célèbre Lettre à Diognète sur le mariage chrétien et que les époux Martin ont su parfaitement incarner :

Les chrétiens ne se distinguent des autres hommes ni par le territoire, ni par la langue, ni par le vêtement. (…) Ils se marient comme les autres et ils ont des enfants, mais ils n’abandonnent pas les nouveau-nés. Ils vivent dans la chair, mais pas selon la chair. Ils passent leur vie sur la terre, mais ils sont citoyens du ciel. Ils obéissent aux lois établies, mais leur façon de vivre dépasse les lois.

Cette lettre trace un modèle concret de vie possible, une route que tout disciple de Jésus est appelé à parcourir, même aujourd’hui : annoncer la beauté du mariage chrétien avec ses expériences authentiques, crédibles, attrayantes. Pour réaliser ceci il faut des époux et des parents mûrs dans l’amour. Louis et Zélie ont embrassé la forme de vie conjugale pour suivre Christ. Époux, conjoints et parents en Christ où le mariage est accueilli comme un appel et une mission donnés par Dieu. Avec leur vie, ils ont annoncé à tous la bonne nouvelle de l’amour « en Christ » : l’amour humble, l’amour qui n’épargne rien pour recommencer chaque matin, l’amour capable de confiance, de sacrifice. Cette communion émerge clairement dans les lettres échangées entre les deux époux.

Dans une de ces brèves lettres, qui est presque une synthèse de l’amour matrimonial, Louis signe ainsi : Ton mari et vrai ami, qui t’aime pour la vie. À ces mots, lui font écho ceux de Zélie : « Je te suis en esprit toute la journée ; je me dis : » Il fait telle chose en ce moment « . Il me tarde bien d’être auprès de toi, mon cher Louis ; je t’aime de tout mon cœur, et je sens encore redoubler mon affection par la privation que j’éprouve de ta présence ; il me serait impossible de vivre éloignée de toi. »

Quel est le secret de cette communion ? Peut-être, le fait que, avant de se regarder réciproquement dans les yeux, ils tenaient leur regard fixé sur Celui de Jésus. Ils vivaient sacramentellement la communion réciproque, à travers la Communion que tous deux cultivaient avec Dieu. C’est là le nouveau « Cantique des Cantiques », propre aux conjoints chrétiens : non seulement ils doivent le chanter, mais eux seuls peuvent le chanter. L’amour chrétien est un « Cantique des Cantiques » que le couple chante avec Dieu.

La vocation en famille

La vocation est avant tout une initiative divine. Mais une éducation chrétienne favorise la réponse généreuse à l’appel de Dieu : C’est au sein de la famille que les parents doivent être pour leurs enfants, par leurs paroles et leur exemple, les premiers annonciateurs de la foi, et qu’ils doivent favoriser la vocation de chacun, et de façon spéciale, la vocation consacrée (CCC, 1656). Ainsi, si les parents ne vivent pas les valeurs évangéliques, les jeunes hommes et les jeunes filles pourront difficilement entendre l’appel, comprendre la nécessité des sacrifices à faire ou apprécier la beauté du but à atteindre. En effet, c’est dans la famille que les jeunes font leur première expérience des valeurs évangéliques, de l’amour qui se donne à Dieu et aux autres. Il faut même qu’ils soient formés à se rendre responsable de leur liberté, pour être prêts à vivre, selon leur vocation, les réalités spirituelles les plus élevées (Jean-Paul II : Vie consacrée).

Tous les enfants Martin ont été accueillis comme un grand don de Dieu pour être ensuite rendus à Dieu. La maman, le cœur déchiré de douleur, a offert ses quatre enfants morts en bas âge. Le papa a offert ses cinq filles, à leur entrée au couvent. Pour leurs enfants, ils n’ont pas seulement souffert les douleurs de l’accouchement physique, mais aussi les douleurs d’engendrer en eux la foi jusqu’à ce que le Christ soit formé en eux (Galates 4, 19).

Ils ont été vrais ministres de la vie et parents saints qui ont engendré des saints ; ils ont guidé et éduqué à la sainteté. La famille Martin, comme la famille de Nazareth, a été une école, un lieu d’apprentissage et un lieu d’entraînement à la vertu. Une famille qui d’aujourd’hui va devenir un point de repère pour chaque famille chrétienne.

Les parents Martin : un parcours de sainteté qui transmet la foi

Alençon et Lisieux, 12-13 juillet 2008,
150e anniversaire de mariage
des vénérables époux, Louis et Zélie Martin

« Noces de granit »

C’est pour moi une grande émotion et une grâce de Dieu d’être aujourd’hui avec vous en ce lieu. L’église Notre-Dame d’Alençon, avec son porche gothique flamboyant, est un vrai bijou ou, comme vous le dites vous-même, une vraie dentelle, le point d’Alençon en pierre ; on m’a dit que « si on veut mettre Dieu au plus bel endroit de l’Eglise, il faut le mettre à la porte ! »

Je remercie pour l’attention délicate avec laquelle j’ai été invité ce 12 juillet à faire mémoire, avec vous tous, du 150e anniversaire du mariage des Vénérables Serviteurs de Dieu, Zélie Guérin et Louis Martin. Mariage et vie, dirais-je, réalisés avec une rare maîtrise, par le véritable Architecte de ce chef d’œuvre magnifique : les époux Louis et Zélie Martin sont des pierres choisies, « pierres précieuses et vivantes, sculptées par l’Esprit Saint », telle une très fine dentelle de point d’Alençon pour l’Eglise de Dieu que sont les diocèses de Sées et de Bayeux et Lisieux où ils vécurent et moururent.

Noces d’or dans le Christ, même, trois fois d’or, si on peut dire, puisqu’elles durent depuis 150 ans. Je pense qu’il faut justifier le terme de : « noces de granit » comme votre évêque Mgr Jean-Claude Boulanger les a caractérisées sur le site web du diocèse. Quand on voit les maisons du centre historique de votre belle et célèbre cité - que je peux admirer -, je trouve tout à fait adéquate l’image du granit pour caractériser la solidité et la simplicité de l’amour et de la foi des époux Martin.

Permettez-moi de vous rapporter les paroles d’un contemporain de leur fille Thérèse, Paul Claudel (1868-1955) qui, dans le Prologue de l’Annonce faite à Marie, écrit : « Ce n’est pas à la pierre de choisir sa place, mais au Maître de l’Œuvre qui l’a choisie… La Sainteté n’est pas d’aller se faire lapider chez les Turcs ou de baiser un lépreux sur la bouche, mais de faire le commandement de Dieu aussitôt, qu’il soit de rester à notre place, ou de monter plus haut ».

Les Martin sont des saints choisis par Dieu pour être de ces saints-là, engagés dans la construction de Son Eglise. C’est en cela, justement, que réside la sainteté : s’empresser de faire la volonté de Dieu là où Il nous a placés, il s’agit de « rester à notre place, ou de monter plus haut »

Dieu est le « Trois fois saint », Dieu est ce « Père vraiment saint, source de toute sainteté », qui « sanctifie » les dons et les fidèles « par l’effusion de son Esprit »(1) . La sainteté, toute sainteté, n’est donc que le reflet de sa gloire. L’Eglise, en élevant quelqu’un aux honneurs des autels, veut d’abord raconter et proclamer la gloire et la miséricorde de Dieu. En même temps, par son témoignage, elle offre aux croyants un exemple à imiter et, par son intercession, une aide à laquelle recourir.

Précisément ce 12 juillet, en 1858 à 22 heures, les vénérables serviteurs de Dieu, Zélie Guérin et Louis Martin ont contracté un mariage civil. Deux heures plus tard, à minuit, accueillis par l’abbé Hurel, un prêtre ami, ils ont franchi le seuil de cette église paroissiale pour célébrer leurs noces dans le Christ ; cela dans la plus stricte intimité, entourés de quelques parents et amis proches. La nuit de leurs noces rappelle la nuit de Noël et celle de Pâques, la nuit qui « seule entre toutes » a mérité de connaître le moment et l’heure de l’événement qui a bouleversé l’histoire de l’humanité. Ainsi a commencé leur « Cantique des Cantiques ».

