Monsieur l’Abbé Révérony

1836-1891

Vicaire général de Bayeux depuis 1878, il assiste à la visite de Thérèse à l’évêché le 31 octobre 1887. Thérèse raconte :

Nous allâmes directement chez Mr Révérony qui était instruit de notre arrivée ayant lui-même fixé le jour du voyage, mais il était absent (…). Après nous être reposés, nous retournâmes chez Mr Révérony. (…) Il se montra très aimable, mais je crois que le motif de notre voyage l’étonna beaucoup ; après m’avoir regardée en souriant et adressé quelques questions, il nous dit : je vais vous présenter à Monseigneur, voulez-vous avoir la bonté de me suivre. Voyant des larmes perler dans mes yeux il ajouta : Ah ! je vois des diamants… il ne faut pas les montrer à Monseigneur !… Il nous fit traverser plusieurs pièces très vastes, garnies de portraits d’évêques ; (…) Monseigneur se promenait entre deux prêtres sur une galerie, je vis Mr Révérony lui dire quelques mots et revenir avec lui, nous l’attendions dans son cabinet, là, trois énormes fauteuils étaient placés devant la cheminée (…) Mr Révérony voulut me faire prendre celui du milieu, je refusai poliment, mais il insista, me disant de montrer si j’étais capable d’obéir, aussitôt je m’assis sans faire de réflexion et j’eus la confusion de le voir prendre une chaise pendant que j’était enfoncée dans un fauteuil où quatre comme moi auraient été à l’aise (…).

Monseig. me demanda s’il y avait longtemps que je désirais entrer au Carmel : - Oh oui ! Monseigneur, bien longtemps… - Voyons, reprit en riant Mr Révérony, vous ne pouvez toujours pas dire qu’il y a 15 ans que vous avez ce désir. - C’est vrai, repris-je en souriant aussi, mais il n’y a pas beaucoup d’années à retrancher car j’ai désiré me faire religieuse dès l’éveil de ma raison et j’ai désiré le carmel aussitôt que je l’ai bien connu parce que dans cet ordre je trouvais que toutes les aspirations de mon âme seraient remplies.(…) Sans tenir compte de la recommandation de Mr Révérony je fis plus que montrer des diamants à Monseigneur, je lui en donnai !…(…) Mr Révérony voulut nous accompagner jusqu’au bout du jardin de l’évêché, il dit à Papa que jamais chose pareille ne s’était vue : Un père aussi empressé de donner son enfant au Bon Dieu que cette enfant de s’offrir elle-même !

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C’est aussi lui qui présida le pèlerinage diocésain à Rome en novembre 1887…

Monsieur l’abbé Révérony examinait soigneusement toutes nos actions, je le voyais souvent de loin qui nous regardait ; à table lorsque je n’étais pas en face de lui, il trouvait le moyen de se pencher pour me voir et entendre ce que je disais. Sans doute il voulait me connaître pour savoir si vraiment j’étais capable d’être carmélite, je pense qu’il a dû être satisfait de son examen car à la fin du voyage il parut bien disposé pour moi, mais à Rome il a été loin de m’être favorable comme je vais le dire plus loin.

C’est lui qui, le 20 novembre 1887, présenta les pèlerins à Léon XIII.

Après la messe d’action de grâces qui suivit celle de Sa Sainteté l’audience commença. (…) Avant de pénétrer dans l’appartement pontifical j’étais bien résolue à parler, mais je sentis mon courage faiblir en voyant à la droite du St Père ‘Mr Révérony’ !…’ Presque au même instant on nous dit de sa part qu’il défendait de parler à Léon XIII, l’audience se prolongeant trop longtemps… ’Très Saint-Père, lui dis-je, en l’honneur de votre jubilé, permettez-moi d’entrer au Carmel à 15 ans…’ L’émotion avait sans doute fait trembler ma voix, aussi se retournant vers Mr Révérony qui me regardait avec étonnement et mécontentement, le St Père dit : Je ne comprends pas très bien. - Si le Bon Dieu l’eût permis il eût été facile que Mr Révérony m’obtint ce que je désirais, mais c’était la croix et non la consolation qu’Il voulait me donner. - Très Saint-Père c’est une enfant qui désire entrer au Carmel à 15 ans, mais les supérieurs examinent la question en ce moment. (…) les deux gardes-nobles me touchèrent poliment pour me faire lever ; voyant que cela ne suffisait pas, ils me prirent par les bras et Mr Révérony leur aida à me soulever (…)

A la petite ville d’Assise, Thérèse obtint le privilège de monter dans la voiture de Mr Révérony, ce qui ne fut accordé à aucune dame pendant tout le voyage. Après avoir terminé de visiter le monastère de Sainte Agnès, Thérèse se retrouva soudain toute seule à son grand étonnement. Il ne restait que la voiture de Mr Révérony. Thérèse se décida après hésitation à y demander une place. Or la calèche de Mr Révérony qui était garnie des messieurs les plus distingués du pèlerinage et pas moyen de trouver une place tout était complet. Finalement un monsieur très galant lui céda sa place. Thérèse raconte : J’étais loin d’être à mon aise entourée de tous ces grands personnages et surtout du plus redoutable en face duquel j’étais placée… Il fut cependant très aimable avec moi, interrompant de temps en temps sa conversation avec les messieurs pour me parler du Carmel. (…) Une autre fois je me trouvai à côté de lui en omnibus, il fut encore plus aimable et me promit de faire tout ce qu’il pourrait afin que j’entre au Carmel…

Mr Révérony joua donc un rôle d’arbitre entre le Carmel et M. Delatroëtte pour l’admission de Thérèse.

Sources : Ecrits de Thérèse et archives du Carmel de Lisieux