La famille Martin et le monastère de la Visitation du Mans (partie II)

Dans « Histoire d’une âme », Thérèse aime se rappeler le bonheur qu’elle éprouvait à voir revenir de la Visitation du Mans, ses deux soeurs aînées : Marie et surtout Pauline qui, la prenant dans ses bras, lui témoignait beaucoup d’affection et d’attention.

Mais encore, elle ne manque pas de se souvenir de son voyage jusqu’au Mans pour visiter sa tante. On vous la laisse suivre au fil des détails épiques qui nous permettent d’imaginer aisément la scène de cette anecdote. Thérèse n’a que 3 ans.

PhTh4ans"Je me rappelle du voyage que j’ai fait au Mans, c’était la première fois que j’allais en chemin de fer. Quelle joie de me voir en voyage seule avec Maman !… Cependant je ne sais plus pourquoi je me suis miser à pleurer et cette pauvre petite Mère n’a pu présenter à ma tante du Mans qu’un vilain petit laideron tout rouge des larmes qu’il avait répandues en chemin…
Je n’ai gardé aucun souvenir du parloir mais seulement du moment où ma tante m’a passé une petite souris blanche et un petit panier en papier bristol rempli de bonbons sur lesquels trônaient deux jolies bagues en sucre juste de la grosseur de mon doigt, aussitôt je m’écriai - « Quel bonheur ! il y aura une bague pour Céline. » Mais ô douleur ! je prends mon panier par l’anse, je donne l’autre main à Maman et nous partons, au bout de quelques pas je regarde mon panier et je vois que mes bonbons étaient presque tous semés dans la rue, comme les pierres du petit poucet… Je regarde encore de plus près et je vois qu’une des précieuses bagues avait suivi le sort fatal des bonbons… Je n’avais plus rien à donner à Céline !… alors ma douleur éclate, je demande à retourner sur mes pas, maman ne semble pas faire attention à moi. C’en était trop, à mes larmes succèdent mes cris… Je ne pouvais comprendre qu’elle ne partage pas ma peine et cela augmentait de beaucoup ma douleur…"

Plus tard, dans une lettre qu’elle adresse le 3 avril 1894 à soeur Marie-Aloysia Vallée, Thérèse évoque encore ce voyage qui a marqué son âme d’enfant : « Je me souviens parfaitement de mon voyage à la Visitation du Mans à l’âge de 3 ans, je l’ai renouvelé bien des fois par le cœur, et la grille du Carmel n’est pas un obstacle qui m’empêche de visiter souvent ma chère Tante et toutes les Mères Vénérées qui veulent bien aimer sans la connaître la petite Thérèse de l’Enfant-Jésus… »

Zélie GuérinZélie, la maman de Thérèse, conte cet épisode dans sa lettre du 29 avril 1875 à son frère et sa belle-soeur : « J’oubliais de vous donner des nouvelles de ma soeur que je viens de voir. Ma soeur se porte bien en ce moment. J’ai emmené la petite Thérèse qui était très heureuse de partir en chemin de fer. Quand nous sommes arrivées au Mans, elle était fatiguée, elle a pleuré. Elle est restée au parloir tout le temps sage comme une grande fille ; sa tante n’en revenait pas, mais ce n’est pas son habitude. Je ne sais ce qu’elle avait, son petit cœur était gros, enfin les larmes sont venues sans bruit. Elle était suffoquée. J’ignore si ce sont les grilles qui lui ont fait peur. Après, tout a bien été. Elle répondait à toutes les questions, comme si elle avait passé un examen ! La Supérieure est venue la voir et lui a fait de petits cadeaux. Je lui ai dit : ’Demande à la bonne Mère qu’elle te donne sa bénédiction. - Elle a repris : Ma Mère, voulez-vous venir chez nous ?’ Cela a fait rire tout le monde. »

phtantedositheevisitandinerec180 00e6eEnfin, voici la version des faits de la tante Dosithée, fondée sur cette même entrevue au parloir du lundi de Pâques 1875 : « Zélie m’a amené sa petite Thérèse. C’est une petite fille qui est très mignonne et d’une obéissance rare ; elle a fait tout ce qu’on lui a dit sans se faire prier et a été si tranquille qu’on l’aurait fait rester, toute la journée, assise sans bouger. Que j’ai été contente de voir ce cher petit Ange ! »