Fêtes Thérésiennes 2012 - Homélie du 7 octobre

Clôture des fêtes Thérésiennes 2012 - Homélie de Monseigneur Jean-Claude BOULANGER

« Si vous ne changez pas pour devenir comme les petits enfants, Vous n’entrerez point dans le Royaume des Cieux », dit Jésus. Mth 18, 2

mgr BoulangerFrères et Sœurs,

En ce Dimanche où s’ouvre à Rome le Synode pour la Nouvelle Evangélisation nous sommes invités à découvrir Thérèse comme patronne des Missions. Est-ce que Thérèse a encore quelque chose à nous dire alors que nous sommes entrés dans le 3° millénaire ? Nous allons retenir deux mots : la Foi et l’Évangélisation. Au moment où le Saint-Père nous invite à ouvrir l’année de la foi, commence en même temps le synode sur la nouvelle évangélisation. Ce sont les deux grands défis auxquels est affronté le christianisme. C’est la première fois, dans son histoire, qu’il rencontre une société de consommation et une culture technologique et sécularisée.

« Celui qui se fera petit comme un enfant sera le plus grand dans le Royaume des Cieux », dit Jésus.

Pour Jésus, le modèle de la foi, c’est l’enfant. Il est un exemple non pas à cause de sa naïveté, mais à cause de sa confiance. Thérèse écrit dans le Manuscrit B : « Je suis une enfant, les enfants ne réfléchissent pas à la portée de leurs paroles. Cependant, leurs parents… n’hésitent pas à contenter les désirs des petits êtres qu’ils chérissent autant qu’eux-mêmes ; pour leur faire plaisir, ils font des folies, ils vont jusqu’à la faiblesse… Eh bien moi ! Moi, je suis l’Enfant de l’Église et l’Église est Reine, puisqu’elle est ton Épouse, ô Divin Roi des Rois. Ce ne sont pas les richesses et la Gloire que réclame le cœur du petit enfant… Ce qu’il demande, c’est l’Amour… Il ne sait plus qu’une seule chose, t’aimer, ô Jésus. » La foi chrétienne, c’est une histoire d’amour… c’est une affaire de confiance. Dans le mot confiance, il y a le mot « foi » en latin. Le petit enfant ne demande qu’une seule chose : Aimer et être aimé. Spontanément, il met sa confiance en celui ou en celle dont il se sent aimé. C’est ainsi que Thérèse a pu s’appeler Thérèse de l’Enfant Jésus et de la Sainte Face. C’est parce qu’elle a fait l’expérience de l’amour de Jésus pour elle qu’elle a mis toute sa confiance en Lui. Trop souvent, nous en restons à penser que la foi consiste à croire en des vérités. Ceci n’est pas faux, mais à quoi bon ces vérités si nous n’aimons pas d’abord Celui qui est la Vérité. Nous sommes chrétiens à cause de Jésus et de l’Évangile. Nous ne pouvons pas être chrétiens uniquement à cause de l’Évangile. Sinon, Jésus n’avait qu’à nous donner le livre comme Mahomet a laissé le Coran. Combien de chrétiens en sont restés là ? Ils ont fait de l’Évangile un code moral et idéologique. Mais ont-ils fait l’expérience d’être aimés par Jésus ? Ont-ils fait la rencontre du Christ dans leur vie ? La foi est d’abord le fruit d’une rencontre, comme un coup de foudre. C’est une expérience spirituelle, c’est-à-dire une expérience de l’Esprit-Saint, de l’Esprit d’Amour de Jésus ressuscité. Alors, Thérèse a raison de dire que ce que réclame le cœur d’un petit enfant, c’est l’Amour et non pas les richesses et la gloire.

procession

L’Évangélisation : un rayonnement d’Amour.

Si Thérèse est la plus grande missionnaire, c’est parce qu’elle a compris que l’évangélisation est un rayonnement d’Amour. Parce qu’elle a beaucoup aimé Jésus et tous ses frères en humanité, elle est le modèle de l’évangélisation. C’est la première fois, dans son histoire, que le christianisme rencontre une société de consommation totalement sécularisée. Un adage dit : « Quant l’argent parle, la foi se tait. Quand la foi disparaît, la crédulité renaît. » Dans notre société de consommation, le primat n’est pas la relation aux autres, mais la valeur marchande. Ce qui compte, c’est ce qui se compte. Au fond, ce qui est valorisé, c’est l’efficacité au détriment de la fécondité. Pour prendre une comparaison, on pourrait dire que cette société valorise uniquement les fleurs de nos pommiers de Normandie. Mais à quoi bon les fleurs de printemps, s’il n’y a pas les fruits d’automne ? Dans l’Évangile, Jésus dit qu’on juge l’arbre à ses fruits. L’évangélisation, c’est une affaire de fruits et pas seulement de fleurs. Ne confondons jamais efficacité apostolique et fécondité apostolique. Ce n’est pas parce que nous allons tirer sur les rosiers qu’ils pousseront plus vite et donneront de plus belles roses. Le temps de Dieu n’est pas celui des êtres humains. Évangéliser, c’est accepter d’entrer dans le temps de Dieu. La conversion, c’est-à-dire le Salut de Dieu, est le fruit de l’évangélisation. Mais la conversion, c’est l’affaire de Dieu. Il n’y a pas de conversion sans l’acte d’offrande d’une vie. Nous n’aurions pas la conversion de saint Paul sans l’acte d’offrande d’Étienne, comme au pied de la croix nous n’aurions pas la conversion du centurion sans l’acte d’offrande de Jésus. Le monde ne se convertira pas sans l’acte d’offrande de notre vie. C’est encore à ce titre que Thérèse, à travers son acte d’offrande, est devenue la grande missionnaire que nous connaissons. On ne croit qu’à des témoins qui donnent leur vie. Dieu est enfanté à Nazareth dans l’acte d’offrande de Marie. Et pourtant, c’est à Bethléem qu’il va naître et se révéler au monde, à travers les bergers et les mages. Il nous faut enfanter Dieu pour ce nouveau monde qui est le nôtre. Il se révèlera là où Il le voudra… par les moyens qui seront les siens et les mieux adaptés à la diversité de nos contemporains. « Heureux ceux qui croient », dit Jésus. Devenons ces hommes et ces femmes de foi qui sont heureux de croire au milieu de nos contemporains. Thérèse est bien le modèle de la foi et de l’évangélisation et nous lui demandons qu’elle nous conduise sur les chemins inconnus de ne nouveau millénaire.

Jean-Claude Boulanger - Évêque de Bayeux et Lisieux