Homélie de Monseigneur Olivier Schmitthaeusler

Vicaire Apostolique de Phnom Penh Cambodge

Nous possédons comme un trésor les lettres que Ste Thérèse, depuis le Carmel, a échangées avec un prêtre des Missions Etrangères, le Père Adolphe Rouland, au moment où celui-ci après sa première messe au Carmel, le 3 juillet 1896, partait vers la Chine. Entre la Carmélite et le Missionnaire s’établit un véritable partenariat. Après la mort de Thérèse, beaucoup de liens se sont developpés entre les MEP et Lisieux.
Nous étions heureux d’accueillir le jeune évêque Phnom-Penh, Mgr Olivier Schmitthaeusler, le dimanche 22 juillet. Né à Strasbourg le 26 juillet 1970, il a été consacré évêque le 20 mars 2010. Il est le Vicaire Apostolique de Phnom-Penh. Fervent thérésien, il est venu à Lisieux pour préparer la venue, au Cambodge, du Reliquaire de Thérèse en 2013. Son homélie sur les textes du 16° dimanche du temps ordinaire (Jér 23/1-6, Eph 2/13-18, Mc 6/30-34) a été fort appréciée, actualisant la Parole de Dieu à son expérience missionnaire au Cambodge.

Les lectures de ce dimanche nous invitent à nous émerveiller devant la délicatesse et la prévenance de Dieu pour les hommes….

Dans la première lecture, Dieu se met en colère à cause des bergers qui laissent périr leur troupeau et il annonce qu’il va s’occuper de brebis, de toutes les brebis, celles qui sont sur les verts pâturages comme celle qui sont égarées où dispersées
Le Psaume est un hymne à la prévenance du Seigneur pour nous ; je ne manque de rien, il me mène vers les eaux tranquilles, il me prépare la table, il répand du parfum sur ma tête
La deuxième lecture nous montre le Christ, Homme Nouveau qui vient apporter la Bonne Nouvelle de la paix pour ceux qui sont proches ou loin de lui….
Et l’Evangile nous fait renter dans le mystère de l’humanité de Jésus qui prend soin de ses disciples : venez à l’écart, reposez vous…. et de la foule qui accourent : il fut saisi de pitié… car ils étaient comme des brebis sans berger…. Il se mit à les instruire longuement….
Comme il est bon d’entendre ces lectures au cœur de l’été… elles nous pacifient. Elles sont un appel à relire notre façon de vivre et d’aimer…. Notre manière d’entrer en relations avec les autres mais aussi avec Dieu. Ce matin, revisitons ensemble quelques images de Dieu BasilPère200

Une première image

1. L’Hospitalité de Dieu : Dieu est prévenant… un hôte parfait….

N’aimerions-nous pas être l’hôte de Dieu ? L’hôte de Dieu ne manque de rien, la table est prête et même du parfum est délicatement versé sur sa tête ! L’hospitalité de Dieu qui déjà transparaît de manière si simple lorsqu’Abraham accueille ses hôtes, qui se manifeste avec tant de joie dans l’accueil d’Elisabeth lorsque Marie vient la visiter à l’improviste et qui trouve son achèvement lorsque Jésus prépare son dernier repas et lave les pieds des ses hôtes….
L’hospitalité de Dieu ne s’encombre ni de cartons d’invitations ni de nappes immaculées… mais de beaucoup de spontanéité du cœur et de disponibilité…. C’est de cette manière que Dieu veut aussi venir chez nous…. Comme Jésus qui s’invite chez Zachée. Ce matin Dieu s’invite dans nos vies, il frappe à la porte de notre cœur pour que nous l’accueillions comme il nous accueille… En français nous avons ce mot hôte qui a un double sens l’invité et celui qui invite…. Dieu est cet hôte intérieur qui prépare la table de la paix et de la joie dans nos vies mais qui nous appelle à être aussi de ceux qui l’accueille dans la paix et la joie.
Dans cette hospitalité vécue et partagée, une relation nouvelle s’instaure avec Dieu et nous et cette hospitalité nous ouvre les yeux et les mains pour que nous devenions l’hôte de tous ceux qui passent sur nos routes…. Au Cambodge, les gens vivent à l’ombre de leurs maison à pilotis et lorsque quelqu’un passe, ils sont toujours heureux d’offrir une tasse de thé où une noix de coco fraichement cueillie…combien de fois ai-je contemplé ces petites visitations en me rappelant Abraham ou Elisabeth….
Demandons au Seigneur de nous aider à être prévenant et accueillant comme lui nous accueille et nous parent de sa paix et de sa joie en nous inondant de son parfum de vie et d’amour en chantant avec Thérèse :

