Fêtes Thérésiennes 2012 - homélie du 6 octobre

samedi 6 octobre 2012 - journée des malades - Homélie de Monseigneur Jean-Claude Boulanger

HEUREUX DU BONHEUR DE DIEU

Frères et Sœurs, Alors qu’elle est carmélite, Thérèse revoit sa vie et elle écrit :

  • « Oh ! Que j’aime la souvenance
  • Des jours bénis de mon enfance.
  • Pour garder la fleur de mon innocence
  • Le Seigneur m’entoura toujours d’Amour »

mgr Boulanger Un jour, elle ajoutera : « Comme elles ont passé rapidement les années ensoleillées de ma petite enfance, mais quelle douce empreinte, elles ont laissé dans mon âme ». Et pourtant elle aurait pu évoquer le tragique de la vie humaine, comme l’a fait Marcel Pagnol dans le « Château de ma mère » quand il évoque le paradis de son enfance puis les deuils successifs de la vie. Alors, l’auteur écrit : « Telle est la vie des hommes, très vite effacée par d’inoubliables chagrins. Il n’est pas nécessaire de le dire aux enfants ». Bien au contraire, Thérèse aurait envie d’en parler aux enfants. Elle leur dirait que la vie est plus dure que celle qu’elle rêvait à 4 ans avant la mort de sa maman, mais qu’elle est cent fois plus belle que celle qu’elle imaginait dans ses rêves d’enfant. Thérèse n’a pas éludé les drames de l’histoire humaine, mais dans sa foi, elle leur a donné un sens. Les épreuves physiques, psychiques et morales n’ont pas épargné cette jeune fille morte à 24 ans. Elle a vécu la vie comme un oiseau qui chante mais dans un buisson d’épines. Les souffrances de la vie n’ont pas épargné la famille de Thérèse, mais elle a entendu sa maman lui dire : « Le mieux est de remettre toutes choses entre les mains du bon Dieu et d’attendre les événements et l’abandon à sa volonté ». Frères et Sœurs, croyez-vous, que du tragique de la vie, l’amour soit le plus fort ? Vous pouvez en douter à vue humaine. Le plus beau symbole n’est-il pas dans ce lit à la maison natale à Alençon : C’est là que la maman est morte et c’est là que Thérèse est née. Mystère de la mort et mystère de la vie. La vie de Dieu est bien plus forte que les forces de mort à condition, dirait Thérèse, de vivre d’aimer et de mourir d’aimer. Thérèse et sa famille ont brûlé d’amour au cœur du quotidien de la vie, faite de joies et de souffrances. Ils ont été heureux du bonheur de Dieu sur cette terre.

Qu’est-ce que vivre sans la joie de vivre ? Au fond, la question que pose Thérèse à chacun d’entre nous est bien celle-ci : « Qu’est-ce que vivre sans la joie de vivre ? » Nos contemporains cherchent à être heureux. Autrefois, on disait que le bonheur était dans le pré. Aujourd’hui, on leur fait croire qu’il est devant les gondoles des supermarchés qui les font rêver ou simplement à travers les amis de Facebook ou les textos de nos smartphones. Thérèse nous invite à être heureux mais du bonheur de Dieu. Depuis toujours l’être humain a faim de plus de bonheur que celui que la terre lui fait espérer. Son cœur a soif de plus d’amour que le monde ne peut lui en donner. A quoi bon avoir davantage de moyens de vivre si l’on perd ses raisons de vivre ? Notre époque cherche des raisons de vivre.

journée des malades

Frères et sœurs malades

La maladie et la souffrance, Thérèse sait ce que cela signifie. Elle en a fait un chemin de vie et d’amour pour l’humanité. Elle n’a jamais dit que Dieu le voulait mais qu’il le permettait. Son dernier emploi au Carmel fut celui de malade. Est-ce un emploi pour une jeune fille de 20 ans ? Tout aurait pu la révolter contre Dieu et contre la vie. Nous le savons : la maladie et la souffrance sont souvent des chemins de désespérance et de mort. Thérèse en a fait un chemin de vie et même d’évangélisation. En contemplant Jésus sur la croix, elle a tout compris de l’amour de Dieu. Dans l’acte d’offrande de sa vie, elle était comme le grain de blé qui s’offre et qui un jour donne un bel épi. Elle est la plus grande missionnaire et pourtant elle est restée au fond d’un carmel. Avouez que c’est chose bien étrange ! Son cœur battait aux dimensions du monde. On peut être allongé sur un lit de malade et vivre aux dimensions de l’univers. Combien de personnes malades pensent davantage à leur famille et aux autres qu’à eux-mêmes. Seuls ceux qui offrent leur vie par amour sauvent le monde. On peut le sauver en s’offrant à Dieu dans la multiplicité des tâches quotidiennes comme on peut le sauver dans une chambre de malade. Mettre de l’amour là où il n’y a pas d’amour.

Thérèse nous invite à vérifier nos raisons de vivre : Est-ce que ma vie n’est que paille futile ou grain de blé qui jeté en terre fécondera l’histoire de l’humanité ? Seuls ceux qui donnent leur vie par amour fécondent l’histoire humaine comme la petite Thérèse : « Vivre d’aimer » dira-t-elle. « Aimer c’est tout donner et se donner soi-même ». C’est en contemplant ce petit enfant de la crèche et la sainte Face de Jésus sur la croix qu’elle comprendra l’amour infini de Dieu. Dieu s’est fait si petit par amour pour que les plus humiliés de la terre n’aient pas peur de le prendre dans leurs bras … Il s’est fait si faible et si fragile afin de toucher le cœur des puissants de ce monde. Seule la puissance de l’amour est capable de bouleverser l’amour de la puissance. L’être humain nait les poings fermés et c’est durant toute la vie qu’il apprendra à les ouvrir. « Tout faire par amour, dira Thérèse, et même ramasser une aiguille par amour peut sauver le monde

Thérèse a compris :. « Je ne suis qu’une enfant impuissante et faible, cependant c’est ma faiblesse même qui me donne l’audace de m’offrir à Ton Amour, ô Jésus….. Si quelqu’un est tout petit qu’il vienne à moi, as-tu dit. Etre petit, c’est encore ne pas se décourager de ses fautes car les enfants tombent souvent mais ils sont trop petits pour se faire beaucoup de mal. Car la sainteté n’est pas dans telle ou telle pratique. Elle consiste en une disposition du cœur qui nous rend humbles et petits entre les bras de Dieu. Conscients de notre faiblesse et confiants jusqu’à l’audace en sa bonté de Père » Elle redira la même chose par rapport à sa petite voie : « Il n’y a que des choses ordinaires. Il faut que tout ce que ce je fais, les petites âmes puissent le faire ». ». Que restera-t-il de notre vie ? Dieu n’est qu’Amour. Ne passera dans le monde de Dieu que l’amour que nous avons mis sur cette terre. En contemplant Thérèse, je n’ai retenu qu’une seule chose de la vie : J’ai appris à aimer et je n’ai pas fini d’apprendre jusqu’au dernier souffle de ma vie.

Jean-Claude BOULANGER - Evêque de Bayeux et Lisieux