Un couple apostolique

Thérèse, devenue carmélite, invitait sa sœur Céline à exprimer un chant d’action de grâce à Jésus à l’occasion de sa prise d’habit : « Lève les yeux vers la Sainte Patrie
Et tu verras sur des trônes d’honneur
Un Père aimé… une Mère chérie…
Auxquels tu dois ton immense bonheur !… » (PN 16,1)

Les vénérables Serviteurs de Dieu Zélie et Louis, que le pape aura la joie d’élever aux honneurs des autels, ont été avant tout un couple uni dans le Christ, qui a vécu sa mission dans la transmission de la foi avec passion et avec un rare sens du devoir. Ils ont vécu à un moment particulier de l’histoire, ce XIXe siècle très différent du nôtre, et cependant, ils ont témoigné et se sont engagés de façon tout à fait naturelle, je dirai même de façon physiologique, dans ce que nous appelons aujourd’hui l’évangélisation.

Nous pouvons à juste titre les définir comme un « couple apostolique » tel Priscille et Aquila : les époux Louis et Zélie se sont engagés comme couple chrétien laïque dans l’apostolat d’évangélisation, et ils l’ont fait, de façon sérieuse et convaincue durant toute leur existence, au sein de leur famille comme à l’extérieur.

Le « don de soi » est tout à fait remarquable dans la vie de ces « incomparables parents »(2) selon l’expression même de sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus de la Sainte Face. Mais la sainteté de leur vie, comme leur réputation de sainteté, ne se limite pas à la période conjugale. Elle est déjà présente auparavant. Leur vie à tous deux s’est développée dans la recherche de Dieu, dans la prière, animée par le profond désir de réaliser surtout Sa volonté. Ils s’étaient orientés, au départ, vers une vie religieuse consacrée. Ils se sont fait aider dans leur discernement.

On n’en finirait pas d’être édifié par les récits des nombreux actes de charité manifestés dans vos rues par les époux Martin. Plusieurs Alençonnais, des membres de la famille Martin comme de leurs amis ont été les témoins directs de leur « don de soi ». Ils ont déposé aux différents Procès informatifs, d’abord pour la cause de Thérèse et, plus tard, pour celle de ses parents, procès qui ont pour but de vérifier les critères de sainteté dans l’Eglise. Dans les témoignages recueillis pour la cause de Thérèse, de nombreuses personnes ont parlé de ses parents et de leurs qualités éminemment chrétiennes.

Il suffit de lire Histoire d’une âme et de se promener dans les rues de votre ville pour découvrir les lieux où Louis et Zélie ont grandi, ont reçu leur formation humaine et chrétienne et ont travaillé : rue Saint-Blaise pour Zélie, comme dentellière (et quelle dentellière !) ; rue du Pont-Neuf pour Louis, comme horloger-bijoutier. C’est là qu’ils ont approfondi leur foi et pensé à se donner au Seigneur. Dieu toutefois avait d’autres projets sur eux et, un jour, sur le pont Saint-Léonard, ils se sont croisés, se sont connus et se sont aimés. Puis ils se sont mariés et sont devenus parents. C’est précisément ici, dans cette église, que Thérèse, leur dernière fille, est re-née au Christ. Les fonts baptismaux sont encore les mêmes ; ils représentent le sein de l’Eglise, Mère et éducatrice de saints, sein unique qui nous fait tous fils de l’Unique Père, matrice unique de la sainteté.

Elles sont proverbiales, l’ouverture et la capacité d’accueil de la famille Martin : non seulement la maison est ouverte et accueillante pour quiconque frappe à la porte, mais le cœur de ces époux est chaleureux, large et prêt au « don de soi ». Contrairement à l’esprit bourgeois de leur temps et de leur entourage, qui cachait derrière un certain decorum la religion de l’argent et le mépris des pauvres, Louis et Zélie, avec leurs cinq filles, passaient une bonne partie de leur temps et de leur argent à aider celui qui était dans le besoin.

Au procès de ses parents, Céline Martin, au Carmel Sœur Geneviève, témoigna de l’amour de son père et de sa mère pour les pauvres : « Si au foyer régnait l’économie, c’était de la prodigalité quand il s’agissait de secourir les pauvres. On allait au devant d’eux, on les cherchait, on les pressait d’entrer chez nous, où ils étaient comblés, ravitaillés, vêtus, exhortés au bien. Je vois encore ma mère empressée autour d’un pauvre vieillard. J’avais alors sept ans. Mais je m’en souviens comme si c’était hier. Nous étions en promenade à la campagne quand, sur la route, nous rencontrâmes un pauvre vieillard qui paraissait malheureux. Ma mère envoya Thérèse lui porter une aumône. Il en parut si reconnaissant qu’elle entra en conversation avec lui. Alors ma mère lui dit de nous suivre et nous rentrâmes à la maison. Elle lui prépara un bon dîner, il mourait de faim, et lui donna des vêtements et une paire de chaussures… Et elle l’invita à revenir chez nous lorsqu’il aurait besoin de quelque chose. » (3)

Et, à propos de son père, elle ajoute : « Mon père s’occupait de leur trouver un emploi selon leur condition, les faisant entrer à l’hôpital quand il y avait lieu, ou leur procurant une situation honorable. C’est ainsi qu’il aida un ménage de la noblesse en détresse […]. A Lisieux, aux Buissonnets, tous les lundis, dans la matinée, les pauvres venaient demander l’aumône. On leur donnait toujours, ou des vivres ou de l’argent ; et souvent c’était la petite Thérèse qui portait les aumônes. Un autre jour, mon père avait rencontré à l’église un vieillard qui avait l’air très pauvre. Il l’amena à la maison. On lui donna à manger et tout ce dont il avait besoin. Au moment où il allait partir, mon père lui demanda de nous bénir, Thérèse et moi. Nous étions déjà de grandes jeunes filles et nous nous sommes agenouillées devant lui, et il nous a bénies. » (4)

Ce sont des choses extraordinaires qui se sont passées ici-même ! Nous ne sommes pas devant une simple bonté, mais devant l’amour pour le pauvre vécu de façon héroïque, selon l’esprit de l’évangile de Matthieu (5). Chez ce couple lumineux resplendit quelque chose de la sainteté de toujours que nous trouvons tout au long de l’histoire de l’Eglise.

La réputation de sainteté

Tous les Papes, qui ont eu à s’occuper de la petite Thérèse ( Saint Pie X, Benoît XV, Pie XI, Pie XII, le bienheureux Jean XXIII, le Serviteur de Dieu Paul VI - du pape Jean-Paul Ier je parlerai tout à l’heure - et jusqu’au grand Pape Jean-Paul II), tous ont mis en lumière l’exemplarité de la sainteté des parents Martin, soulignant le lien de leur sainteté avec celui de leur fille.

La sainteté de ces époux n’est pas due à la sainteté de leur fille ; elle est une véritable sainteté personnelle voulue, poursuivie à travers un chemin d’obéissance à la volonté de Dieu qui veut tous ses fils saints comme Lui-même est Saint. Alors, on peut dire que Thérèse est la première « postulatrice » de la sainteté de ses parents ; sainteté au sens le plus vrai du terme, ce n’est pas une simple façon de parler. Thérèse parle de son père en employant plusieurs fois des mots comme « saint », « serviteur de Dieu », « juste ». Elle admire chez ses parents non seulement leurs capacités et leur finesse humaine ou leur courage au travail, elle remarque aussi leur foi, leur espérance et leur charité, l’exercice héroïque de ces vertus théologales. Elle souligne tous les éléments qui font l’objet d’un examen dans les procès canoniques. Si je pouvais, je la recommanderais comme postulatrice.

L’Eglise se sent débitrice vis-à-vis de Louis et de Zélie, eux qui ont été de vrais maîtres et modèles de sainteté pour leur fille Thérèse, comme l’a affirmé justement Balthasar dans son ouvrage Sorelle nello Spirito(6) lorsqu’il écrit : « Dans le surnaturel, Thérèse ne réalise que ce qu’elle a, de quelque manière, vécu dans le naturel. Peut-être n’a-t-elle rien de plus intime et de plus irrésistible que l’amour de son père et de sa mère. C’est pourquoi son image de Dieu est déterminée par l’amour de l’enfant pour ses parents. A Louis et à Zélie Martin nous devons finalement la doctrine de la »petite voie« », la doctrine de « l’enfance », car ils ont rendu vivant en Thérèse de l’Enfant-Jésus le Dieu qui est plus que père et mère « (7)

Cette observation de Balthasar est d’une importance capitale. Il affirme très clairement que la doctrine de la « petite voie » qui a fait de Thérèse un Docteur de l’Eglise ès Science de l’amour de Dieu, nous la devons à la sainteté et à l’exemplarité de la vie de Louis et de Zélie ; l’Eglise, en s’apprêtant aujourd’hui à béatifier ce couple, montre que la sainteté est possible, qu’elle est à la portée de tous, quels que soient le choix et l’état de vie que nous avons embrassés. Et ce peut être une grande sainteté.

