Allocution du Ministre de l’Intérieur à l’occasion de la canonisation de Louis et Zélie martin

Eminences, Excellences, Monsieur le Sénateur, Mesdames et Messieurs les Députés, Monsieur le Président de Région, Monsieur le Maire, Mesdames et Messieurs,

C’est un plaisir pour moi de vous accueillir à la Villa Bonaparte, ce « petit coin de France » dans la Rome pontificale, après avoir représenté le Gouvernement français à la cérémonie de canonisation de Louis et Zélie MARTIN. C’est même un plaisir redoublé puisque c’est la deuxième fois que je me rends à Rome cette année pour une canonisation, après celle célébrée le 17 mai, de Sœur Jeanne-Emilie de VILLENEUVE. La sainteté française aura donc été particulièrement à l’honneur en 2015, la canonisation de plusieurs de nos compatriotes la même année constituant, je crois, une circonstance assez rare.

Croyez que je me félicite de cette circonstance qui m’amène à Rome une nouvelle fois. Selon une formule de Jules Romains, que je cite de mémoire : « On peut prier Dieu dans la plus humble chapelle de campagne, mais il faut venir à Rome pour mesurer ce que c’est que l’Eglise. » Je suis donc heureux de pouvoir poursuivre ainsi mon apprentissage.

Je voudrais d’abord remercier les Cardinaux français de la Curie qui nous ont fait l’honneur de venir, et d’abord le Cardinal ETCHEGARAY dont la présence me touche particulièrement. Je crois, Monsieur le Cardinal, que vous venez de publier un nouveau livre, intitulé « Avec Dieu, chemin faisant » ; nous vous souhaitons encore un long chemin parmi nous. Ma gratitude va également aux Cardinaux POUPARD, TAURAN et MAMBERTI, ainsi qu’aux autres membres de la Curie. Votre présence est un témoignage du rayonnement de la France au sein des instances du Saint-Siège.

Il se trouve qu’aujourd’hui, l’Eglise de France est représentée au plus haut niveau, par ses envoyés au synode pour la famille. Je veux donc saluer tout d’abord le Cardinal André VINGT-TROIS, Archevêque de Paris, Président délégué du synode, et Mgr Georges PONTIER, Archevêque de Marseille, Président de la Conférence épiscopale française, ainsi que les autres évêques français participant au synode. Je remercie également de leur présence les évêques des diocèses où ont vécu les nouveaux saints - l’évêque de Bayeux-Lisieux et l’évêque de Séez – le recteur du sanctuaire de Lisieux et les représentants de la famille.

En réalité, la présence des pères synodaux français aujourd’hui n’est pas un hasard puis que le Pape FRANCOIS a voulu que la canonisation des époux MARTIN, premier couple canonisé en tant que tel, intervienne au cours du synode sur la famille qui se déroule actuellement.

C’est bien la famille qui est au cœur de cette journée. On a parfois le sentiment de ne pouvoir évoquer les nouveaux saints sans les présenter d’abord par leur qualité de parents de Sainte THERESE de Lisieux, comme si ceci expliquait cela, comme si l’aura de la petite sainte, admise au nombre des plus grands saints et des docteurs de l’Eglise, englobait ses parents de sa propre sainteté et leur faisait pour seule mérite le fait d’avoir été ses parents.

Mais ce sont bien les vertus propres de Louis et Zélie MARTIN, saints dans l’humble réalité quotidienne de leur vie, époux, parents, membres actifs de la communauté, qui sont, me semble-t-il, célébrées aujourd’hui.

Louis MARTIN, fils d’un militaire de carrière, né à Bordeaux en 1823, s’installe à l’âge adulte à Alençon, ville de sa famille. Azélie-Marie GUERIN, née en 1831, est la fille d’un gendarme, ancien soldat de la Grande Armée.

Après avoir eu chacun de leur côté un projet de vie religieuse, Louis MARTIN et Zélie GUERIN se marient en 1858 à Alençon. Tous deux artisans, ils appartiennent à la classe moyenne, Louis est horloger. Zélie est dentelière et fabrique la célèbre dentelle, emblème de sa ville. Ils auront neuf enfants, dont seules cinq filles vivront et deviendront toutes religieuses. Les parents entretiennent avec leurs filles une relation de dialogue et d’écoute, les éduquent de manière chrétienne et leur donnent la possibilité d’étudier.

Outre leur grande piété, Louis et Zélie sont attentifs aux autres et particulièrement aux plus pauvres. Zélie sait nouer avec les ouvrières dentellières de son atelier un rapport de justice et de charité. La famille MARTIN est connue pour son ouverture et ses qualités d’accueil, pour son attention aux humbles. Comme l’a déclaré récemment le Saint Père à notre amie Caroline PIGOZZI : « Alors que, à cette époque, une certaine éthique bourgeoise méprisait les pauvres, tous les deux, avec leurs cinq filles, consacraient de l’énergie, du temps et de l’argent à aider les plus pauvres. » Louis MARTIN participe ainsi à un groupe de catholiques sociaux, dans l’esprit de Frédéric OZANAM, fondateur de la Société de Saint Vincent de Paul, qui, à cette époque, appelle l’Eglise à plaider cette cause.