  • Au soir d’Amour, parlant sans parabole
  • Jésus disait : « Si quelqu’un veut m’aimer
  • Toute sa vie qu’il garde ma Parole
  • Mon Père et moi viendrons le visiter.
  • Et de son cœur faisant notre demeure
  • Venant à lui, nous l’aimerons toujours !…
  • Rempli de paix, nous voulons qu’il demeure
  • En notre Amour !… »

    Une deuxième image :

2. Dieu a pitié parce qu’il aime…..

Lorsque Jésus voit cette foule immense alors qu’il part vers un endroit calme pour prendre un peu de repos avec ses disciples revenus de leur première mission, Jésus est immédiatement saisi de pitié en voyant cette foule et il oublie son repos pour les enseigner…
« Il fut saisi de pitié », cette pitié de Jésus pour la foule qui a faim, la foule sans berger, la pitié du Père lorsque le fils prodigue revient… c’est cette pitié qui saisit les entrailles, cette pitié d’un cœur maternelle pour son enfant qui souffre ou qui pleure…
Coeur de JésusCe n’est pas une pitié de dédain ou de condescendance… c’est une pitié aimante qui envahit tout le cœur et l’esprit de Jésus. Une pitié qui fait agir et réagir au quart de tour car elle voit un homme qui souffre, un enfant qui a faim, un vieillard abandonné…
C’est une pitié pétri d’amour, de compassion, de miséricorde. C’est une pitié qui met debout en offrant une vie nouvelle… c’est une pitié qui dit combien de fois : ta foi t’as sauvé, va !
Quelle joie pour celui qui se sait saisi par ce regard de pitié aimante ! Quelle force pour celui qui se laisse embrasser par cette compassion miséricordieuse…. Vous connaissez ce beau tableau de Rembrandt qui montre le vieux père embrassant son fils à genoux la tête enfouie dans ses entrailles…. Cette pitié de Jésus, c’est cette béatitude mystérieuse : heureux ceux qui pleurent, ils seront consolés…
Laissons-nous saisir par cette pitié de Jésus pour retrouver notre dignité d’enfants de Dieu à l’image et la ressemblance de Dieu mais plus encore, ayons aussi ce regard de pitié aimante pour ceux qui ont besoin d’une parole, d’un regard qui relèvent.
Combien de fois ai-je été témoin de cette pitié aimante de Jésus qui relève. Le mois dernier, je confirmais une vieille femme de 87 ans avec sa fille et son petit fils qui avaient été baptisés à Pâques. Sa fille, atteinte de problèmes psychologiques, avaient passé 3 ans enfermée dans une cage…. En venant dans notre petit centre de santé, elle a découvert Jésus et petit à petit, elle a reprit goût à la vie… Jésus se penche sur les petits….
Demandons au Seigneur d’avoir pitié de nous et de nous rendre capable d’accueillir cet amour immense de Dieu pour chacun d’entre nous avec cette belle certitude de Thérèse :

  • TablThSacristCrypte180Vivre d’Amour, c’est garder en soi-même
  • Un grand trésor en un vase mortel
  • Mon Bien-Aimé, ma faiblesse est extrême
  • Ah je suis loin d’être un ange du ciel !…
  • Mais si je tombe à chaque heure qui passe
  • Me relevant tu viens à mon secours,
  • A chaque instant tu me donnes ta grâce
  • Je vis d’Amour.

    Une troisième image :

3. Dieu prend le temps ….

Il se mit à les instruire longuement…. Jésus n’est pas pressé. Il n’a pas préparé de leçons, de quoi leur parle-t-il ? Des choses de Dieu et ils l’écoutent avec passion…. Car lorsque Jésus parle de son Père, il parle au cœur de ces hommes et de ces femmes en quête de réconfort, qui se cherchent eux-mêmes, qui veulent donner un sens à leur vie. Lorsque Jésus parle de son Père, il leur apprend à prier, à aimer, à établir une varie relation….
Dans ce monde de l’immédiat où l’internet, les tweets et autre sms nous permettent de régir immédiatement… mais sans prendre le temps de la rencontre, du partage et de la réflexion…. Dieu nous invite à prendre le temps. Vite, bref et tout de suite pour mieux se projeter dans demain mais surtout éviter de rentrer dans l’intérieur de soi-même…éviter de se poser des questions sur le sens de sa vie, de sa relation avec les autres, avec Dieu… Jésus nous propose un autre chemin… prendre son temps… il le fait avec la foule… il le fait avec ses apôtres, il veut les écouter partager ce qu’ils ont fait et enseigné… C’est cette relation personnelle de maître à disciple qui se met petit à petit en place.
Jésus veut que nous prenions le temps de nous asseoir pour l’aviser comme le curé d’Ars s’assied de si longue heure dans son église… Jésus veut que nous prenions le temps d’écouter les autres pour découvrir ce que Dieu a à nous dire aujourd’hui… que nous puissions construire des relations profondes et vraies.
Notre monde hyperactif ne nous y invite pas et pourtant essayons de laisser le temps au temps… Pour Dieu, un jour est comme mille ans et mille ans comme un jour… ah si seulement nous pouvions vivre ce rapport au temps en prenant le temps de vivre, d’aimer, de rencontrer, de partager…
Cette expérience, je la vis bien souvent dans la campagne cambodgienne, au rythme des moussons, la vie s’écoule paisible… assis sur le hamac en regardant pousser le riz et en discutant sur paisiblement sur la vie,
Demandons au Seigneur de nous aider à prendre le temps pour être avec lui mais aussi pour être avec nos frères et sœurs, nos familles, nos amis… Thérèse nous accompagne en nous chantant :