Cela ne devrait-il pas être une réalité pour tout foyer ? La famille n’est-elle pas appelée à transmettre à ses enfants le mystère de « Dieu qui est plus que père et mère » ? La famille n’est-elle pas une école d’humanité véritable et un lieu d’exercices à la sainteté ? Elle est le lieu privilégié pour forger le caractère et la conscience. Voilà la mission, le devoir de toujours des couples, de la famille chrétienne.

A bien y regarder, la réputation de sainteté de ces époux dépasse déjà les limites de vos diocèses ; elle est présente aujourd’hui, pourrions-nous dire, dans tout l’Oikoumene catholique comme il ressort de la documentation abondante et détaillée qui ne cesse d’augmenter depuis plus de 80 ans.

Ce prodige, nous le devons certes à Thérèse. S’il est vrai que Histoire d’une âme, dont la première édition date de 1898, est, après la Bible, le livre le plus traduit en de nombreuses langues, on comprend fort bien l’immense résonance qui en résulte pour les parents Martin dans le monde. Il n’est sans doute pas exagéré de dire que, pour ce qui est de la réputation, après la Sainte Famille de Nazareth, la « sainte famille Martin » vient au second rang.

Le Serviteur de Dieu, Jean-Paul Ier, lorsqu’il était encore Patriarche de Venise (1969-1978), a écrit, dans un livre bien connu, Illustrissimi (8) : « Quand j’ai vu qu’était introduite la cause de béatification des parents de sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus, je me suis dit : »Enfin une cause à deux ! Saint Louis est saint sans son épouse Marguerite, Monique sans son mari Patrizio ; Zélie Guérin, par contre, sera sainte avec Louis Martin son époux et avec Thérèse sa fille  Déjà en 1925, le Cardinal Antonio Vico, envoyé par Pie XI à Lisieux comme délégué pour présider les fêtes solennelles en l’honneur de Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus, canonisée depuis peu, s’adressa à Mère Agnès de Jésus (Pauline, la seconde fille des Martin) : » Maintenant il faut s’occuper du papa… C’est de Rome qu’on me charge de vous le dire »(9) Si l’affaire n’a pas eu de suite immédiate, on le doit à la perplexité évidente de Mère Agnès de Jésus.

« Incomparables parents »

Tous ceux qui ont abordé, même rapidement, Histoire d’une âme, n’ont pu que remarquer la personnalité humaine et spirituelle de ces parents qui ont construit, avec sagesse, l’atmosphère familiale dans laquelle a grandi Thérèse. Ils n’ont pu qu’aimer ses « incomparables parents ».

La riche correspondance de Zélie est un témoignage de la façon dont Mme Martin a suivi la formation humaine, chrétienne et spirituelle de tous les membres de sa famille, d’abord celle de son frère Isidore, avant et après son mariage, celle de sa belle-sœur Céline Fournet et celle de ses propres filles. Il n’y a pas une de ses lettres qui ne manifeste la présence de Dieu, une présence non pas formelle ou de convenance, de circonstance, mais une référence constante pour tout aspect de la vie. Une correspondance qui témoigne d’une attention exquise au bien de toute la personne et à sa croissance globale. Croissance qui est pleine et valide dans la mesure où elle n’exclut pas Dieu de son horizon.

Louis, son mari, est moins loquace et n’aime pas écrire. Il ne refuse pas de témoigner ouvertement de sa foi et ne craint pas les moqueries à son égard ; dans les rapports avec sa femme, à la maison avec ses cinq filles, dans la gestion de son horlogerie-bijouterie, ou encore avec ses amis, dans la rue ou en voyage, en toutes circonstances, pour lui « Messire Dieu, premier servi ».

Une famille missionnaire de première heure quand, en France, depuis peu, surgit l’œuvre de la Propagation de la foi de Pauline Jaricot (1799-1862) et que commencent les mouvements missionnaires du XIXe siècle. Vous savez que les parents Martin ont inscrit toutes leurs filles à l’Œuvre de la Sainte Enfance (on conserve encore l’image-souvenir de l’inscription de Thérèse, le 12 janvier 1882) et qu’ils envoyèrent des offrandes généreuses pour la construction de nouvelles églises en terre de mission. Pour Thérèse, le fait de participer toute jeune aux activités de l’Œuvre de la Sainte Enfance, n’a fait qu’éveiller et développer son zèle missionnaire. Louis et Zélie furent des saints qui engendrèrent une sainte, ils furent des époux missionnaires qui, non seulement, participèrent à l’élan missionnaire de leur temps, mais éduquèrent pour l’Eglise la Patronne des Missions Universelles (1927).

Louis et Zélie sont saints, non pas tant par la méthode ou les moyens choisis pour participer à l’évangélisation, ( qui sont évidemment ceux de l’Eglise et de la société de leur temps) , mais ils sont saints par le témoignage du sérieux de leur la foi vécue le dans leur famille. Ils ont évangélisé leurs enfants par l’exemple de leur vie de couple, puis par la parole et l’enseignement au sein de la famille.

A cet égard, il suffit de rappeler ce que Thérèse elle-même écrit dans Histoire d’une âme à propos de la fascination qu’exerçaient sur elle son père et sa mère : « Tous les détails de la maladie de notre mère chérie sont encore présents à mon cœur, je me souviens surtout des dernières semaines qu’elle a passées sur la terre ; nous étions, Céline et moi, comme de pauvres petites exilées, tous les matins, Mme Leriche venait nous chercher et nous passions la journée chez elle. Un jour, nous n’avions pas eu le temps de faire notre prière avant de partir et pendant le trajet Céline m’a dit tout bas : »Faut-il le dire que nous n’avons pas fait notre prière ?…« »Oh ! oui« lui ai-je répondu ; alors bien timidement elle l’a dit à Mme Leriche, celle-ci nous a répondu »Eh bien, mes petites filles, vous allez la faire« et puis nous mettant toutes les deux dans une grande chambre elle est partie… Alors Céline m’a regardée et nous avons dit : »Ah ! ce n’est pas comme Maman… toujours elle nous faisait faire notre prière   » (10)

Son père, « le Roi de France et de Navarre »(11) , comme elle aimait l’appeler, exerçait une belle fascination spirituelle sur elle. Sa figure d’homme inspirait vénération et respect : « Que pourrai-je dire des veillées d’hiver, surtout celles du Dimanche ? Ah ! qu’il m’était doux après la partie de damier de m’asseoir avec Céline sur les genoux de Papa… De sa belle voix, il chantait des airs remplissant l’âme de pensées profondes… ou bien, nous berçant doucement, il récitait des poésies empreintes des vérités éternelles… Ensuite nous montions pour faire la prière en commun et la petite reine était toute seule auprès de son Roi, n’ayant qu’à le regarder pour savoir comment prient les Saints… » (12)

Une initiation chrétienne en famille

Nous pouvons définir le manuscrit A comme « le manuscrit de l’initiation chrétienne familiale de Thérèse ». Une initiation conduite avec le même sérieux que l’apprentissage scolaire. La foi, chez les Martin, est une foi vécue et non pas une série de normes à respecter. De sa préparation des sacrements de l’initiation chrétienne, Thérèse, toujours dans le manuscrit A (1895), remercie non seulement ses parents déjà décédés (la maman en 1877 et le papa en 1894) mais aussi ses sœurs aînées.