Zélie meurt d’un cancer à l’âge de 46 ans. Louis poursuivra seul l’éducation de ses cinq filles, s’installant à Lisieux pour se rapprocher de sa belle-famille. En 1887, il effectue un pèlerinage à Rome, emmenant sa fille Thérèse qui demandera au Pape LEON XIII l’autorisation d’entrer au Carmel avant l’âge. La fin de la vie de Louis MARTIN est assombrie par la maladie. Il est interné dans un hôpital, où pendant ses périodes de rémission il s’occupe des autres malades. Il meurt en 1894.

L’existence des époux MARTIN ne s’est donc pas illustrée par des hauts faits, par les vertus d’un héroïsme flamboyant, que ce soit dans le sacrifice, dans l’exploit ou dans le martyre.

Il s’agit de la vie ordinaire de personnes ordinaires, de personnes simples, avec des problèmes de tous les jours, ceux du travail, de la maladie, du souci d’élever une famille, de l’épreuve du veuvage pour Louis, mais qui ont apporté à chacun de leurs gestes quotidiens l’attention et la qualité de l’amour qui les inspirait.

Il s’agit là de vertus, remarquez-le, qu’honorent la doctrine de l’Eglise mais aussi la morale laïque.

La sincérité, l’attention aux autres, la solidarité, la volonté de contribuer au bien commun sont en effet des qualités qui font la base du vivre-ensemble. Quelles que soient les convictions qui les portent, ces valeurs sont toujours celles qui doivent fonder la vie en société. Que ce soit dans la France en pleine mutation de la seconde moitié du XIXe siècle, marquée par la révolution industrielle et la confrontation de grandes idéologies. Que ce soit dans la France du début du XXIe qui doit affronter des mutations peut-être plus profondes encore, liées au phénomène de la mondialisation, dans toutes ses dimensions, économique, culturelle, environnementale ou migratoire.

Face à ces défis, c’est sans doute moins d’exploits dont nous avons besoin, que de l’engagement quotidien de chacun à préserver, dans ses activités professionnelles comme dans sa vie personnelle, un socle de valeurs qui sont aussi celles de la République. Cette attitude s’appuie sur le respect et l’écoute que doivent se manifester les différentes composantes de notre société, comme sur le respect et l’écoute existant entre l’Etat et les religions, dans le cadre de notre laïcité et sur la base de la liberté qui la fonde.

Car cette laïcité, vous le savez bien, n’est pas négation de la religion, mais la séparation entre le spirituel et le temporel. Si la République laïque ne reconnaît aucun culte, elle en garantit l’exercice et sait en reconnaitre les mérites. Elle ne condamne en aucune façon la quête spirituelle, la recherche d’une transcendance, ni a fortiori le souci de mener une existence responsable, utile et attentive aux autres. Permettez, pour finir, au Normand que je suis de me réjouir, devant de nombreux élus et devant les prélats de cette région, de l’honneur qui est fait à la Normandie, par cette élévation de deux de ses enfants à la gloire des autels. Cette belle région a largement contribué à la construction de la France et de son identité, notamment à travers son patrimoine religieux. Qu’il me suffise de citer les magnifiques cathédrales de Rouen, de Bayeux, de Sées ou de Coutances, les grandes abbayes normandes telles que le Mont-Saint-Michel, le Bec-Hellouin, la Trappe de Soligny ou Saint-Wandrille, qui abritent toujours de vivantes communautés monastiques ou celles dont les bâtiments s’inscrivent dans notre patrimoine, comme la Trinité de Fécamp, les abbayes aux hommes et aux dames de Caen, Lessay, Montivilliers ou Jumièges.

Je pense aussi aux grandes figures de sainteté de cette région, à ses premiers évangélisateurs, les Saints NICAISE de Rouen, LO de Coutances, LOUP de Bayeux ou MAXIME d’Evreux, au grand théologien Saint ANSELME, abbé du Bec, Archevêque de Cantorbéry et docteur de l’Eglise, aux missionnaires tels que Saint JEAN de BREBEUF, évangélisateur des Iroquois, les Ursulines de Dieppe, premières religieuses à s’embarquer pour la Nouvelle France, sans oublier la petite THERESE de l’Enfant-Jésus, THERESE de Lisieux, patronne des missions, docteur de l’Eglise, dont la renommée est réellement universelle. Désormais, Saint LOUIS et Sainte ZELIE font eux aussi partie de ce patrimoine normand.

Leur vie, par lesquels la France est honorée de voir reconnue une fois encore son patrimoine spirituel, peut constituer pour chacun, quelle que soient ses convictions, comme je le disais, un exemple et un objet d’admiration. Leur existence, qui pourrait apparaître terne et effacée, rayonne aujourd’hui, parce que nous comprenons que s’ils se sont effacés, c’était au profit des autres, tant dans l’affection responsable vis-à-vis de leur famille, que dans l’attention fraternelle vis-à-vis de leurs concitoyens.

Eminences, Excellences, Mesdames et Messieurs,

Je vous demande de bien vouloir lever avec moi votre verre en mémoire de Louis et Zélie MARTIN et en l’honneur de Sa Sainteté le Pape FRANCOIS, qui les a inscrits aujourd’hui au nombre des Saints !

Discours Cazeneuve à l ambassade -  voir en grand cette image