Fêtes Thérésiennes 2011 - Samedi 1er octobre - Fête solennelle de sainte Thérèse - Journée des personnes malades et handicapées

Homélie de Monseigneur Jean-Claude BOULANGER Evêque de Bayeux- Lisieux

Lisieux – 1° Octobre 2011 « Les disciples dirent à Jésus : Qui donc est le plus grand dans le Royaume des cieux ? Jésus répondit : Celui qui se fera petit comme cet enfant, c’est celui-là qui est le plus grand dans le Royaume des cieux. » (Math.18, 4)

Frères et sœurs,

Pour la plupart d’entre vous, vous savez comment Thérèse a connu la souffrance physique et spirituelle. En Janvier 1897, c’est-à-dire quelques mois avant sa mort, elle a écrit ce poème intitulé « Ma Joie ». Elle sait que la fin de sa vie approche et pourtant elle ose s’exprimer ainsi : reliquaire

  • « Lorsque le ciel bleu devient sombre
  • Et qu’il semble me délaisser,
  • Ma joie c’est de rester dans l’ombre
  • De me cacher, de m’abaisser.
  • Ma joie, c’est la volonté sainte
  • De Jésus mon unique amour
  • Ainsi je vis sans nulle crainte
  • J’aime autant la nuit que le jour.
  • Ma joie c’est de rester petite
  • Aussi quand je tombe en chemin
  • Je puis me relever bien vite
  • Et Jésus me prend par la main
  • Alors le comblant de caresses
  • Je lui dis qu’Il est tout pour moi
  • Et je redouble de tendresses
  • Lorsqu’il se dérobe à ma foi »

La place du petit

Rappelez.- vous François d’Assise. Ce n’est pas un savant, ce n’est pas un puissant dont on parle encore aujourd’hui. C’est un tout petit, un frère mineur comme l’on disait au XIII0 siècle. C’est étonnant comme il a traversé l’histoire de l’humanité. Il aurait pu être riche, l’un des bourgeois les plus célèbres de la ville d’Assise. Il aurait pu vivre dans un palais dont les pierres nous rappelleraient sa mémoire. Rien de tout cela, Il a traversé les siècles en entraînant derrière lui, des hommes et des femmes de toute race, de toute condition sociale, riches ou pauvres, Il a permis à tant d’êtres humains de goûter à la joie des Béatitudes. Et tout cela voyez-vous parce qu’il a choisi d’être PETIT. Etre petit c’est le contraire d’être puissant. Un homme puissant finalement fait peur. On l’admire peut-être mais on admire avant tout son pouvoir ou son compte en banque, ce qu’il a. Alors chaque être humain, avec ses failles et ses talents, peut se reconnaître dans le petit. C’est à ce titre que celui qui accepte d’être petit, d’être dépouillé de mille choses devient riche de mille relations. Sans le savoir, il tisse une immense tapisserie faite de mille visages. Oui, seul celui qui est petit est vraiment frère. C’est étonnant comment ce sont souvent des petits qui ont été de grands innovateurs. II faut beaucoup de force morale pour être petit. Ce ne sont pas des résignés qui sont petits. Bien au contraire tout en eux crie la vie, l’espérance, l’envie de changer les choses, l’envie de créer. Ils n’ont cessé de se battre avec la vie, à mains nues bien sûr mais surtout avec les moyens de Dieu. C’est encore le vicomte Charles de Foucauld, l’une des grandes fortunes de Paris à la fin du XIXe siècle, qui va tout abandonner pour devenir petit frère universel, auprès des plus pauvres. Quand il gaspillait son argent, il savait bien qu’on l’admirait, qu’on l’aimait, mais pas pour lui même. Il n’était pas dupe. Plus que jamais, il sentait le poids de sa solitude. En se dépouillant de tout, en devenant petit, des milliers d’hommes et de femmes ont pu reconnaître à travers lui un frère. Et c’est ainsi que Sainte Thérèse, la petite Thérèse rassemble aujourd’hui auprès d’elle des hommes et des femmes du monde entier, de toute condition sociale.

Mais qui a envie d’être petit ?

Pas même les disciples dans l’Evangile. Ils discutent pour savoir qui est le plus grand. Dieu seul s’est fait petit, parce qu’il faut une puissance d’amour extraordinaire pour être petit. Dans ce petit Jésus couché dans une mangeoire, je contemple le Dieu des chrétiens. Qui voudrait croire dans ce Dieu-là au point que tant d’êtres humains se sont convertis en commençant par les plus pauvres. Qui aurait peur d’un Dieu couché dans une mangeoire ? Dieu s’est fait petit enfant, dépendant des hommes. Personne n’accepte d’être dépendant des autres.

Le petit enfant est l’être le plus dépendant de toute la terre, bien plus que les animaux. Oui, Dieu s’est fait petit enfant. Quelle force d’amour extraordinaire, comme le disait Thérèse, elle qui se considérait comme un grain de sable. Voilà le pouvoir de l’amour, mais nous préférons toujours l’amour du pouvoir. L’Evangile nous dit que Jésus plaça un enfant au milieu des disciples, comme sil était le trait d’union, le lien entre eux tous. Nous comprenons ce que cela signifie pour nous. Rappelez-vous : pour être petit, il faut une foi à soulever les montagnes pour renoncer à la force, au pouvoir, à la violence ou la domination. Et nous disciples de Jésus avons-nous envie d’être petits et quelle place ont encore les petits dans notre vie ?

Vous qui êtes malades, handicapés, vous qui êtes marqués par tant de souffrances physiques ou morales, rappelez-vous Thérèse à l’infirmerie du Carmel.

La souffrance, la maladie sont toujours un mal, comme le nom l’indique. C’est dans la confiance en Dieu, qu’elle a trouvé la paix et cherché une issue… Elle n’a jamais dit « si le Bon Dieu le veut … mais si le Bon Dieu le permet. » Dieu ne peut pas vouloir le mal. Mais au cœur du mal, Dieu ne nous abandonne pas. Le plus grand péché, ce n’est pas d’en vouloir à Dieu … le plus grand péché, c’est de désespérer de Dieu.

Regardez ce que Dieu a fait de Thérèse … Elle est devenue un chemin sur lequel tout être humain peut marcher. C’est simple comme une fleur au cœur de l’hiver. Cela s’appelle la confiance, en un mot la foi…Thérèse, permets simplement, que nous mettions nos pas à la suite des tiens. Tout simplement augmente en nous la foi.

Jean-Claude BOULANGER - Evêque de Bayeux - Lisieux