Je veux souligner ici la valeur particulière, non seulement des parents, mais aussi celle des sœurs aînées, donc de la famille entière. Les parents éduqués eux-mêmes par l’enseignement de l’Église, ont transmis à leur tour cet enseignement reçu à tous les enfants. Et ils l’ont tellement bien fait, qu’ils ont mérité que la plus illustre de leurs filles, après avoir été elle-même enseignée et formée par ces « incomparables parents », est devenue Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus et de la Sainte Face, qui aujourd’hui enseigne toute l’Église et toute l’humanité comme docteur (1997). Ab ipsis docta docet : Enseignée, elle enseigne maintenant.

C’est là le défi que l’Église lance aujourd’hui à toutes les familles chrétiennes, avec la béatification de cette famille.

Ils n’ont pas été de simples instruments qui ont véhiculé la foi, comme un aqueduc transporte l’eau, mais le depositum fidei, le dépôt de la foi, ils l’ont transmis et enrichi par leur propre expérience personnelle de foi, d’espérance et de charité. Ils n’ont pas transmis la foi comme quelque chose de traditionnel, de fragmentaire et de notionnel, mais comme quelque chose de vivant. Non pas une foi qui serait un héritage comme celui que laissent les morts ; car l’héritage vient après la mort ; non, par le baptême, ils ont greffé leurs enfants dans le courant vivant et vital de l’Église, ne se substituant pas à l’Église, mais avec l’Église et dans l’Église. Ils ont collaboré avec l’Église en parfaite harmonie.

Il faut encore observer que la sainteté de ce couple se trouve en accord avec le concile Vatican II et d’autres Documents de l’Église. Je pense surtout à la constitution pastorale Gaudium et Spes dans son chapitre sur la:sainteté du mariage et de la famille (13) : « Précédés par l’exemple et la prière commune de leurs parents, les enfants, et même tous ceux qui vivent dans le cercle familial, s’ouvriront ainsi plus facilement à des sentiments d’humanité et trouveront plus aisément le chemin du salut et de la sainteté. »

Comment ne pas voir la proximité de la famille Martin avec ce texte ? Tout cela peut nous surprendre quand on songe combien leur temps est distant du nôtre. Il y a 150 ans, le 12 juillet 1858 se situait dans la France du Second Empire. Nous, hommes et femmes du Troisième Millénaire, nous pouvons éprouver une difficulté à imaginer leur genre de vie quotidienne, sans électricité, sans chauffage, ni radio ni télévision, rien de tous ces moyens modernes de communication qui caractérisent notre vie moderne. Mais nous, ici, aujourd’hui, nous jugeons la sainteté, non pas la distance qui nous sépare de leur témoignage ; nous jugeons la sainteté, non la forme dans laquelle elle nous parvient. Leur sainteté est distante de nous dans la forme mais non dans la substance, le contenu et la doctrine. Les Martin ont su garder le bon vin jusqu’à la fin (Jn 2/10)

Même à la lumière des documents de l’Église, ce couple peut être proposé comme une famille engagée dans l’évangélisation de ses fils. A leur époque, il s’agissait d’une évangélisation plus empruntée, peut-être, au catéchisme et aux préceptes, la doctrine de l’Église était enseignée non seulement dans la paroisse mais aussi dans la famille, on apprenait par cœur les vérités de la foi. En tout cela l’Église suivait la méthode d’enseignement courante à cette époque où la mémoire jouait un rôle important.

La famille Martin est témoin dans sa maison - avec ses enfants et ceux qui les entourent, ses parents et ses domestiques - du rôle de l’évangélisation, non seulement en tant que couple : toute la famille a une mission et une tâche à développer.

Paul VI écrivait dans son encyclique Evangelii nuntiandi (71) quelque chose que nous voyons vécu dans la famille Martin. « Au sein de l’apostolat évangélisateur des laïcs, il est impossible de ne pas souligner l’action évangélisatrice de la famille. Elle a bien mérité, aux différents moments de l’histoire, le beau nom »d’Église domestique" sanctionné par le concile VaticanII. Cela signifie, que, en chaque famille chrétienne, devraient se retrouver les divers aspects de l’Église entière. En outre, la famille, comme l’Église, se doit d’être un espace où l’Évangile est transmis et d’où l’Évangile rayonne. Au sein donc d’une famille consciente de cette mission, tous les membres de la famille évangélisent et sont évangélisés. Les parents non seulement communiquent aux enfants l’Évangile, mais peuvent recevoir d’eux ce même Évangile profondément vécu. Et une telle famille se fait évangélisatrice de beaucoup d’autres familles et du milieu dans lequel elle s’insère. « La maison rue du Pont-Neuf, celle de la rue Saint-Blaise et celle des Buissonnets ont toujours été, malgré les différents déménagements, une » petite Église domestique " où encore une fois les Martin sont bien en harmonie avec notre temps.

La famille de Louis et de Zélie, a été, pour leurs cinq enfants- quatre autres sont morts en bas âge - le lieu privilégié de l’expérience de l’amour et de la transmission de la foi. Dans la maison, dans l’intimité de la chaleur familiale et de la vie domestique, chacun a reçu et donné. Au milieu des multiples soucis professionnels, les parents ont su l’un et l’autre communiquer les premiers enseignements de la foi à leurs propres enfants, dès la plus tendre enfance. Ils ont été les premiers maîtres dans l’initiation de leurs enfants à la prière, à l’amour et à la connaissance de Dieu, en montrant qu’ils priaient tout seuls et ensemble, en les accompagnant à la messe et aux visites au Saint-Sacrement ; ils leur ont enseigné la prière, pas simplement en disant qu’il fallait prier mais en transformant leurs maisons en « une école de prière ». Ils ont enseigné combien c’était important de rester avec Jésus, en écoutant les Évangiles qui nous parlent de lui. De plus, la vie spirituelle, cultivée dès la jeunesse, comme ce fut le cas pour Zélie et Louis, s’alimentait à la source de la vie paroissiale. Ils étaient de fidèles lecteurs de l’Année liturgique de Dom Guéranger, livre très apprécié par Thérèse elle-même, qui en prit connaissance justement à la maison.

Chers frères et sœurs, Louis et Zélie nous révèlent une vérité simple, même très simple : la sainteté chrétienne n’est pas un métier pour un petit nombre. Elle est bien la vocation normale de tous, de chaque baptisé. Louis et Zélie nous ont dit simplement que la sainteté concerne la femme, le mari, les enfants, les soucis du travail, et même la sexualité. Le saint n’est pas un surhomme, le saint est un homme vrai.

Le 4 avril 1957, Céline - au Carmel sœur Geneviève de la Sainte Face -, en déposant au procès sur l’héroïcité de son père, parle de « la beauté d’une vie conjugale vécue tout entière pour le bon Dieu seul, sans aucun égoïsme ni repli sur soi. Si le serviteur de Dieu désirait beaucoup d’enfants, c’était pour les donner à Dieu sans réserve. Et tout cela dans la simplicité d’une existence ordinaire, laborieuse, semée d’épreuves accueillies avec abandon et confiance dans la Divine Providence. » .

Je termine en reprenant les mots mêmes qui ont conclu la déclaration sur les vertus de Louis et de Zélie le 13 octobre 1987 : « Nous avons devant nous un couple, et une famille, qui ont vécu et agi en pleine consonance avec l’Évangile, préoccupés seulement de vivre à chaque instant de la journée le plan préparé par Dieu pour eux. En interrogeant et en écoutant Sa voix, ils n’ont rien fait d’autre que de se perfectionner. Louis et Zélie Martin ne sont pas protagonistes de gestes éclatants ou d’une densité apostolique particulière, mais ils ont vécu la vie quotidienne de toute famille, illuminés toujours par le divin et le surnaturel. C’est là l’aspect central, de portée ecclésiale, offert à l’imitation des familles d’aujourd’hui. En mettant devant nous la famille Martin, on pourra recevoir aliment, force, orientation, pour éviter le laïcisme et la sécularisation moderne, et ainsi triompher de beaucoup de misères, et voir le don de l’amour conjugal et, avec lui, le don de la paternité et de la maternité dans la lumière d’un incommensurable Don de Dieu. »

(1) Prière eucharistique II
(2) « La mère incomparable » (Manuscrit A, 4 v°) et « le père incomparable » (Lettre 91)
(3) Positio I, p.420 §603.
(4) Positio I, §56, p.41 Idem ?
(5) Matthieu 25, 31-46, particulièrement le verset 40 : « c’est à moi que vous l’avez fait ».
(6) Soeurs dans l’Esprit, Thérèse de Lisieux et Elisabeth de Dijon.
(7) In Summarium Documentorum, XXVIII, Roma, 1987, p.1042
(8) Illustrissimi est un ouvrage publié en janvier 1976, traduit en français sous le titre Humblement vôtre (nouvelle Cité, Paris 1978). Il s’agit d’un recueil de « lettres ouvertes » écrite par Mgr Albino LUCIANI, Patriarche de Venise, deux années et demi avant d’être élu pape sous le nom de Jean-Paul Ier. Il s’adresse à des personnages historiques ou de la mythologie, à des écrivains, à des personnes de la littérature italienne ou étrangères, ou encor à des Saints de l’Eglise.
(9) cf. Summarium Documentorum, op. cit., p. 1138.
(10) . Manuscrit A, 12 r°.
(11) Cf. Manuscrit A, 19 v°.
(12) Manuscrit A, 18 r°.
(13) GS 48, 2° partie, chap. 1, n° 48 §3.
(14) Procès, vol. II, summarium, page 22, ad. 6).

