Homélie des fêtes thérésiennes 2009

Monseigneur Fernando Guimarães, Evêque Diocésain de Garanhuns – Brésil Lisieux, 27 Septembre 2009

Monseigneur Fernando Guimarães
Monseigneur Fernando Guimarães

C’est avec un sens de vive gratitude envers mon frère Mgr Pierre Pican, Évêque de Bayeux-Lisieux, et envers Mgr Bernard Lagoutte, Recteur du Pèlerinage de Lisieux, que j’ai accueilli leur invitation à présider cette solennité de Thérèse. Pendant bien plus de 20 ans j’ai été un fidèle pèlerin de Lisieux en tant que Prêtre, quand je travaillais au service du Saint-Père à Rome. Pour la première fois, je reviens en ce saint lieu comme Évêque, Successeur des Apôtres. J’amène avec moi l’amour et la vénération des brésiliens pour Thérèse et, de façon spéciale, j’amène avec moi l’affection et la dévotion - chaude et intense – des prêtres brésiliens pour Thérèse, leur sœur.

Thérèse et l’année sacerdotale

Nous sommes dans le cours de l’Année Sacerdotale, promulgué par le Saint-Père Benoît XVI, pour approfondir dans tous les secteurs de l’Église la conscience de l’identité particulière des prêtres et pour les appeler tous à la fidélité envers leur ministère : Fidélité du Christ, Fidélité du Prêtre ! Comme Thérèse, du haut du ciel, sera heureuse de cette initiative, elle qui a consacré à la sanctification du clergé sa vie carmélitaine, jusqu’aux extrêmes efforts des derniers moments de sa vie : « je marche pour un missionnaire ! ».

Oui, elle est présente dans la vie et dans le ministère de très nombreux prêtres qui la considèrent comme leur sœur, qui reconnaissent son intercession efficace dans leur sanctification et dans l’exercice de cette charité pastorale qui est l’âme de tout le ministère. Thérèse est, sans aucun doute, l’une de ces figures ecclésiales qui, en même temps qu’une grande foule de saints prêtres, doivent éclairer le parcours de l’Église pendant cette année : ses écrits, ses paroles mais, surtout, l’exemple de sa vie sont une invitation pressante faite aux prêtres, à redécouvrir leur identité propre et le lien spécial qui les unit au Christ Bon Pasteur et Tête de l’Église ; au Christ, Prêtre et Victime.

Thérèse et la sanctification du clergé

En devenant Carmélite, Thérèse vit sa vocation en se mettant au service de la sanctification des prêtres : « O ma Mère ! qu’elle est belle la vocation ayant pour but de conserver le sel destiné aux âmes ! Cette vocation est celle du Carmel, puisque l’unique fin de nos prières et de nos sacrifices est d’être l’apôtre des apôtres, priant pour eux pendant qu’ils évangélisent les âmes par leurs paroles et surtout par leurs exemples » (Ms A, 55r). Vocation sublime, qui cependant doit être vécue par des hommes concrets, fragiles et ayant besoin - eux aussi - de la grâce dont ils sont ministres pour les autres. Et Thérèse découvre ainsi, dans la même veine missionnaire avec laquelle elle avait écouté la voix du Christ demandant à boire et avec laquelle elle se mettait à recueillir spirituellement le sang rédempteur qui jaillissait de la croix, l’importance et la nécessité de la prière pour la sanctification des prêtres. Thérèse se consacrera à conquérir des âmes sacerdotales pour le Seigneur. C’est avec cette conscience qu’elle rentre au Carmel de Lisieux : « Ce que je venais faire au Carmel, je l’ai déclaré aux pieds de Jésus-Hostie, dans l’examen qui précéda ma profession : « Je suis venue pour sauver les âmes et surtout afin de prier pour les prêtres. » » (Ms A, 69v). Il s’agit, pour Thérèse, d’une action destinée à former dans la sainteté l’âme des prêtres, pour qu’ils puissent refléter dans la vie réelle ce qu’ils sont sacramentellement, même si cette action de formation, pour la carmélite, se fait par l’amour, la prière et la vie de donation dans la clôture de son monastère. Comme le déclarera Céline lors du procès de sa sœur, « elle appelait ce genre d’apostolat faire le commerce en gros, puisque par la tête elle atteignait les membres » (Procès de Béatification et Canonisation de Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus et de la Sainte Face - I Procès Informatif Ordinaire, Teresianum, Roma 1973, p. 270).

