Le Père Pichon

Né le 3 février 1843 à Carrouges. Il entre dans la compagnie de Jésus le 30 octobre 1863 et est ordonné prêtre le 8 septembre 1873. Docteur en théologie, il enseigna la philosophie durant bien des années puis s’adonne à la prédication de retraites avant de partir comme missionnaire au Canada pendant 21 ans.

PhPichon02R250Il vient prêcher une retraite à Lisieux en 1882. C’est alors qu’il devient le directeur spirituel de Marie Martin, et ensuite de toute la famille.

En mai 1888, il prêche la retraite communautaire au Carmel à l’occasion du cinquantenaire de sa fondation. Au dernier jour, Thérèse a l’occasion de s’ouvrir à lui au confessionnal et le père dit à la jeune postulante, au terme de sa confession : « En présence du bon Dieu, de la Sainte Vierge et de tous les Saints, je déclare que vous n’avez jamais commis un seul péché mortel. » (Manuscrit A, 70r)

Cette affirmation solennelle est une grande consolation pour Thérèse qui l’apaise de ses scrupules. Elle l’explique : « Le bon père me dit encore ces paroles qui se sont doucement gravées en mon cœur : ’Mon enfant, que Notre-Seigneur soit toujours votre Supérieur et votre Maître des novices’.

Le P. Pichon repartit pour le Canada le 3 novembre 1888 pour ne revenir en France qu’en 1907. Thérèse correspond avec lui.

PhPichon01R250De la quarantaine de lettres que Thérèse écrivit au Père Pichon, aucune n’a été conservée, pas même celle qu’elle lui adresse en juillet ou août 1897 pour laquelle elle dit : « Toute mon âme était là. » Dans cette lettre-confidence, il s’agit en fait d’un commentaire du psaume du Bon Pasteur.

Le 4 juillet 1897, elle dit au sujet du Père Pichon : « Il me traitait trop comme une enfant ; cependant il m’a fait du bien aussi en me disant que je n’ai pas commis de péché mortel » - DEA 4-7-1897

Le P. Pichon qui demeure toujours plus en contact avec le Carmel de Lisieux meurt à Paris le 15 novembre 1919 (VT 1967 et 1968).
Il donne son témoignage le 25 et 26 janvier 1911. En voici quelques extraits :

« Vers 1880 ou 1881 je vins à Lisieux prêcher une retraite à l’usine Lambert. Mademoiselle Marie Martin, soeur aînée de la Servante de Dieu, vint me parler des affaires de sa conscience, et à cette occasion je nouai avec toute cette famille des relations qui n’ont plus jamais cessé. J’étais en correspondances fréquentes avec tous les enfants ; plusieurs fois j’ai été reçu aux Buissonnets (résidence de monsieur Martin) et [544v] j’ai aussi reçu à Paris et ailleurs plusieurs visites des uns et des autres. J’ai été à diverses reprises confesseur et conseiller de la Servante de Dieu. Pour ma déposition, (…) j’ai seulement fait appel à mes souvenirs personnels.

Je n’ai pas connu la mère de la Servante de Dieu ; on disait dans la famille que c’était une sainte. Quant à monsieur Martin, il m’a paru être un chrétien très fervent et très surnaturel. Il voyait tout au point de vue du bon Dieu ; on eût dit un religieux égaré dans le monde. Le milieu familial où a grandi la Servante de Dieu, était tout imprégné de foi et de piété.

La Servante de Dieu fut élevée dans sa famille sans aucune fréquentation mondaine. Ses soeurs, qui lui servaient de mère, l’élevaient avec beaucoup de soin et de délicatesse ; elle reçut donc une éducation des plus chrétiennes. Ce qui m’a beaucoup frappé dans cette enfant, ce fut sa simplicité, son ingénuité et son innocence. Elle était très aimée de son père et de ses sœurs… Mais ce qui est particulièrement remarquable dans une enfant de cet âge, c’est qu’elle s’oubliait entièrement, ne se prévalant d’aucun de ses avantages. Elle était timide et réservée ; ne se mettait jamais en avant. Au début de son noviciat, je donnai une retraite au Carmel de Lisieux. Dans les relations de direction que j’eus alors avec elle, je fus particulièrement frappé de ce que, contrairement aux apparences, le bon Dieu ne lui prodiguait pas les douceurs d’une piété affective, mais l’exerçait à une vertu solide en la conduisant par la voie des sécheresses, des privations et des épreuves intérieures. Jamais ces épreuves ne se trahissaient par un extérieur triste et préoccupé, elle les supportait avec une sérénité et une égalité d’humeur inaltérables.

Cette enfant m’a paru d’une vertu absolument exceptionnelle, surtout au point de vue de l’humilité et de l’oubli d’elle-même, rapportant tout à Dieu. Jamais je n’ai pu surprendre en elle la moindre défaillance, le moindre découragement, le plus léger fléchissement de la volonté dans la pratique de la perfection.

Pour ce qui est du Canada où j’ai séjourné 21 ans, je puis attester que la Vie de soeur Thérèse y est plus connue et plus appréciée qu’en France ; non seulement toutes les communautés religieuses, mais toutes les personnes pieuses instruites et le clergé, lisent et relisent son livre Histoire d’une âme.

Un autre fait significatif c’est le très grand nombre de vocations religieuses que l’étude de cette vie a fait éclore : que de jeunes religieuses m’ont dit : « C’est soeur Thérèse qui m’a attirée vers le cloître !. »

Pour l’Autriche, la Bohème, la Hongrie et l’Italie que je viens de parcourir en donnant des retraites, j’ai constaté le merveilleux rayonnement de cette petite âme, dont le renom de sainteté est dans tous les cœurs, même parmi les personnes du monde. Au sujet des causes de cette diffusion absolument extraordinaire du renom de sainteté et de l’influence surnaturelle de la Servante de Dieu, je dirai que cela me paraît inexplicable sans une intervention exceptionnelle du bon Dieu."

Sources : Ecrits de Thérèse et archives du Carmel de Lisieux