Leur béatification

Lisieux, le 19 octobre 2008

Album souvenir d’une journée historique

Lisieux, le dimanche 19 octobre 2008

Souvenir d’un rassemblement de famille en présence de nombreux invités, dont :

  • le Cardinal SARAIVA MARTINS, originaire du Portugal, préfet émérite de la Congrégation pour la cause des saints. Il est l’envoyé spécial de sa Sainteté le pape Benoît XVI.
  • Le Cardinal Ivan DIAS, préfet de la Congrégation pour l’évangélisation des peuples
  • Le Cardinal Eusebio Oscar SCHEID, archevêque de Rio de Janeiro (Brésil)
  • Le Cardinal Paul POUPARD, préfet émérite du Conseil de la Culture
  • Le Carinal Bernard PANAFIEU, archevêque émérite de Marseille
  • Madame Christine Boutin, Ministre du logement et de la ville, ministre délégué par le gouvernement français. Invités

Plusieurs nations sont venues acclamer les nouveaux bienheureux. En ce dimanche des Missions, on pouvait entendre parler français, anglais, portugais, slovaque, russe, chinois,… Au total, plus de 12000 personnes présentes sur place. Sans compter les 173 millions de téléspectateurs qui ont suivi l’événement retransmis en direct par la télévision.

Rite de la béatification au cours de la célébration

Le P. Antonio Sangalli, vice postulateur de la cause des époux Martin, au nom du postulateur le P. Siméon de la Sainte Famille, dessine le profil des deux époux, faisant ressortir le motif de leur béatification.

Les évêques de Séez-Alençon et de Bayeux-Lisieux adressent ensuite leur supplique au Légat, lui demandant de procéder à la béatification.

Le Cardinal Saraiva Martins, au nom de S.S. le pape Benoît XVI, proclame le décret de béatification.

Cardinal Saraiva Martins

L’assistance exprime sa joie et sa reconnaissance en chantant : « Laudate Dominum, louez le Seigneur »

Le Reliquaire est dévoilé par le jeune Pietro Schiliro, guéri miraculeusement et par ses parents. Au-dehors, la foule très dense est à l’unisson. Elle seule verra le feu d’artifice de jour qui ponctue l’événement.

le reliquaire des bienheureux

Une vraie fête pour les familles

Pic-nicL’esplanade restée paisible tout au long de la cérémonie, est ensuite devenue lieu de pic-nic offrant des occasions d’échange entre familles et bénévoles, découvrant au fil d’anecdotes, la vie concrète de la famille Martin, semblable aux nôtres en bien des points.

StandsEntre temps, pour faire connaître les époux et parents Louis et Zélie Martin, des stands présentaient les revues du Sanctuaire et la correspondance familiale de Louis et Zélie Martin dont 10 lettres seront lues au jeu scénique de l’après-midi.

Jeu scénique à la basilique

Un « point rencontre » favorisait les échanges entre familles, autour d’un café. Tout cela dans une ambiance de fête.

En avant la musique

Bref, avec un soleil radieux, ce fut une journée réussie grâce notamment au concours de nombreux bénévoles, tous heureux de se donne pour cette belle cause.

Témoignages

Les intentions de prière adressées par l’intercession des époux Martin remplissent vite les corbeilles placées près du reliquaire.

la foule

  • « Je rends grâce et remercie de tout cœur les Bienheureux Louis et Zélie Martin… en ce jour du 19 octobre dernier, alors que j’étais encore pleine d’émotion par la magnifique cérémonie de béatification, un message m’attendait de la part d’une de mes filles qui ne me donnait plus de nouvelles depuis deux ans : elle acceptait ma visite le 13 novembre prochain, jour de ses 50 ans. Quelle joie ! Ce fut un moment de grâce. Merci. » Mme D.

Intentions de prière

  • « Je me suis mariée depuis 2 mois, et pour mon mari et moi il était très important de nous confier à la protection de Louis et Zélie, que nous chérissons particulièrement. Ils nous l’ont bien rendu ! Dans l’après-midi du jour de la béatification, alors que le reliquaire des bienheureux était exposé sur une estrade à l’extérieur de la Basilique, bon nombre de personnes se pressaient pour tenter de le toucher, mais les personnes chargées de la sécurité ne permettaient qu’aux enfants de s’approcher et d’embrasser le reliquaire. Je regardais le reliquaire avec amour, lorsqu’un des gardes me prend par la main et me dit avec une voix de papi-gâteau : ‘allez ma ptite, viens faire un bisou à Louis et Zélie ». En réalité j’ai 20 ans, et il m’en a donné 12. Alleluia ! sans y réfléchir à deux fois, je grimpe sur l’estrade, et je passe mes bras autour du reliquaire en embrassant le visage sculpté de Louis. Dans ma tête je remerciais les bienheureux de tout mon cœur, quelle grâce, quelle délicate attention ! et c’est comme ça depuis que je connais Thérèse ! La doctrine de Thérèse, se faire petit comme des enfants, s’est avérée concrètement efficace pour moi ! » Joséphine

Homélie de la messe de Béatification des époux Louis et Zélie Martin

Préfet émérite de la Congrégation pour les Causes des Saints
Représentant du Saint-Père Benoît XVI
à l’occasion de la béatification des Vénérables Serviteurs de Dieu
LOUIS MARTIN ETLIE GUÉRIN
époux et parents

Basilique Sainte-Thérèse de l’Enfant-Jésus
Lisieux, 19 octobre 2008
XXIXe dimanche ordinaire
Journée Mondiale des Missions

Cardinal Jose Saraiva Martins
Cardinal Jose Saraiva Martins

MOINS DE L’AMOUR CONJUGAL

… brillez comme les astres dans l’univers,
en tenant fermement la parole de vie

Ph 2,15d-16a

Chers Frères dans l’Épiscopat et dans le Sacerdoce,
Éminentes Autorités,
Chers Pèlerins, frères et sœurs, en Christ.

Dignes du Ciel

Thérèse écrivait dans l’Histoire d’une âme : Pardonne-moi Jésus, si je déraisonne en voulant te dire mes désirs, mes espérances qui touchent à l’infini, pardonne-moi et guéris mon âme en lui donnant ce qu’elle espère !… (Ms B 2v°). Jésus a toujours exaucé les désirs de Thérèse. Il s’est même montré généreux dès avant sa naissance puisque, comme elle l’écrivait à l’abbé Bellière - que beaucoup connaissent désormais par cœur - : le bon Dieu m’a donné un père et une mère plus dignes du Ciel que de la terre (Lt 261).

Je viens de terminer le Rite de Béatification par lequel le Saint Père a inscrit les deux Epoux conjointement dans le Livre des Bienheureux. C’est une grande première que cette Béatification de Louis Martin et Zélie Guérin, que Thérèse définissait comme parents sans égaux, dignes du Ciel, terre sainte, comme toute imprégnée d’un parfum virginal (Cf. Ms A).

Mon cœur rend grâce à Dieu pour ce témoignage exemplaire d’amour conjugal, susceptible de stimuler les foyers chrétiens dans la pratique intégrale des vertus chrétiennes comme il a stimulé le désir de sainteté chez Thérèse.

