Le « Bestiaire » de la Basilique de Lisieux

Le grand vitrail du transept nord de la Basilique montre, dans sa partie basse, quatre grands symboles empruntés au bestiaire chrétien. Se construisant sur un substrat de culture latine et de légendes antiques, l’Eglise a su utiliser à son profit le langage des symboles imagés : naturellement « parlants » ils étaient faciles à mémoriser et à comprendre par une majorité de gens illettrés à l’époque. Regardons-les en commençant par le centre.

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LE CERF, SYMBOLE DU BAPTÊME

Le cerf est symbole de la soif de l’âme qui attend tout de Dieu : « Comme un cerf altéré cherche l’eau vive, ainsi mon âme te cherche mon Dieu, mon âme a soif du Dieu vivant » (Ps 41-42). L’observation par les anciens de la chute et de la repousse des bois du cerf, a bien vite donné à l’animal l’image de la renaissance. De plus, la légende affirme que le cerf peut tuer les serpents et que, pour ne pas succomber à leurs morsures, il boit pendant des jours de l’eau claire pour se purifier et être rendu pleinement à la vie. Très vite, le cerf est identifié par les chrétiens au catéchumène, à son aspiration au baptême dont l’eau va le purifier du « venin » du péché.

LE PELICAN, SYMBOLE DE L’EUCHARISTIE

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Cet oiseau se trouve très fréquemment dans les églises, sculpté aux portes des tabernacles ou au devant des autels. Selon la légende le pélican se percerait la poitrine et son sang jaillissant nourrirait ses petits. Quel animal extraordinaire ! Donner sa vie pour ses enfants. « Il n’y a pas de plus grande preuve d’amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime. » (Jn 15, 13). Le pélican, à l’heure chrétienne, devient symbole de l’Eucharistie, du Corps et du Sang du Christ donnés pour le Salut des hommes.

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L’AIGLE, SYMBOLE DE LA CONTEMPLATION

Un aigle, au plumage d’un rouge lumineux, est représenté regardant le soleil. La tradition antique prétendait que l’aigle pouvait fixer le soleil sans fermer les yeux. Partant de ce constat, l’aigle devint le symbole de celui qui demeure toujours en présence du Seigneur, n’en détournant jamais le regard, et dont l’âme s’élève au-dessus des choses terrestres.

LA POULE, SYMBOLE DE L’AMOUR QUI RASSEMBLE

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Enfin, les deux vitraux des extrémités nous montrent une scène champêtre : une petite poule, blanche, entourée de ses poussins. Loin d’être plus anecdotiques que les précédents animaux, poule et poussins sont premièrement signe de vie nouvelle. Mais surtout, la poule est symbole de maternité, veillant et protégeant ses petits. Elle est capable de couver jusqu’à en oublier de boire et de manger. Elle fait preuve d’une attention constante pour ses poussins et est prête à les défendre jusqu’à la mort, gloussant sans cesse pour leur éviter de se perdre et pour les encourager. Jésus lui-même a parlé de la poule et s’est comparé à elle en s’adressant à Jérusalem : « Combien de fois ai-je voulu rassembler tes enfants comme une poule rassemble ses poussins sous ses ailes… » (Mt 23, 37)

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En arrière-plan des vitraux montrant la poule figure un monument : on reconnaît très bien la chapelle du Carmel de Lisieux. Il y aurait donc un lien entre ce vitrail de la poule et la vie de Thérèse au Carmel ? Dimanche 7 juin 1897. Thérèse est malade depuis plus d’un an, elle marche difficilement. Elle est plongée dans l’épreuve de la foi, ne percevant rien de la présence de Dieu : « Le ciel est tellement noir que je ne vois aucune éclaircie » (CJ 27.5.6). Cependant, « parfois, il est vrai, un tout petit rayon de soleil vient illuminer mes ténèbres, alors l’épreuve cesse un instant » (Ms C, 7v°)

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En ce dimanche de juin, elle fait quelques pas avec Sr Agnès de Jésus, sa sœur Pauline, dans le jardin du monastère. Laissons Pauline raconter :

« En descendant les marches, elle vit, à droite, sous le néflier, la petite poule blanche qui avait tous ses poussins sous ses ailes. […] Elle s’arrêta toute pensive à les considérer. Au bout d’un moment, je lui fis signe qu’il était temps de rentrer. Elle avait les yeux pleins de larmes. Je lui dis : « Vous pleurez ! » Alors elle mit sa main devant ses yeux en pleurant davantage et me répondit : « Je ne puis pas vous dire pourquoi en ce moment ; je suis trop émue… » Le soir, dans sa cellule, elle me dit avec une expression céleste : « J’ai pleuré en pensant que le bon Dieu a pris cette comparaison pour nous faire croire à sa tendresse. Toute ma vie, c’est cela qu’il a fait pour moi ! Il m’a entièrement cachée sous ses ailes !… » (CJ 7.6.1).

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