  • Vivre d’Amour, c’est donner sans mesure
  • Sans réclamer de salaire ici-bas
  • Ah ! sans compter je donne étant bien sûre
  • Que lorsqu’on aime, on ne calcule pas !…
  • Au Cœur Divin, débordant de tendresse
  • J’ai tout donné… légèrement je cours
  • Je n’ai plus rien que ma seule richesse
  • Vivre d’Amour.

    Enfin une quatrième image :

4. Dieu, un berger qui nous apporte la paix….

Bon PasteurDieu qui voit son peuple dispersé et sans berger, il veut le rassembler…c’est la mission ultime de Jésus… il est le bon berger par excellence, l’homme nouveau qui vient nous apporter la paix et qui veut nous rassembler… C’est le beau projet de Dieu pour l’humanité, ce royaume annoncé par Jésus. Malheureusement, notre humanité ne cesse de se déchirer et le monde aujourd’hui encore, dans combien de coins de notre planète, est à feux et à sang….
Mais la promesse de Dieu c’est accomplie sur la croix : Jésus a tué la haine… la mort de Jésus et sa résurrection nous disent qu’un monde de justice et de paix est possible.
Autour de nous, nous sommes aussi témoins de tant de geste de paix et de tendresse qui redonnent espérance….
Au Cambodge, les survivants de Pol Pot ont fait l’expérience terrifiante d’une machine à anéantir le cœur de l’homme. Ils ont appris à vivre dans ce réflexe de survie inhérent à tout être vivant qu’il soit homme ou animal ! Les conséquences de ce génocide, suivi par 20 ans d’occupations vietnamienne puis onusienne sont gravées au plus profond des cambodgiens… et ce n’est que depuis une quinzaine d’années que le pays peu commencer à se reconstruire plus sereinement. Mais la transmission des valeurs morales, de la culture, de ce qui fait l’épaisseur et la profondeur d’un peuple a été dramatiquement interrompue. On se retrouve alors devant un ravin énorme que les parents des jeunes générations contemplent dépassés et impuissants, et auquel leur progéniture tourne le dos pour entrer de plein pied dans un monde sécularisé et mondialisé.
C’est sur ce terrain vierge d’expérience spirituelle mais labouré par une société qui invite au bien-être à travers la quête de plaisirs éphémères véhiculés par portables et internet, face book et autres réseaux dit sociaux où la drogue, le sexe et l’argent sont la poudre d’or envoyée aux neurones de ces jeunes en ébullitions, que la Bonne Nouvelle doit trouver sa petite place pour être annoncée et entendue !
Cette Bonne nouvelle de la paix est annoncée… chaque année nous avons environ 200 baptêmes d’adultes… beaucoup d’initiatives sont prises pour l’éducation, les enfants handicapés, les pauvres abandonnés par le système politique…. Parce que nous chrétiens, nous faisons le choix de l’Espérance ! Cet Espérance que Jésus, le bon pasteur a mis dans nos cœurs apeurés. C’est ce choix qui doit motiver nos vies et ouvrir de nouvelles portes au Christ qui vient et vient encore.
Demandons à Dieu de nous laisser envahir par ces germes d’espérance pour que nous soyons des brebis heureuses, qui invitent les brebis égarées à paître ensemble dans la paix et la joie

  • Vivre d’Amour, c’est naviguer sans cesse
  • Semant la paix, la joie dans tous les cœurs
  • Pilote Aimé, la Charité me presse
  • Car je te vois dans les âmes mes soeurs
  • La Charité voilà ma seule étoile
  • A sa clarté je vogue sans détour
  • J’ai ma devise écrite sur ma voile :
  • « Vivre d’Amour. »

Mgr Olivier Schmitthaeusler