Pendant que je lisais la Lettre Apostolique du Saint Père, je pensais à mon père et à ma mère et je voudrais, en ce moment, que vous aussi pensiez à votre père et à votre mère et qu’ensemble nous remercions Dieu de nous avoir créés et fait chrétiens à travers l’amour conjugal de nos parents. Recevoir la vie est une chose merveilleuse mais, pour nous, il est plus admirable encore que nos parents nous aient amenés à l’Église qui seule est capable de faire des chrétiens. Personne ne peut se faire chrétien soi-même.

Enfants de la terre de Normandie, un don pour tous

Parmi les vocations auxquelles les hommes sont appelés par la Providence, le mariage est l’une des plus nobles et des plus élevées. Louis et Zélie ont compris qu’ils pouvaient se sanctifier non pas malgré le mariage mais à travers, dans et par le mariage, et que leurs épousailles devaient être considérées comme le point de départ d’une montée à deux. Aujourd’hui, l’Église n’admire pas seulement la sainteté de ces fils de la terre de Normandie, un don pour tous, mais elle se mire dans ce couple de Bienheureux qui contribue à rendre la robe de mariée de l’Eglise, plus belle et splendide. Elle n’admire pas seulement la sainteté de leur vie, elle reconnaît dans ce couple la sainteté éminence de l’institution de l’amour conjugal, telle que l’a conçue le Créateur Lui-même.

L’amour conjugal de Louis et Zélie est un pur reflet de l’amour du Christ pour son Eglise ; il est aussi un pur reflet de l’amour dont l’Eglise aime son Epoux : le Christ. Le Père nous a choisis avant la fondation du monde, pour que nous soyons saints et irréprochables sous Son regard, dans l’amour (Ep 1,4).

“Il sont devenus lumière du monde”

Louis et Zélie ont témoigné de la radicalité de l’engagement évangélique de la vocation au mariage jusqu’à l’héroïsme. Ils n’ont pas craint de se faire violence à eux-mêmes pour ravir le Royaume des cieux et ainsi ils sont devenus la lumière du monde que l’Eglise aujourd’hui met sur le lampadaire afin qu’ils brillent pour tous ceux qui sont dans la maison (Eglise). Ils brillent devant les hommes afin que ceux-ci voient leur bonnes œuvres et glorifient notre Père qui est dans les cieux. Leur exemple de vie chrétienne est telle une ville située sur une montagne qui ne peut être cachée (cf. Mt 5,13-16).

“Maître donne-nous ton avis”

Quel est le secret de la réussite de leur vie chrétienne ? On t’a fait savoir, homme, ce qui est bien, ce que Dieu réclame de toi : rien d’autre que pratiquer la justice, aimer la miséricorde, et marcher humblement avec ton Dieu (Mi 6,8). Louis et Zélie ont marché humblement avec Dieu à la recherche de l’avis du Seigneur. Maître donne-nous ton avis. Ils cherchaient l’avis du Seigneur. Ils étaient assoiffés de l’avis du Seigneur. Ils aimaient l’avis du Seigneur. Ils se sont conformés à l’avis du Seigneur sans récriminer. Pour être sûrs de marcher dans le véritable avis du Seigneur, ils se sont tournés vers l’Église, experte en humanité, mettant tous les aspects de leur vie en harmonie avec les enseignements de l’Église.

“Dieu, premier servi”

Pour les époux Martin, ce qui est à César et ce qui est à Dieu était très clair. Messire Dieu, premier servi, disait Jeanne d’Arc. Les Martin en ont fait la devise de leur foyer : chez eux Dieu avait toujours la première place dans leur vie. Madame Martin disait souvent : Dieu est le Maître. Il fait ce qu’Il veut. Monsieur Martin lui faisait écho en reprenant : Dieu, premier servi. Lorsque l’épreuve atteignit leur foyer, leur réaction spontanée fut toujours l’acceptation de cette volonté divine. Ils ont servi Dieu dans le pauvre, non par simple élan de générosité, ni par justice sociale, mais simplement parce que le pauvre est Jésus. Servir le pauvre, c’est servir Jésus, c’est rendre à Dieu ce qui est à Dieu : chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces petits qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait (Mt 25,34-40).

Le Ciel n’est pas vide, le “Ciel est peuplé d’âmes”

Dans quelques instants nous proclamerons notre Profession de Foi que Louis et Zélie ont répétée tant de fois à la messe et qu’ils ont enseignée à leurs enfants. Après avoir confessé la sainte Église catholique, le Symbole des Apôtres ajoute la Communion des saints.

Je croyais, disait Thérèse, je sentais qu’il y a un ciel et que ce Ciel est peuplé d’âmes qui me chérissent, qui me regardent comme leur enfant… (Ms B). Dans ce Ciel peuplé d’âmes, nous pouvons compter désormais les Bienheureux Louis et Zélie, que pour la première fois, nous invoquons publiquement : Louis et Zélie priez Dieu pour nous. Je vous en prie chérissez-nous, regardez nous comme vos enfants, chérissez l’Eglise entière, chérissez surtout nos foyers et leurs enfants.

  • Louis et Zélie sont un don pour les époux de tous âges par l’estime, le respect et l’harmonie avec lesquels ils se sont aimés pendant 19 ans. Zélie écrivait à Louis : Je ne puis pas vivre sans toi, mon cher Louis. Il lui répondait : Je suis ton mari et ami qui t’aime pour la vie. Ils ont vécu les promesses du mariage ; la fidélité de l’engagement, l’indissolubilité du lien, la fécondité de l’amour, dans le bonheur comme dans les épreuves, dans la santé comme dans la maladie.
  • Louis et Zélie sont un don pour les parents. Ministres de l’amour et de la vie, ils ont engendré de nombreux enfants pour le Seigneur. Parmi ces enfants, nous admirons particulièrement Thérèse, chef d’œuvre de la grâce de Dieu mais aussi chef d’œuvre de leur amour envers la vie et les enfants.
  • Louis et Zélie sont un don pour tous ceux qui ont perdu un conjoint. Le veuvage est toujours une condition difficile à accepter. Louis a vécu la perte de sa femme avec foi et générosité, préférant, à ses attraits personnels, le bien de ses enfants.
  • Louis et Zélie sont un don pour ceux qui affrontent la maladie et la mort. Zélie est morte d’un cancer, Louis a terminé son existence, éprouvé par une artériosclérose cérébrale. Dans notre monde qui cherche à occulter la mort, ils nous enseignent à la regarder en face, en s’abandonnant à Dieu.

Modèle exemplaire de foyer missionnaire

Enfin je rends grâce à Dieu, en cette 82e Journée Mondiale des Missions, car Louis et Zélie sont un modèle exemplaire de foyer missionnaire. Voilà la raison pour laquelle le Saint Père a voulu que la béatification se réalise en cette journée si chère à l’Eglise Universelle, comme pour unir les maîtres Louis et Zélie à la disciple Thérèse, leur fille, devenue Patronne des Missions et Docteur de l’Église.

Les témoignages des enfants Martin au sujet de l’esprit missionnaire qui régnait dans leur foyer sont unanimes et frappants : Mes parents s’intéressaient beaucoup au salut des âmes… Mais l’œuvre d’apostolat la plus connue chez nous était la Propagation de la Foi pour laquelle, chaque année, nos parents faisaient une très belle offrande. C’est encore ce zèle des âmes qui leur faisait tant désirer avoir un fils missionnaire et des filles religieuses.

Tout récemment, le Cardinal Dias, Préfet de la Congrégation pour l’Évangélisation des peuples (Propagande Fide) écrivait : Pour un disciple du Christ, annoncer l’Évangile n’est pas une option mais un commandement du Seigneur… Un chrétien doit se considérer en mission (…) pour répandre l’Évangile dans chaque cœur, dans chaque maison, dans chaque culture (Conférence de Lambeth, 23 juillet 2008).

Puissent, mes frères, vos familles, vos paroisses, vos communautés religieuses, de Normandie, de France… et du monde entier, être aussi des foyers saints et missionnaire, comme l’a été le foyer des Bienheureux époux Louis et Zélie Martin. Amen

Famille Martin, modèle de sainteté au quotidien

Famille Martin, modèle de sainteté

Basilique Sainte-Thérèse de Lisieux

  • Dimanche 10 juillet 2011
  • Fête des bienheureux Louis et Zélie Martin
  • 15e dimanche du temps ordinaire, Année A

mgr venturaC’est un vrai privilège de me trouver parmi vous à Lisieux ce matin, et je tiens à exprimer ma gratitude pour l’honneur qui m’est fait de présider les célébrations pour la fête des bienheureux parents de sainte Thérèse.

