Lisieux, le 22 Décembre 2012

Inauguration de la chapelle Notre-Dame du Sourire

Homélie de Mgr Jean Claude Boulanger, Evêque de Bayeux - Lisieux

« Mon âme exalte le Seigneur » chante la Vierge Marie.

Frères et Sœurs,

J’aimerais méditer avec vous cette parole de la Vierge Marie : « Mon âme exalte le Seigneur ». Parfois, les mots n’existent pas pour exprimer les réalités les plus profondes de l’être humain. Mais les mains de l’artiste savent tellement bien les révéler. Elles sont souvent les yeux de son cœur et la fenêtre de son âme. Oui, je rends grâces à Dieu comme Marie le chantait pour ces mains habiles et ces âmes ferventes qui font monter la prière des hommes vers le ciel. Ces mains, mettent tant d’harmonie que les riches et les pauvres se rassemblent, que les croyants et les non-croyants découvrent que l’homme ne vit pas seulement de pain.

ChErmR400

Les œuvres des hommes sont souvent plus belles que leur histoire. Elles sont plus lourdes d’espoir que leur vie ne peut leur faire entrevoir. Vous tous, sans le savoir, vous êtes des sentinelles de l’espérance, car depuis des millénaires des hommes et des femmes ne cessent de chanter leur indicible espoir. Nos contemporains oublient parfois qu’ils ont une âme. C’est la dimension spirituelle qui donne sens à la vie. Comme le disait Dostoïevski : seule la beauté sauve le monde. Le Pape Jean-Paul II écrivait en l’an 2000, dans sa lettre aux artistes : « Oui, si l’Eglise a besoin de saints, elle a aussi besoin d’artistes. Vous savez bien qu’entre les artistes et les mystiques, il y a une vraie connivence. » Et c’est déjà à ce titre que je voudrais remercier Madame Fleur Nabert pour son œuvre.

Notre Dame du Sourire

ChErmTabernacleR200Nous célébrons la beauté par excellence, la Vierge Marie.

Ici elle est invoquée sous le nom de Notre Dame du Sourire grâce à Thérèse. Rappelons qu’un sourire coûte moins cher que l’électricité mais donne bien plus de lumière.

ChErmOstensoirR200Marie est toute transparente à l’Amour de Dieu. C’est la femme transfigurée par la beauté de Dieu. Nous évoquons l’amour d’une mère. Nous célébrons une vie, la vie d’une femme transfigurée par l’amour de Dieu. Tout en elle respire la bonté, l’amour. L’Eglise nous rappelle que son corps est transfiguré comme celui de son Fils. Elle a su dire oui à Dieu parce que tout en elle était confiance dans la vie. Elle en a accepté les risques, elle en a vécu les joies et les peines. Comme on dit elle a pris le bouquet en entier, les roses et les épines. Elle a cru en son Fils Jésus, mais souvent dans le silence de son cœur. Elle n’a pas toujours compris mais heureuse est-elle, celle qui a cru. Elle a su dire merci à Dieu parce qu’elle avait beaucoup donné. Voilà la vie d’une mère.

ChErmAmbonR200C’est en pensant à elle que Jésus a pu dire « Heureux ceux qui écoutent la Parole de Dieu et qui la mettent en pratique ». Confie-toi à Marie, nous dirait Thérèse. Dans un de ses poèmes adressé à la Reine du ciel, elle écrit :
« Ne t’inquiète pas Marie
De l’ouvrage de chaque jour.
Car ton travail en cette vie
Doit être uniquement : « L’Amour ».
Mais si quelqu’un vient à redire
Que tes œuvres ne se voient pas.
« J’aime beaucoup, pourras tu dire.
« Voilà ma richesse ici-bas !… »

(Poésie N°13)

« Entre dans la petite voie », dirait Thérèse

N’y a-t-il de geste plus suggestif que les mains de Thérèse. Lorsque nous sommes nés, nos poings étaient fermés. Il nous faudra toute la vie pour apprendre à les ouvrir.

Dans un geste de confiance et d’abandon, Thérèse semble se jeter dans les bras de Marie comme elle se jetait dans les bras de sa maman à Alençon en bas de l’escalier.

ChErmThdefaceR200L’abandon est le contraire de la peur, car le véritable abandon appartient à celui qui se bat avec la vie, tout simplement à l’homme des Béatitudes. Peut-on avoir l’audace de s’abandonner à Dieu si l’on n’a pas confiance en soi et dans les autres ? C’est souvent à travers l’abandon à Dieu que se produit un long chemin de réconciliation avec soi-même, comme l’a fait Charles de Foucauld. Comme le dit encore Bernanos : « Il est plus facile que l’on croit de se haïr. La grâce est de s’oublier. Mais si tout orgueil était mort en nous, la grâce des grâces serait de s’aimer humblement soi-même, comme n’importe lequel des membres souffrants de Jésus-Christ ».

En contemplant les mains de Thérèse nous découvrons que ce sont les mains de l’humanité tendues vers Marie et son Fils Jésus. Elle a été profondément solidaire de cette humanité marquée par les ténèbres de la nuit. Mais elle savait que celui qui prie Marie ne désespère pas de la vie.

En 2005, le pape Benoît XVI écrivait : « L’homme qui s’abandonne totalement entre les mains de Dieu ne devient pas un pantin de Dieu, une ennuyeuse personne consentante, il ne perd pas sa liberté. Seul, l’homme qui se confie totalement à Dieu trouve la vraie liberté. »

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On comprend mieux pourquoi Thérèse aie pu écrire dans ses poésies : Elle s’adresse alors à Dieu :
« Mon ciel est de rester toujours en sa présence
De l’appeler mon Père et d’être son enfant.
Entre ses bras divins, je ne crains pas l’orage.
Le total abandon, voilà ma seule loi.
Sommeiller sur son Cœur, tout près de son visage
Voilà mon ciel à moi »

(Poésie n° 32 – Mon ciel à moi)

Et elle ajoutera :
« Maintenant c’est l’abandon seul qui me guide. Je n’ai pas d’autre boussole. Je ne puis rien demander avec ardeur, excepté l’accomplissement parfait de la volonté du bon Dieu en mon âme. »
« J’ai une si grande confiance en Dieu qu’il ne pourra m’abandonner. Je remets tout entre ses mains ».

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Vivre dans les mains du Seigneur.

Edith Stein, celle qui va mourir en camp de concentration, cette carmélite qui s’est tant inspirée de Thérèse au point de s’appeler : Sœur Thérèse Bénédicte de la croix, écrira :
« Comment peut-on commencer à vivre dans les mains du Seigneur ? » Chaque jour, je prends ce qui vient et je demande seulement que me soient données les forces nécessaires pour tout mener à bien. Le Seigneur nous attend pour prendre sur lui tous nos poids, nous consoler, nous aider, tel un ami demeurant toujours le même.
Pour autant que l’on s’abandonne sans aucune assurance humaine dans les mains de Dieu, l’abri que l’on y trouve n’en est que plus profond et plus beau.
Celui qui s’abandonne dans les mains de Dieu peut être certain qu’il est conduit sûrement et ne se perd jamais. Déposez en toute confiance dans la main de Dieu tous vos espoirs sur l’avenir, et laissez-vous guider par le Seigneur comme un enfant. Alors, vous êtes sûr de ne pouvoir rater votre chemin. »

Photos : B. Lorber
Pour découvrir le site de Fleur Nabert : www.fleurnabert.com