1re Messe des saints Louis et Zélie Martin Lisieux

Dimanche 18 octobre 2015, Basilique de Lisieux

Homélie de Monseigneur Michel Guyard, évèque émérite du Havre

A la manière d’une boutade, il m’est arrivé d’entendre certaines personnes affirmer que c’est parce que sainte Thérèse est sainte que ses parents sont canonisés, comme pour faire rejaillir sur eux la gloire de leur fille. C’est une vision bien mondaine ! La sainteté n’est pas une récompense ! Mais non, c’est exactement le contraire, on peut dire avec justesse que c’est précisément parce que ses parents ont été des saints qu’ils ont permis à Thérèse de le devenir elle-même par l’éducation à la sainteté qu’ils lui ont donnée ainsi qu’à ses sœurs et l’on pourra peut-être prochainement dire la même chose de Léonie dont la cause de béatification est engagée.

Et c’est pour cela que Louis et Zélie sont canonisés ensemble, comme époux chrétiens, pour manifester que mariés, c’est au sein de leur vie conjugale et familiale qu’ils ont réalisé pleinement leur vocation dans l’unité de leur amour.

Et aujourd’hui, par la voix du pape, cette canonisation vient nous rappeler que le mariage et la vie familiale sont une bonne nouvelle. Bonne nouvelle en effet que l’alliance d’un homme et d’une femme qui souhaitent réaliser la vérité de l’amour humain selon le plan de Dieu dans la construction d’une famille ! Une bonne nouvelle que le Seigneur ne cesse de proclamer et dont son Eglise souhaite qu’elle soit particulièrement entendue en ce moment de notre histoire et pour notre société, qui submergée par les idéologies de toute nature prétend nous libérer du carcan des traditions archaïques soi-disant révolues.

Pour certains, proposer comme modèle le message de Louis et Zélie Martin, dans ce contexte relève du défi. Un défi parmi d’autres auquel les chrétiens sont familiers. L’évangile par nature propose la Sagesse de Dieu qui est folie pour les hommes. Il en a toujours été ainsi. D’autre part, Jésus nous a fait remarquer que seuls les humbles et les petits pouvaient entrer dans la compréhension du mystère de Dieu qui restait caché aux yeux des sages et des savants.

Alors, humbles et petits osons aller à la rencontre de Louis et de Zélie pour écouter leur message. Certes, en plus de la photographie habituelle qui les représentent dans une position un peu figée, on aimerait avoir une belle image de leur rencontre sur le pont d’Alençon qui engagea leur avenir. Voici deux jeunes adultes qui s’aiment et qui accueillent d’emblée cet amour comme un don de Dieu et un appel qui va leur permettre de vivre leur véritable vocation. L’un et l’autre avaient songé à la vie religieuse. Ce n’était pas le choix du Seigneur. Les voici prêts à répondre à ce nouvel appel dans le mariage et la fondation d’un foyer.

Ce point de départ leur fait prendre conscience que désormais, ils seront liés par un amour dont Dieu est la source. Et qu’ils vont pouvoir vivre toutes les réalités de leur vie commune et familiale comme le déploiement de la grâce de Dieu qui les accompagne. Leur foi va éclairer leur vie. Leur vie sera le reflet de leur foi.

Si aujourd’hui, il est courant d’inviter les chrétiens à établir un lien entre leur foi et leur vie, à l’époque de la famille Martin, ce n’était pas fréquent. La vie religieuse et la vie profane étaient souvent très séparées l’une de l’autre. Et il aurait paru bien étrange de parler de spiritualité conjugale et familiale ! Louis et Zélie n’en n’ont pas parlé mais ils l’ont vécue. Et c’est dans cette relation de confiance et de fidélité à Dieu qu’ils ont compris que l’approfondissement de leur amour humain leur donnait la force de toujours mieux correspondre à l’amour de Dieu. Et tout naturellement l’Amour qui s’alimentait à celui de Dieu leur permettait d’en témoigner entre eux et avec tous les autres, à commencer par leur famille, mais aussi avec tous les autres et en particulier les plus petits. Lorsque l’on prend l’habitude de vivre dans la confiance avec le Seigneur, la certitude de sa présence donne la force et le courage d’avancer et prend la place de la peur qui paralyse. Dans son abondante correspondance jamais Zélie n’évoque la crainte d’un Dieu culpabilisant, dont tant de prédicateurs de l’époque usaient abondamment et allaient parfois jusqu’à terroriser leurs fidèles. Zélie, elle, avait confiance en Dieu et prenait simplement ses responsabilités familiales et professionnelles avec son époux, et ensemble, en communion avec le Seigneur, qu’ils rencontraient à la messe quotidienne ils avançaient dans la disponibilité à la volonté de Dieu en accomplissant leurs tâches humaines.