Je salue en particulier Mgr Jean-Claude Boulanger, Évêque de Bayeux et Lisieux, et Mgr Jacques Habert, Évêque de Séez, tous les deux, par leur ministère, gardiens et promoteurs de la mémoire de la famille Martin et de la sainteté enracinée dans cette famille. Comme Représentant du Saint-Père, j’ai le privilège d’assurer cette communauté et ses pasteurs de la proximité spirituelle du Pape Benoît XVI, qui envoie de tout cœur sa Bénédiction apostolique.

Je suis heureux de cette possibilité de m’unir au pèlerinage dans les lieux associés à la famille de la petite Thérèse, amie et guide qui m’a accompagné depuis ma jeunesse en tant que pèlerin qui a été très touché par son message si simple, si profond et si beau.

La liturgie nous fait méditer sur le texte évangélique du jour – la belle parabole du semeur. Cette parabole, dans la bouche du Christ, est un véritable appel à l’éveil et à la conversion. Il est certain que notre terre reste encore bien entremêlée. Nous sommes tous, à la fois ou tour à tour, dociles et rebelles, réceptifs puis réfractaires, accueillants à l’Esprit et refermés sur nous-mêmes. L’ivraie et le bon grain cohabitent sur nos terrains (Mt 13, 24-30). Et le champ de nos vies prend peut-être parfois l’aspect d’un champ de bataille plutôt que d’un bon jardin.

L’Évangile nous pose une question et nous invite à une réponse : « Quelle terre sommes-nous » pour recevoir la Parole du Seigneur qui est semée si généreusement parmi nous ? La bonne terre peut toujours apparaître, avec l’humus de l’humilité. La Parole de Dieu, qui est toute-puissante, ne l’oublions pas, peut devenir en nous véritablement vivifiante et agissante.

Oui, lorsque, à vue humaine, tous les obstacles s’accumulent sur les pas, quand toute la peine apostolique que l’on se donne semble vaine, Jésus invite à vivre dans la certitude que la moisson finira par venir et qu’elle sera magnifique. Pour cela, nous avons à nous faire terreau accueillant à la Parole divine. Qu’elle vienne émonder et purifier nos terrains encombrés !

Dans la vie de l’Église, le fait de se donner jusqu’au bout et le généreux partage de la Parole divine sont reflétés dans les vies des saints en tant qu’expériences tangibles et expressions humaines de la Parole de Dieu dans notre communauté.

Les douleurs d’un enfantement

Je voudrais porter notre réflexion sur la deuxième lecture, tirée de la lettre de saint Paul aux Romains (8, 18-23). C’est la création tout entière, nous dit saint Paul, qui est appelée, après une douloureuse et mystérieuse transformation, à « connaître la liberté, la gloire des enfants de Dieu.

Le texte de la lettre aux Romains nous pose quelques questions fondamentales : Qu’est-ce qui me fait souffrir ? Qu’est-ce que j’attends de la gloire que Dieu va révéler en nous ? À quoi est-ce que j’aspire de toutes mes forces ? De quoi est-ce que j’espère être libéré ? Quel est l’être que Dieu est en train d’enfanter en moi ?

Pour les couples, parents et grands-parents, ce texte nous interroge : à quoi aspirons-nous de toutes nos forces pour notre couple ? L’un pour l’autre ? Pour chacun de nos enfants et petits-enfants ? Pour chacun de nos enfants et petits-enfants, quel est le travail d’enfantement qui les fait devenir eux-mêmes ?

Pour ceux qui travaillent (professionnellement ou à la maison) : qu’est-ce qui est de l’ordre de la productivité et de la fécondité dans mon travail ? Qu’est-ce qui est douloureux avec ceux que je côtoie dans mon travail ? Et dans mon travail lui-même ?

La famille Martin : modèle de sainteté au quotidien

Notre regard se dirige vers la famille de Zélie et Louis Martin pour découvrir quelques réponses à ces questions fondamentales et quelques pistes de réflexion pour nos vies. La sainteté du Peuple de Dieu n’appartient à personne d’autre qu’à Dieu seul. À Lui de révéler en temps voulu les témoins de son Amour dont le monde et l’Église ont besoin.

Dans sa Lettre apostolique Novo millennio ineunte (Au début du nouveau millénaire) le Pape Jean-Paul II écrit : « Je remercie le Seigneur qui m’a permis de béatifier et de canoniser de nombreux chrétiens, et parmi eux beaucoup de laïcs qui se sont sanctifiés dans les conditions les plus ordinaires de la vie.

Il est temps de proposer de nouveau à tous, avec conviction, ce “haut degré” de la vie chrétienne ordinaire : toute la vie de la communauté ecclésiale et des familles chrétienne doit mener dans cette direction. » (n. 31) C’est la raison pour laquelle la famille Martin aura toute sa place dans la spiritualité des chrétiens de notre temps.

D’abord en tant que couple : Louis et Zélie se sont profondément aimés et ils ont su exprimer leur amour. « Nos sentiments étaient toujours à l’unisson », dira Zélie en parlant de Louis. « Il me fut toujours un consolateur et un soutien ». Ils ont vécu 19 ans en couple. Un beau cadre exemplaire de vie conjugale.

Malgré les difficultés et les souffrances, les parents Martin ne se sont pas repliés sur eux-mêmes. Leur maison est toujours restée ouverte et accueillante à tous. On ne trouve aucune trace de jalousie ou de rivalité dans cette famille. Même si les parents ont eu du mal à comprendre leur fille Léonie, ils l’ont toujours aimée et ont prié pour elle. Ils ont aussi prié pour les vocations et dans leur cœur de père et de mère ils ont consacré leurs enfants à Dieu. Les familles de notre époque, si diverses soient-elles, peuvent trouver auprès des parents Martin un exemple et un soutien.

Les Martin nous manifestent un authentique amour conjugal et l’harmonie de leur couple. Zélie écrivait sur le compte de son mari : « Je suis toujours très heureuse avec lui, il me rend la vie bien douce. C’est un saint homme que mon mari, j’en désire un pareil à toutes les femmes. » (Lettre, 1.1. 1863) ; « Il me tarde bien d’être auprès de toi, mon cher Louis ; je t’aime de tout mon cœur, et je sens encore redoubler mon affection par la privation que j’éprouve de ta présence ; il me serait impossible de vivre éloignée de toi » (Lettre, 31.8. 1873).

Ils témoignent de la joie d’être parents malgré les sacrifices. « J’aime les enfants à la folie », écrit Zélie (Lettre, 15.12.1872). « Nous ne vivions plus que pour eux, c’était tout notre bonheur, (…) aussi je désirais en avoir beaucoup, afin de les élever pour le Ciel » (Lettre à Pauline ; 4.3.1877).

Ils sont un modèle d’engagement éducatif agissant toujours d’un commun accord, avec tendresse et fermeté, surtout par l’exemple de la vie de tous les jours : Messe quotidienne, prière à la maison, travail soutenu, climat de joie, courage dans les épreuves, solidarité avec les pauvres, apostolat.

Ils font preuve de responsabilité professionnelle et sociale. Zélie dirige une entreprise de fabrication de dentelle, Louis tient une boutique d’horlogerie et un commerce d’orfèvrerie, aidant de surcroît son épouse. Tous deux s’engagent profondément, avec intelligence, dans le travail, harmonisant les exigences professionnelles et familiales, respectant scrupuleusement les droits des ouvrières et des fournisseurs, observant le repos dominical.

Louis et Zélie sont une lumière aussi pour ceux qui affrontent la maladie et la mort. Zélie est morte d’un cancer, Louis a terminé son existence, éprouvé par une artériosclérose cérébrale. Dans notre monde qui cherche à occulter la mort, ils nous enseignent à la regarder en face, en s’abandonnant à Dieu.

Louis et Zélie sont un don pour tous ceux qui ont perdu un conjoint. Le veuvage est toujours une condition difficile à accepter. Louis a vécu la perte de sa femme avec foi et générosité, préférant, à ses attraits personnels, le bien de ses enfants.

