L’abbé Domin

L’abbé Domin est né le 1er octobre 1843 à Caen. Il fut l’aumônier des Bénédictines de Lisieux, pendant 44 ans, de 1874 à sa mort. Il était chargé non seulement de l’assistance des soeurs mais aussi de l’enseignement religieux des élèves et de la direction de diverses associations pieuses. Il fut le confesseur de Thérèse pendant son séjour à l’abbaye (1881-1886), lui fit le catéchisme et lui prêcha ses deux retraites de communion (1884 et 1885).

C’est ainsi que la petite Thérèse Martin fit avec lui sa première retraite, celle de la préparation à sa première communion en 1884 : « J’écoutais avec beaucoup d’attention les instructions que nous faisait monsieur l’abbé Domin et j’en écrivais même le résumé » (Ms A, 34r)

Voici quelques extraits de ses témoignages aux aux Procès :

Le 7 août 1911

J’ai peu de choses à dire, bien que j’aie eu des rapports assez intimes avec plusieurs membres de la famille Martin, alliée à la mienne. J’ai rencontré l’enfant bien des fois dans des réunions de famille, mais sans que mon attention se soit jamais bien fixée sur elle. Au pensionnat, je ne la voyais guère en dehors du catéchisme ; mais je dois dire qu’elle s’y tenait parfaitement bien, et savait ses leçons admirablement et qu’elle était extrêmement attentive aux explications, ne me quittant pas des yeux pendant mes instructions. Quand je posais une question plus difficile, je disais parfois : ’Demandons cela à l’un de nos docteurs’ ; je désignais ainsi les plus instruites, Thérèse et une de ses compagnes ».

Je pensais, avec beaucoup d’autres personnes, je crois, qu’elle était trop flattée, trop adulée par les membres de sa famille, et surtout par son père, qui semblait ne pas pouvoir se séparer d’elle, et l’appelai sans cesse « ma petite reine ». J’estimais qu’on s’exposait à la rendre vaniteuse et pleine d’elle-même comme tant d’autres jeunes filles. Je me suis laissé dire que ses compagnes de pension n’avaient pas pour elle une bien grande sympathie, pas de liaison affectueuse ; elle n’était que demi-pensionnaire et s’absentait souvent.

Elle était très pleureuse, comme elle le dit elle-même, et comme je l’ai constaté un jour au catéchisme. Elle passait pour suivre assez mal la messe le dimanche ; mais ceci exige une explication. On demande généralement aux enfants de suivre les différents points de la messe en lisant dans leur livre, On le demandait donc à Thérèse comme aux autres ; mais la chère enfant ne le faisait pas. Quand on lui indiquait ce qu’elle devait lire, elle remerciait avec un gracieux sourire, baissait les yeux sur son livre pendant quelques secondes, et bientôt elle relevait la tête comme si elle eût été distraite. Mais non, sans doute, elle n’était pas distraite, elle faisait une prière bien meilleure que celle de ses compagnes, en se livrant à l’oraison contemplative… D’ailleurs, on m’a quelquefois parlé de l’expression de son visage qui, pendant les offices et les cérémonies religieuses, avait quelque chose d’absolument céleste.

Je désire le succès de sa Cause de béatification, parce que l’ensemble des événements qui se passent aujourd’hui me persuade qu’elle est une âme particulièrement bénie de Dieu.

Je crois innombrables les faveurs obtenues par l’intercession de la Servante de Dieu, car j’en entends parler de tous côtés.

J’ai été environ dix ou douze fois prier sur le tombeau de la Servante de Dieu. J’y étais porté par un sentiment de dévotion et de confiance. J’ai pu constater alors que les mêmes sentiments amenaient d’autres pèlerins au tombeau. J’en ai vu de toutes les classes de la société, des prêtres, des religieuses, des séculiers, des militaires. Leur attitude n’était point celle de simples curieux, mais exprimait la piété et la religion.

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16 septembre 1915

Lorsque, en 1887, monsieur Martin, après la mort de sa femme, vint s’établir à Lisieux, il fit une visite à l’Abbaye et présenta ses enfants : c’est la première entrevue que j’ai eue avec la Servante de Dieu.

Je la rencontrai ensuite, plusieurs fois, dans la famille de monsieur Guérin, son oncle, famille avec laquelle j’ai des liens de parenté.

Mais c’est surtout, pendant son séjour à l’Abbaye comme demi-pensionnaire (octobre 1881 à janvier 1886), que j’ai connu la Servante de Dieu. Pendant cette période, j’étais son confesseur et je fus son catéchiste, au moins l’année qui précéda sa première communion et les deux années suivantes. (…) J’ai gardé ce souvenir général qu’elle avait toujours d’excellentes places et d’excellentes notes, quoiqu’elle fût une des plus jeunes, sinon la plus jeune de sa classe.

Comme confesseur , je crois pouvoir dire que la Servante de Dieu ne commettait aucune faute pleinement délibérée. Elle se prépara très consciencieusement à sa première communion. J’ai gardé souvenir d’un mot qu’elle me dit après l’absolution : « Oh ! mon père, croyez-vous que le bon Jésus soit content de moi ?. » Cette parole et surtout le ton avec lequel elle la prononça, attirèrent mon attention sur la délicatesse de son âme et la ferveur de ses dispositions.

Quand elle eut quitté définitivement l’Abbaye, je cessai de la voir.

J’ai assisté au service des funérailles dans la chapelle du Carmel, le 4 octobre 1897. Je n’ai rien remarqué d’extraordinaire dans cette cérémonie.

Depuis la mort de la Servante de Dieu, je professe pour elle une sincère et vive dévotion, basée sur la connaissance que j’ai acquise de ses vertus par la lecture de l’« Histoire d’une âme. »

Je vais faire mes dévotions au tombeau le plus souvent possible. J’ai commencé cette pratique bien avant l’ouverture du premier Procès d’information. Déjà, à cette époque, on y rencontrait des groupes de pèlerins. Depuis lors, ce courant s’est maintenu en s’accroissant de jour en jour. Aujourd’hui, chaque fois que je me rends au tombeau, je constate qu’il y a 8, 10, 15 personnes, quelquefois davantage. Parmi ces pèlerins, il y a souvent des prêtres, et ces pèlerins viennent, non seulement des environs, mais de loin et de très loin, même de l’Océanie. Dès le commencement, on y rencontrait parfois des soldats ; depuis la guerre, il y en a un bien plus grand nombre. Je crois que ces pèlerinages sont le fruit spontané de la dévotion populaire et qu’on n’a rien fait pour les provoquer. Sur la tombe, les pèlerins prient avec un recueillement profond.

Je ne crois pas qu’on ait jamais rien fait pour cacher ce qui pourrait être défavorable à l’opinion de sainteté de la Servante de Dieu. Je ne pense pas non plus qu’on ait créé artificiellement cette réputation ; quant aux moyens pris pour répandre la connaissance de la sainteté, d’ailleurs réelle, de la Servante de Dieu, plusieurs y ont vu quelque exagération : peut-être ont-ils raison ; toutefois j’estime que ces moyens humains, quoi qu’on en pense d’ailleurs, ne peuvent pas expliquer l’universalité de cette dévotion à la Servante de Dieu.

Sources : Ecrits de Thérèse et archives du Carmel de Lisieux