Mais ce qui paraît sans doute plus essentiel dans le témoignage qu’ils nous ont donné c’est l’importance du foyer familial qui était pour eux le lieu privilégié où, avec leurs enfants, ils faisaient l’expérience quotidienne de la vie vécue dans l’amour de Dieu. C’est en famille que l’on apprend le pardon, la réconciliation et que l’on entretient l’amour mutuel. C’est au sein de la famille que l’on apprend à respecter les autres et à s’ouvrir pour vivre le partage. C’est en famille que l’on partage les joies et les peines, que l’on trouve le réconfort où l’on est accueilli, comme on est, sans être jugé, fraternellement, en communauté. Et c’est à partir de là que l’on peut ensuite construire la paix avec le monde, comme nous y invite s. Paul dans la lecture que nous avons entendue tout à l’heure.

Hier, le journal Ouest-France sur les panneaux publicitaires des magasins de Presse annonçait : Louis et Zélie Martin, un destin peu commun. Non, ce n’est pas un destin peu commun ni hors du commun. C’est l’itinéraire ordinaire de ceux qui croient en Jésus-Christ et se mettent à marcher à sa suite. Et il y en a beaucoup ! Mais il est bon que quelques uns nous soient proposés comme modèles pour nous encourager. Et d’autant plus qu’ils ont vécu les mêmes réalités que nous. En ce sens Louis et Zélie, nous sont proches : ils ont vécu le deuil de quatre enfants morts en bas-âge, les difficultés économiques de leur entreprise, les soucis de santé de la petite Thérèse et de Léonie, la maladie de Zélie, le veuvage de Louis avec 5 filles à élever, la maladie de Louis qui a obscurci la fin de sa vie. Mais ils ont gardé la foi.

Comme nous-mêmes sommes invités à garder la foi dans les épreuves personnelles et collectives qui sont les nôtres aujourd’hui. Comme eux, sachons entretenir nos familles comme des foyers qui s’alimentent à l’amour du Seigneur. Et nous serons de bons témoins auprès de tous nos frères. Nombreux sont sont des blessés de la vie, des enfants qui n’ont jamais été aimées pour eux-mêmes, des égoïstes qui ne cherchent que leur satisfaction personnelle, des couples brisés, … Ne jugeons pas, ne condamnons pas. Soignons les blessures, comme nous y invite le Pape François en révélant l’amour de Dieu, Le Père plein de miséricorde.

Et que Louis et Zélie qui sont dans sa lumière intercèdent pour nous aider, comme ils l’ont fait, à épanouir au mieux notre vocation pour construire dès ici-bas, le Royaume de demain.

Et pour terminer je reprendrai simplement l’oraison de cette messe : Seigneur notre Dieu, nous te rendons grâce pour les saints époux et parents Louis et Zélie Martin, que tu as sanctifiés dans la voie du mariage ; permets nous t’en prions, que leur exemple et leur prière nous vienne en aide pour vivre fidèlement, comme eux, l’évangile au quotidien. Amen

+ Michel GUYARD Evêque émérite du Havre

Mgr Michel Guyard a présidé la 1re messe des saints Louis et Zélie Martin -  voir en grand cette image
Mgr Michel Guyard a présidé la 1re messe des saints Louis et Zélie Martin