Le projet de vie de Louis et Zélie Martin

La sainteté fait partie de leur projet de vie. Un jour, Zélie Martin écrira à ses filles Marie et Pauline : « Je veux devenir une sainte, ce ne sera pas facile, il y a bien à bûcher et le bois est dur comme une pierre. Il eût mieux valu m’y prendre plus tôt, pendant que c’était moins difficile, mais enfin “mieux vaut tard que jamais” ». Louis et Zélie ont compris que la sainteté n’était pas autre chose que la vie chrétienne prise au sérieux, l’expérience croyante qu’on laisse se déployer dans toute son existence.

Le secret de leur vie chrétienne a tenu en trois mots : « Dieu premier servi ». Ils sont pour nous aujourd’hui un appel : la recherche et la découverte de l’amour du Seigneur sont-elles vraiment la boussole de notre vie ? L’amour conjugal de Louis et Zélie est un pur reflet de l’amour du Christ pour son Église ; il est aussi un pur reflet de l’amour dont l’Église aime son Époux : le Christ. Le Père nous a choisis avant la fondation du monde, pour que nous soyons saints et irréprochables sous son regard, dans l’amour (cf. Ep 1, 4).

Le mal n’est évincé que par la sainteté, non pas par la rigueur. La sainteté introduit dans la société une graine qui guérit et transforme.

Je me permets de citer les paroles prononcées par le Saint-Père Benoît XVI dans son récent discours aux participants de la rencontre organisée par l’Institut pontifical Jean-Paul II pour les études sur le mariage et la famille (Salle Clémentine, vendredi 13 mai 2011) :

« La famille, voilà le lieu où la théologie du corps et la théologie de l’amour se mêlent. Ici, on apprend la bonté du corps, son témoignage d’une origine bonne, dans l’expérience d’amour que nous recevons de nos parents. Ici l’on vit le don de soi dans une seule chair, dans la charité conjugale qui unit les époux. Ici, l’on fait l’expérience de la fécondité de l’amour, et la vie se mêle à celle d’autres générations.

C’est dans la famille que l’homme découvre sa capacité d’être en relation, non comme un individu autonome qui se réalise seul, mais comme fils, époux, parent, dont l’identité se fonde dans le fait d’être appelé à l’amour, à être reçu par les autres et à se donner aux autres. »

Thérèse : fruit de l’amour de Zélie et Louis

On peut dire que la spiritualité de sainte Thérèse s’enracine dans celle de ses parents. Toute petite, Thérèse avait appris à envoyer des baisers à Jésus, à louer Dieu, à offrir son cœur à Jésus. L’acte d’offrande comme « la petite voie » ont été vécus par les parents Martin. Ils nous rappellent simplement qu’ils sont des baptisés engagés dans la vie du monde de leur époque et qui ont manifesté la sainteté de Dieu par toute leur vie.

Chers frères et sœurs, cette immense basilique à Lisieux est édifiée en l’honneur d’une personne qui a été très petite. Son message est ainsi proposé comme un chemin très sûr pour ceux qui veulent avancer à la suite de Jésus et vivre une belle communion avec lui.

Quelques années après sa mort, en 1897, elle est devenue très connue à travers le monde pour son petit chemin de simplicité, en faisant de petites choses et en s’acquittant des devoirs quotidiens. Elle est devenue un modèle de piété pour d’innombrables personnes ordinaires à travers le monde. Avec la publication de son manuscrit en 1956, la réelle image de Thérèse fut révélée ; non pas l’image d’une piété sentimentale que son époque aurait pu suggérer, mais l’image d’un témoignage ardent pour la proclamation de l’Évangile. « Heureux les cœurs purs : ils verront Dieu. » (Mt 5, 8)

La jeune Thérèse avait désiré se joindre à un groupe de carmélites destinées à fonder une mission à Hanoi, au Vietnam, mais ce désir ne fut jamais réalisé. Malgré cela, c’était le plan de Dieu qu’elle soit proclamée patronne des missions par le Pape Pie XI. Par ailleurs, elle fut déclarée Docteur de l’Église par le pape Jean-Paul II en 1997, rejoignant ainsi deux autres femmes, sainte Thérèse d’Avila et sainte Catherine de Sienne, auxquelles Paul VI, en 1970, avait conféré ce titre, jusqu’alors reconnu seulement à des hommes. Devenue la plus jeune théologienne de l’Église, la petite Thérèse, par sa vie et ses écrits, a mis l’accent sur l’amour et la grâce de Dieu.

À l’occasion de la proclamation de sainte Thérèse comme Docteur de l’Église, le Saint-Père Jean-Paul II, dans son homélie, disait : « Elle n’a pas pu fréquenter l’université et n’a pas fait d’études suivies. Elle est morte jeune : pourtant, à partir d’aujourd’hui, elle sera honorée comme Docteur de l’Église, une reconnaissance hautement qualifiée qui l’élève dans la considération de toute la communauté chrétienne, bien au-delà de ce que peut faire un “titre académique”. (…) À une culture rationaliste et trop souvent envahie par un matérialisme pratique, elle oppose avec une désarmante simplicité la “petite voie” qui, en revenant à l’essentiel, conduit au secret de toute existence : l’Amour divin qui enveloppe et pénètre toute l’aventure humaine ».

Nous avons besoin de ce docteur, qu’est la petite Thérèse. Elle, qui a vécu une courte vie, enfermée et cachée dans un carmel, continue à être une source d’inspiration et d’encouragement pour les gens de notre temps. J’ai été très surpris, au cours de ma mission précédente, de voir les foules qui remplissaient les églises au passage de ses reliques. C’est un phénomène qui se répète toujours quand le reliquaire contenant son corps est transporté en quelque pays du monde que ce soit. C’est quelque chose d’inexplicable qui attire l’attention même de ceux qui ne croient pas et suscite en eux des questions. Mais il y a une raison : c’est le secret de la sainteté, c’est-à-dire la présence de l’amour de Dieu qui se manifeste et s’exprime dans la vie d’une âme simple.

Nous avons besoin de la petite Thérèse, en ses mains nous mettons nos vies avec nos pauvres faiblesses humaines et toute l’anxiété et les souffrances que certains d’entre nous peuvent endurer. Elle est docteur : le premier rôle du docteur est de soigner la personne malade, les délabrés et les blessés. Nous lui demandons d’être soignés et d’apprendre sa petite voie d’amour et de grâce. Nous avons besoin du regard bienveillant et de la compagnie de ses saints parents, les bienheureux Zélie et Louis Martin.

Ils nous disent que la sainteté est féconde, qu’elle est un terrain fertile où germent de nouvelles fleurs de sainteté. Depuis mon arrivée en France, il y a presque deux ans, je suis en train de découvrir la richesse que l’on trouve dans les signes de son histoire. Je suis de plus en plus touché de voir ce que la France doit à l’Église grâce aux missionnaires et aux saints des premiers siècles, et ce que l’Église doit à la France grâce aux nombreux et grands saints, d’une valeur extraordinaire et universelle, qu’elle a donnés : docteurs, pasteurs, martyrs de la charité, missionnaires, ascètes et pionner de nombreux chemins de vie chrétienne et de sainteté.

Chers frères et sœurs, nous célébrons ce matin l’Eucharistie du Seigneur en ce 15e dimanche de l’année liturgique. En contemplant la vie de cette remarquable famille Martin, nous voyons que c’est bien dans la prière, dans l’Eucharistie, dans une vie ecclésiale régulière et dans une attention très réaliste aux autres qu’ils ont puisé, au jour le jour, le dynamisme de leur don de soi. Ils sont ainsi les témoins de la joie, de la vraie joie, celle de croire et de vivre dans le Christ.

Nous sommes, nous aussi, appelés à nous décentrer de nous-mêmes, à nous tourner vers les autres et à vivre un véritable don de soi. Louis et Zélie Martin nous montrent la route. Leur fille Thérèse nous démontre combien cette route est simple et belle. Que le Seigneur fasse germer en nous les graines de la sainteté et de la droiture d’esprit, de la sagesse et de la vertu, semées dans nos cœurs humains !

C’est là que se trouve toujours et encore le secret qui peut transformer le monde, notre monde.