Les étrennes de Noël chez les Martin

Noël !… Temps des cadeaux !… Des jouets pour les enfants !… Chaque année, le rituel des fêtes apporte son lot de présents, d’étrennes,… qui font le bonheur surtout des plus petits.

Ainsi en a-t-il été chez les Martin. Chaque fin d’année voyait arriver la caisse de cadeaux, toujours témoin de la générosité des oncle et tante Guérin de Lisieux qui ne manquaient pas de gâter leurs petites nièces au comble de la joie !

Voici quelques extraits tirés de l’abondante correspondance de Zélie Martin, trésor qui nous livre de nombreux détails sur la vie et l’ambiance au sein de la famille. Ils en sont une bonne illustration et parlent d’eux-mêmes.

13 janvier 1867 - A sa belle-sœur, Mme Guérin

« (…) Je vous remercie beaucoup des jolis cadeaux que vous avez envoyés à mes petites filles. Vous dire le plaisir qu’ils ont causé n’est pas chose facile. A l’ouverture de la malle, c’étaient de tels cris de joie que mon pauvre père en était étourdi. Après les cris de joie sont venues les larmes, elles pleuraient toutes les quatre à laquelle le plus fort. Les petites voulaient ce que les grandes avaient. On a eu bien du mal à faire la paix. Il a fallu que bon papa se fâche et menace de reprendre tous ces beaux jouets, mais elles lui ont dit que ce n’était pas lui qui les donnait, que c’était leur tante et qu’il ne pouvait les ôter. (…) »

12 janvier 1868 – A sa belle-sœur

SteThDinetteBuissR250« J’ai reçu votre lettre ainsi que la caisse renfermant les étrennes des enfants.(…) Quand j’ai vu déballer tout cela, il y en avait quatre qui… riaient bien fort… Aujourd’hui, nous avons eu fort à faire avec toutes ces belles choses ; il y a eu exposition des jeux et une dînette complète pour étrenner le joli ménage en porcelaine ; cela a duré près de deux heures. Les enfants n’ont jamais eu autant de plaisir, Pauline disait ce soir : « Oh ! que c’est dommage que la journée soit finie, je voudrais être encore à ce matin ! »(…) »

17 janvier 1871 – A sa belle-sœur

SteThPoupéeBuissR230 "(…) Je vous remercie mille fois des belles étrennes que vous avez envoyées aux enfants, c’est beaucoup trop pour cette année si malheureuse. La petite Céline a été émerveillée de sa poupée et de sa boîte. Cela s’est parfaitement trouvé car elle était bien souffrante avec des rougeurs par tout le corps et une fièvre terrible depuis quatre jours. (…) Marie et Pauline ont colorié des images toute la journée et se sont passablement disputées pour cette fameuse boîte de peinture ; l’une disait : « C’est à moi. » L’autre répondait : « C’est à moi aussi, ma tante a dit que je m’en serve. » Mais Pauline qui est si vive perdait les pinceaux, mettait trop de couleurs ; pour en finir, j’ai ramassé la boîte jusqu’à nouvel ordre. (…) »

28 décembre 1871 – A son frère

"J’ai reçu hier, la caisse contenant les étrennes, je ne puis te dire que j’ai été contente, parce que je mentirais. J’ai trouvé que tu avais dépensé au moins la moitié plus qu’il ne le fallait (…) Cependant Léonie était comme folle de joie, elle en tremblait. La petite Céline ouvrait de grands yeux. Elle était tout interdite, et est restée ainsi, longtemps, stupéfaite, serrant son lapin dans ses bras. Quand on lui a dit que c’était sa marraine qui lui envoyait cela, ainsi que la belle robe, elle a repris d’un ton de regret : « La connais pas, moi, ma marraine… Elle est mignonne, dis ? » (…) »

24 décembre 1874 – A sa belle-sœur

« J’ai reçu hier la caisse contenant toutes les belles et bonnes choses que vous m’annonciez.(…) Vous avez toujours rendu Thérèse et Céline bien heureuses. Quand le père a déballé les jouets, j’aurais voulu que vous voyiez surtout Thérèse ! On lui avait dit : « Il y a de beaux jouets là-dedans, que la tante de Lisieux envoie. » Elle battait des mains. J’appuyais sur la caisse pour aider mon mari à la défaire, elle jetait des petits cris angoissés en me disant : « Maman, tu vas casser mes beaux jouets ! » Elle me tirait par ma robe pour me faire cesser. Mais quand elle a vu sa jolie petite maison, elle est restée muette un moment, c’est une enfant qui se frappe vivement. Céline a été aussi enchantée ; elle s’amusera beaucoup avec son jeu de cubes, mais elle n’est pas contente que sa petite sœur lui abîme ses jouets, ce qui l’oblige à les ramasser. Elle a un soin de ses affaires comme on le voit chez peu d’enfants, et elle préfère ne pas s’en servir que de les exposer à être brisés. Léonie est aussi fort satisfaite de son chapelet, qui est très beau. Puisque vous vouliez donner des étrennes à Marie et à Pauline, vous ne pouviez mieux choisir pour leur faire plaisir, car combien de fois ne m’ont-elles pas dit qu’elles désiraient un sac de voyage, que toutes leurs compagnes en avaient, exceptés elles. Je les laissais dire, car je n’achète que les choses nécessaires, et comme elles pouvaient s’en passer, je ne jugeais pas à propos de les contenter ; mais je vois ici leur bonheur.(…) »

5 décembre 1875 – A sa fille Pauline

SteThJeudeCubesBuissR250« (…)Voilà Céline qui s’amuse avec la petite au jeu de cubes, elle et Thérèse se disputent de temps en temps. Céline cède pour avoir une perle à sa couronne. Je suis obligée de corriger ce pauvre bébé, qui se met dans des furies épouvantables quand les choses ne vont pas à son idée, elle se roule par terre comme une désespérée croyant que tout est perdu, il y a des moments où c’est plus fort qu’elle, elle en est suffoquée. C’est une enfant bien nerveuse, elle est cependant bien mignonne et très intelligente, elle se rappelle tout. »

9 janvier 1876 – A sa belle-sœur

« Je suis sûre que vous n’êtes pas contente de moi ; je suis restée trop longtemps sans vous remercier de belles étrennes que vous avez envoyées, et qui ont été accueillies par de tels cris de joie, que j’en ai pris ma tête à deux mains et en ai souffert jusqu’au soir. Avec cela, des ouvrières m’attendaient ; vous n’avez pas idée de ce tumulte ! Il n’y avait que Marie à ne pas faire de bruit ; c’est la seule raisonnable. Elle était ravie de son petit coffret, qu’elle a mis en parade dans sa chambre, avec tout ce qu’elle a de bijoux. Pauline faisait un tapage d’enfer avec sa belle papeterie et dansait de joie à en démolir le plancher. Léonie ne faisait pas grand éclat ; elle s’amusait à tourner et retourner son sac, paraissant très satisfaite de son lot. Céline trépignait de bonheur devant son « nécessaire ». Et Thérèse ! Il fallait la voir !… Sa fortune était faite ! elle ne désirait plus rien en ce monde. Elle s’amuse constamment avec sa jolie voiture. Enfin, je vous remercie sincèrement et je voudrais pouvoir aussi vous faire plaisir.(…) »