Un second moment important, dans les dernières années de sa vie, est le rapport que Thérèse établit avec deux prêtres qu’elle reçut comme frères spirituels : l’abbé Belliere en 1895 et le Père Rouland en 1896. Ce sera une relation profonde, faite de prière mais aussi d’une participation effective à leur ministère : « (Le bon Dieu) m’a unie par les liens de l’âme à deux de ses apôtres, qui sont devenus mes frères… » (Ms C, 31 v). L’imminence de la mort porte Thérèse à la découverte de sa mission posthume (« Je reviendrai…, » DE 9.7 ; « je veux passer mon ciel à faire du bien sur la terre », DE 17.7) À la lumière de cette mission posthume, son rapport avec les prêtres prend une nouvelle intensité et une modalité propre : on prend en considération sa présence spirituelle, mais réelle, à côté d’eux, partageant leurs efforts, aidant à leur sanctification. A l’abbé Belliere, Thérèse écrit : « je vous promets de rester votre petite sœur là-haut. Notre union loin d’être brisée deviendra plus intime, alors il n’y aura plus de clôture, plus de grilles et mon âme pourra voler avec vous dans les lointaines missions. Nos rôles resteront les mêmes, à vous les armes apostoliques, à moi la prière et l’amour… » (LT 220). Oui, Thérèse a conscience de sa mission auprès de tous les prêtres ! Combien se réalise, en effet, ce qu’elle a promis à son frère spirituel, Belliere : « Quand mon cher petit frère partira pour l’Afrique, je le suivrai non plus par la pensée, par la prière, mon âme sera toujours avec lui et sa foi saura bien découvrir la présence d’une petite sœur que Jésus lui donna non pour être son soutien pendant deux ans mais jusqu’au dernier jour de sa vie » (LT 253).

L’année sacerdotale et la famille

Une dernière pensée, que j’estime pertinente en cette Année Sacerdotale. Je me réfère à l’importance de la famille chrétienne dans la découverte, le développement et la persévérance des vocations au sacerdoce et à la vie consacrée. La récente Béatification de Louis et Zélie Martin, les parents de Thérèse, nous rappelle cette grande vérité : ils ne sont pas saints du fait qu’ils sont les parents de Thérèse. Nous devons dire, au contraire, que c’est parce qu’elle a eu des parents saints que Thérèse a pu devenir une grande sainte. Dans sa famille et avec ses parents, Thérèse a appris à aimer les prêtres, à reconnaître leur identité sacramentelle de configuration ontologique au Christ Bon Pasteur. Que les Bienheureux Louis et Zélie aident nos familles à être des foyers d’amour, de petites églises domestiques, construites sur la foi et fidèles aux engagements du baptême.

Procession avec les reliques de Sainte Thérèse

Conclusion

Dans son réalisme spirituel, Thérèse a bien compris ce qu’elle appelait les « sublimes fonctions » du prêtre (Ms A 56, r), son « sublime apostolat » (RP 8,5), sa « sublime mission » (PN 40). Les prêtres sont appelés par Jésus à devenir des apôtres qui évangélisent le monde entier par « leurs paroles et surtout par leurs exemples » (Ms A 56 r). Ils portent Jésus dans leurs mains et le donnent aux autres. Comment ne pas citer ici sa parole de feu : « Je sens en moi la vocation de Prêtre, avec quel amour, ô Jésus, je te porterais dans mes mains lorsque, à ma voix, tu descendrais du Ciel… Avec quel amour je te donnerais aux âmes ! » (Ms B, 2v). Et, pourtant, elle a bien compris qu’ils sont aussi « des hommes faibles et fragiles » (Ms A, 56 r). Et en même temps, elle continue de les aimer et nous dit qu’ils ont « un extrême besoin de prière » (Ms A 56 r ; RP 2,7). Lorsqu’elle compose en février 1895, devant le Saint Sacrement exposé, sa grande poésie « Vivre d’Amour », elle y ajoute cette prière : « Vivre d’amour, c’est, ô Divin Maître, te supplier de répandre tes Feux [c’est-à-dire l’Esprit Saint] en l’âme sainte et sacrée de ton Prêtre, qu’il soit plus pur qu’un séraphin des cieux ! » (PN 17,10). Quelques mois auparavant, à la fin de 1894, elle fait dire à Jésus : « Je voudrais que l’âme du Prêtre ressemble au séraphin du Ciel ! Je voudrais qu’il puisse renaître avant de monter à l’autel ! Afin d’opérer ce miracle il faudrait que, priant toujours, des âmes près du tabernacle s’immolent pour moi chaque jour » (RP 2, 14-15). Le même refrain, dans la poésie Les Sacristines du Carmel (novembre 1896) : « Nous devons aider les apôtres par nos prières, notre amour. Leurs champs de combats sont les nôtres, pour eux nous luttons chaque jour » (PN 40,8).

Permettez-moi d’exprimer, en ce lieu sacré et en cet instant solennel, un désir qui naît du plus profond de mon cœur et de mon expérience de vie sacerdotale. Je désire le proposer peut-être comme un rêve : voir un jour Thérèse de Lisieux proclamée Patronne des Prêtres du monde entier, auprès de Saint Jean-Marie Vianney, le Saint Curé d’Ars ; d’un côté le Prêtre qui a vécu radicalement la charité pastorale dans le dévouement total à son ministère ; de l’autre, la contemplative qui a été et est toujours à côté de chaque prêtre du monde, l’aidant à aimer Jésus et à le servir dans les frères.

Amen.